Archéologie et environnement dans la Méditerranée antique. – Études réunies par Fr. Dumasy et Fr. Queyrel. – Genève : Droz, 2009. – X+276 p. : bibliogr., ill., 16 pl. h. t. – (Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sciences historiques et philologiques III ; ISSN : 1016.7005 : Hautes Études du monde gréco-romain ; 42). – ISBN : 2.600.01342.0.

Cet ouvrage est né de la volonté de rassembler un certain nombre de contributions issues de deux colloques organisés par la société française d’archéologie classique autour des « Paysages antiques » et des « Villes fluviales et maritimes ». Le propos est de mettre en évidence le renouvellement des disciplines archéologiques autour des questions ayant trait à l’organisation de l’espace et aux interactions entre les sociétés et leur environnement. L’introduction historiographique de Philippe Leveau retrace bien l’émergence de ces problématiques depuis les approches « classiques » visant à restituer la topographie des territoires antiques (habitats, voies, parcellaires) jusqu’aux approches interdisciplinaires associant archéologues, géomorphologues et paléoenvironnementalistes. L’intérêt des historiens s’est ainsi progressivement étendu de l’espace du site à l’espace intra-site jusqu’à la prise en compte, très récente dans les sciences de l’Antiquité, de la notion de risque, née des réflexions actuelles sur l’impact sociétal des changements climatiques.
Les contributions rassemblées dans le présent volume illustrent parfaitement cette diversité des problématiques et des approches. Elles ont été classées en quatre grands chapitres géographiques : Grèce et Asie Mineure, Italie, Orient hellénistique et romain, Gaule. Il est assez surprenant de trouver dans ce dernier chapitre des études concernant Bordeaux, Lyon et Clermont-Ferrand que l’on ne peut pas vraiment qualifier de villes de la Méditerranée antique, comme tend à le suggérer le titre du livre. La Gaule possède certes une façade méditerranéenne mais, dans les dynamiques environnementales étudiées ici, aucune influence méridionale ne peut être invoquée.
Les agglomérations portuaires font l’objet d’une majorité de contributions. Elles se sont implantées dans des milieux littoraux, fluviaux ou fluvio-littoraux qui se sont profondément modifiés depuis l’Antiquité, comme le montrent les processus complexes de colmatage de la baie d’Ephèse, de la plaine de Thessalonique, des deltas du sud de la péninsule Balkanique ou encore de la lagune de Pise. Si les ports sont connus depuis longtemps par les textes et l’archéologie, ce n’est que récemment qu’ont été entreprises des recherches géoarchéologiques permettant de préciser la chronologie et les rythmes d’évolution du paysage sur le temps long. Les infrastructures portuaires laissent parfois des vestiges impressionnants, comme le port fermé de Taposiris Magna, dont les aménagements d’époque impériale ont été révélés par des prospections et des fouilles.
Toutefois, l’urbanisation actuelle rend souvent la localisation des ports tributaire de fouilles, comme à Pise par exemple. Entre Arles et le delta du Rhône, la cartographie des dépotoirs, des épaves et des hauts fonds apporte une vision complémentaire de la topographie antique par rapport aux travaux menés en archéologie du paysage. À Lyon, les fouilles préventives des berges de la Sâone ont livré des vestiges de bateaux attestant l’existence d’un débarcadère, tandis que l’étude des formations alluviales apporte des compléments à l’histoire de la confluence. L’évolution de la topographie de Bordeaux et de son port, entre fleuve et marais, résulte de dynamiques complexes et peut être appréhendée à travers les textes et les données de fouilles anciennes et récentes, en espérant que de futurs travaux touchent enfin le secteur du port fermé.
Le rapport des communautés humaines à leur environnement se perçoit également à travers d’autres fenêtres d’étude, à des échelles diverses allant du territoire d’une cité à une micro-région. Deux exemples montrent parfaitement l’adaptation des sociétés anciennes à un milieu qui a parfois été considéré comme peu attractif : le bassin de Sarliève (Auvergne) et les villes nabatéennes. Dans le premier cas, les variations du plan d’eau du marais de Sarliève corrélées à la carte de l’occupation humaine illustrent des changements d’activités importants : dès le IIe s. av. J.-C. et pendant le Haut-Empire, la conquête de terres agricoles sur les zones humides prévaut, alors qu’à partir du Bas-Empire et jusqu’au Moyen Âge, la dépression à nouveau en eau favorise les activités de pêche. Les villes nabatéennes de Pétra, Hégra et Bosra sont implantées dans des milieux très différents mais arides où l’occupation n’a pu se fixer qu’au prix d’importants travaux d’adduction d’eau. Le schéma urbain de Pétra s’est ainsi adapté à un environnement accidenté, sur le lieu d’un ancien carrefour caravanier, à l’écart de terres plus favorable à l’agriculture. Le thème de l’émergence de l’urbanisation et l’empreinte de celle-ci en terme d’organisation de l’espace vécu est également abordé pour le territoire de Musarna et la vallée de la Potenza. Cette dernière, occupée par les Picènes, ne semble pas avoir connu de développement urbain avant la conquête romaine. Cependant, il est difficile de suivre les arguments qui incitent l’auteur à une telle prise de position alors que les sites n’ont pas été fouillés. Par ailleurs, l’existence d’établissements de hauteur fortifiés le long d’un axe d’échanges avec un emporion (Numana) rappelle la situation du sud de la Gaule où des formes d’urbanisation apparaissent dès le VIe s. av. J.-C.
À la lecture de cet ouvrage, on mesure donc le chemin parcouru grâce aux recherches interdisciplinaires développées depuis une vingtaine d’années. Certaines régions bénéficient évidemment d’une plus longue pratique que d’autres, mais il est désormais évident que la forte demande en matière de collaborations assure un bel avenir aux sciences de l’environnement.

Florence Verdin