Balland (A.), Essai sur la société des épigrammes de Martial. – Bordeaux : Ausonius, 2010. – 258 p. : bibliogr., index. – (Scripta Antiqua, ISSN : 1298-1990 ; 26). – ISBN : 978.2.35613.029.7.

L’Essai d’André Balland, né d’un sujet de thèse d’État restée inaboutie, propose, de manière moins académique, d’aborder l’étude de « la société des Épigrammes de Martial » en associant à une approche littéraire un point de vue prosopographique. Il vise essentiellement à saisir la société relationnelle, celle qui repose sur des rapports personnels : en se limitant à l’étude de certaines épigrammes, l’auteur propose ainsi des identifications inédites, qui remettent souvent en question l’orthodoxie, et précise les liens de Martial avec un certain nombre de personnes, en particulier les liens de parenté. Chaque partie de l’Essai est donc centrée autour d’un personnage : Terentius Priscus qui permet de discerner quelques points de contact inattendus avec Plutarque ; Iulius Martialis ; le poète Faustinus ; Iulius et son fils Marcellinus ; en dernier lieu Frontin.
L’auteur reconnaît lui-même la part grande accordée à la conjecture, et c’est avec audace qu’il se lance dans une série d’identifications nouvelles, pour le moins hypothétiques, mais étayées par une connaissance fine et approfondie de l’époque de Martial. Il commence par une gageure : déceler les rapports entre Plutarque, son oeuvre et les Épigrammes de Martial. Il se fonde sur une relation commune entre les deux hommes, Terentius Priscus, dédicataire vers 100 du traité De defectu oraculorum de Plutarque.
La seconde partie est consacrée à Faustinus, un riche patron de Martial qui reste un personnage énigmatique parce qu’on ignore son identité et sa nomenclature. Pour A. Balland, il ne fait pas de doute qu’il est le poète qui a signé une épigramme gravée sur une paroi de la « grotte de Tibère » à Sperlonga et qu’il a écrit l’Ilias Latina. L’auteur reconstitue avec brio la parentèle de ce Faustinus en l’accompagnant de trois stemmata pour en faciliter la lecture. L’Appendice A regroupe les dix-neuf pièces de Martial qui le concernent et l’Appendice B reconstitue le texte de l’épigramme de la grotte.
Dans sa dernière partie qui analyse « le côté de Frontin », A. Balland estime que le Frontinus de X, 58 et le Fronto de I, 55 sont bien Frontin, même s’il reconnaît que l’identification retenue n’est pas orthodoxe. Il présente toutes les options possibles pour les éliminer ensuite. L’épigramme V, 5, 1 est envoyée à un nommé Sextus que l’auteur identifie avec Sextus Iulius Seuerus, savant affranchi de Frontin, figure de « lecteur-éditeur » de Martial qui travaille avec des collaborateurs, notamment un doctus Secundus, expert en matière de poésie en qui A. Balland propose de voir Pline. L’analyse de la parentèle de Martial permet à l’auteur de supposer que la mère de Martial aurait été une Torania Flaccilla. Il propose de voir dans le poète Iulius Cerialis Calpurnius Siculus et dans les Rura mentionnés par Martial les Bucoliques de ce dernier, tandis que Scaeuus Memor serait l’auteur de la tragédie prétexte de l’Octauia.
Au détour de son enquête, l’auteur aborde bien des aspects de la vie littéraire du premier siècle de notre ère et émaille sa recherche de remarques judicieuses. Il montre par exemple que Martial semble connaître Trimalcion.
On trouvera le texte et une traduction personnelle des poèmes étudiés dans une série d’Appendices dont on goûtera la qualité.
Alors que peu d’études en France sont consacrées à Martial et à son oeuvre, A. Balland a le grand mérite d’offrir un ouvrage riche en hypothèses prosopographiques qui reconstitue, sinon avec sûreté, du moins avec brio, un tableau vivant de toute une société de parents et d’amis lettrés ayant gravité autour de Martial.

Géraldine Puccini-Delbey