Barney (S. A.), Lewis (W. J.), Beach (J. A.), Berghof (O.), The Etymologies of Isidore of Seville. – Cambridge : University Press, 2006. – XII + 475 p. ; bibliogr., index. – ISBN : 0.521.83749.9.

Cet ouvrage offre la première traduction complète en anglais des Étymologies d’Isidore de Séville. C’est le texte de l’édition de W.M. Lindsay (Oxford, 1911) qui a été choisi comme base. Malheureusement l’original latin n’est pas fourni dans le présent livre et les auteurs renvoient les lecteurs qui n’auraient pas d’édition imprimée sous la main à des sites Internet ou à un CD-ROM dont ils indiquent les références. Cette traduction est d’une lecture aisée, mais prend quelques libertés, par exemple avec les temps des verbes. Comme il est souvent indispensable d’avoir sous les yeux le terme latin que commente Isidore pour suivre ce qu’il dit, les auteurs ont inséré ces mots dans leur version, soit entre parenthèses, soit à la place du vocable anglais. Voici quelques exemples de leurs différentes pratiques : « The yardarms (antemna) are so called because they are set ‘before the current’ (ante amnem), for the current flows past them » ; « The dolo is the smallest sail and is fixed to the prow » ; « The siparum (i.e. a topsail) is a type of sail having a single ‘foot’ (pes, i.e. ‘clew’) ». On voit que, même si c’est assez clair, il ne s’agit que de pis‑aller et rien ne peut remplacer une présentation bilingue. C’est patent dès la première page (I, 1, 1) : Disciplina a discendo nomen accepit. Unde et scientia dici potest. Nam scire dictum a discere, quia nemo nostrum scit, nisi qui discit, « A discipline (disciplina) takes its name from ‘learning’ (discere). Whence it can also be called ‘knowledge’ (scientia). Now ‘know’ (scire) is named from ‘learn’ (discere), because none of us knows unless we have learned ». Pour établir la parenté entre le mot signifiant « savoir » et celui signifiant « apprendre », l’étymologiste s’appuie sur la ressemblance phonique entre scit et discit. Or ce sont les formes d’infinitifs scire et discere qui sont glissées entre parenthèses dans la traduction, et non scit et discit (ce dernier terme est en outre traduit par « we have learned », ce qui laisse croire au lecteur qui n’a pas le texte latin sous les yeux que ce texte contient didicimus).
Dans leur introduction, très bien faite, nos collègues américains commencent par présenter l’arrière-plan historique. Ce n’était pas facile pour une époque où les situations sont si complexes. Force est de constater que, si seul l’essentiel est dit, le lecteur a cependant tous les éléments pour comprendre. Après un tableau chronologique indiquant les grands événements advenus en Espagne entre la naissance et la mort de l’archevêque de Séville, ces universitaires traitent de sa vie et de ses oeuvres, puis se focalisent sur les Étymologies, dont ils étudient les sources, le caractère, l’influence avant de terminer par un examen des éditions et des traductions. Cette introduction est relativement concise (vingt-cinq pages sur deux colonnes), mais elle expose tout ce qu’il faut savoir avec justesse et clarté. Elle ne manque ni de science ni de finesse. Les chercheurs d’Outre‑Atlantique ont su y condenser habilement le produit de l’érudition mondiale sur le sujet. Avec beaucoup d’intelligence, ils ont montré qu’il était possible de déceler un certain ordre dans ce qui à première vue aurait pu apparaître comme un fatras. Ils ont fait précéder le texte d’une table analytique de son contenu et dans leur traduction ils se sont astreints à donner les références précises des citations faites par Isidore à côté de chacune d’entre elles.
On devine que ce travail est plutôt destiné à un large public et il se lit facilement. Il contient une bibliographie classée de deux pages et demie sur deux colonnes, ne retenant que les ouvrages importants, mais elle se termine par une rubrique indiquant des bibliographies plus complètes. Les notes fournissent également des références bibliographiques permettant d’approfondir. Les Étymologies sont suivies en appendice de la traduction anglaise de la correspondance entre Isidore et son ami Braulio (qui devait devenir évêque de Saragosse en 631). La raison de cet ajout est que ces lettres révèlent la personnalité et le quotidien du Sévillan. Trois index terminent l’ouvrage : un index général (noms communs et noms propres en anglais ou en latin, pêle-mêle, suivant un ordre alphabétique intégral), un index des mots grecs et un index des citations.
Certes, on peut regretter, par exemple, que les notes de la traduction soient plutôt succinctes, qu’on n’ait pas affaire à des recherches très « pointues ». Ce volume permettra cependant à tout un chacun une bonne prise de contact avec une oeuvre qui a été l’une des plus influentes dans le monde occidental pendant des siècles.

Lucienne Deschamps