Bejaoui (F.), Les hautes steppes tunisiennes. Témoignages archéologiques chrétiens. – Tunis : Institut National du Patrimoine, 2015. – 201 p. : bibliogr., index. – ISBN : 978.9973.912.88.6.

Cet ouvrage est une étude régionale de l’archéologie chrétienne en Afrique du Nord, dans la région des Hautes Steppes, au centre-ouest de la Tunisie, dans les antiques provinces de Proconsulaire et de Byzacène.

Cette région est chère à l’auteur qui lui a en effet consacré une grande partie de ses travaux, essentiellement à Sbeitla / Sufetula et Haïdra / Ammaedara. Ces dernières années, elle a été au centre de plusieurs colloques internationaux : Histoire des Hautes Steppes, devenu par la suite Histoire des Steppes tunisiennes, qui se sont tenus entre 1998 et 2010 à Sbeitla[1]. Dans la lignée des études sur l’archéologie chrétienne qu’avait relancées Noël Duval, cet ouvrage publié par l’Institut national du Patrimoine de Tunisie arrive une année après la publication collective tant attendue, Basiliques chrétiennes d’Afrique du Nord II[2], dédiée à la Tunisie, et dont Fathi Bejaoui est l’un des auteurs. Ceci montre l’intérêt que suscitent les recherches sur l’Antiquité tardive et l’histoire des communautés chrétiennes en Afrique.

L’ouvrage de deux cents pages s’appuie sur des données archéologiques et épigraphiques, issues des dernières découvertes, et dont beaucoup, comme le précise l’auteur, ont été intégrées dans une habilitation universitaire soutenue en 2000. Cette recherche se concentre sur quelques sites des Hautes Steppes et se place, comme le souligne l’introduction, dans la continuité des études déjà menées dans ce domaine. L’auteur s’appuie aussi bien sur ses propres travaux – dont la majorité a déjà été publiée – que sur les trouvailles fortuites et les nombreux programmes de l’Atlas archéologique de Tunisie menés par l’INP et dont il a pu bénéficier. S’y ajoutent les programmes de fouilles et de mise en valeur des sites qui ont favorisé les nouvelles découvertes et qui témoignent du dynamisme de l’archéologie sur le sol tunisien.

Le corps du texte (p. 11 – 144) est constitué de quinze notices de sites dont la plupart sont commentés. Les sites urbains tels que Haïdra, Sbeitla et Medinet el Khedima / Thelepte  font l’objet d’un plus long développement, reflet des nombreux travaux et recherches qui y ont été menés. Pour les autres sites, essentiellement ruraux, les notices sont traitées de façon inégale, certaines sont développées et d’autres n’ont bénéficié que d’une simple description.

Pour une meilleure présentation, selon l’auteur, elles sont réparties en trois secteurs. Le premier (p. 11 – 56) regroupe les sites d’Haïdra, Thelepte et ses environs, et ceux qui se trouvent sur la voie antique entre les deux cités. Le deuxième secteur (p. 57 – 126) est celui de Sbeitla et des sites qui l’entourent au nord et à l’est. Quant au troisième (p. 127 – 144), le moins vaste, il concerne la région au sud de Sufetula.

Le volume s’achève sur un commentaire général (p. 145 – 173) qui reprend les points principaux de ce corpus, et traite essentiellement de l’architecture, du décor et de l’épigraphie. La conclusion (p. 173 – 181) pose la question de la permanence de l’occupation des sites après la conquête arabe, une question que l’auteur analyse à travers les textes et les données archéologiques. Nous sommes ainsi incités à nous intéresser à la période de transition ou, au passage, entre l’Antiquité tardive et la période musulmane qui demeure encore très mal connue.

L’ouvrage se termine sur un index onomastique qui regroupe les dernières découvertes en la matière.

L’illustration est de très bonne qualité, avec un grand nombre de photographies couleurs, des plans qui accompagnent chaque notice et de cartes localisant les sites, en particulier les sites de campagne peu connus ou nouvellement découverts.

L’un des aspects majeurs de ce travail est en effet la place consacrée aux sites ruraux, ce qui permet, grâce aux nouvelles découvertes, d’élargir nos connaissances sur la christianisation des campagnes durant l’Antiquité tardive. L’auteur présente ainsi les installations de culte, leur aménagement, et les équipements dont il précise que l’architecture ne diffère pas de celle des autres régions. Il note cependant une spécificité régionale : la forme ovoïde des baptistères que l’on trouve à la fois à Kasr el Baroud / Thagamuta, Sbeitla et Henchir Errich.

Un autre aspect intéressant de cet ouvrage est d’avoir intégré l’étude des décors dont les éléments sculptés et les mosaïques sont les éléments les plus représentés. Ainsi, une base ornée du sacrifice d’Abraham, découverte à Thelepte, est la première représentation sculptée de ce thème retrouvée en Afrique. Fathi Bejaoui note en outre des ressemblances thématiques et techniques dans l’ornementation sculpté provenant de certains sites, ce qui suppose selon lui, l’existence d’atelier de sculpteurs régionaux, attestés par des inscriptions découvertes en d’autres lieux de la région.

Cette étude régionale permet également de mieux cerner l’évolution des productions de mosaïques à l’époque tardive. Il s’agit d’un acquis important, tout particulièrement pour la mosaïque funéraire. Elle offre aussi une meilleure connaissance du répertoire à travers les thèmes employés et leur emplacement, leur diffusion et la réappropriation de thèmes païens. Cette approche fait ressortir des caractéristiques locales et même régionales qui supposent l’intervention d’un atelier œuvrant dans la région, une hypothèse appuyée par la découverte, à Henchir Errich, d’une signature d’un atelier de mosaïstes, chose très rare en Afrique romaine.

On y trouve également des renseignements précieux sur le clergé africain grâce aux épitaphes découvertes notamment à Thagamuta. Celles-ci montrent en outre, la richesse de l’onomastique de la région et ses spécificités dont certaines, comme à El Erg, sont d’époque vandale.

À travers cet ouvrage, c’est une quantité de documents précieux sur les Hautes Steppes que livre Fathi Bejaoui, nous donnant cet aperçu de la topographie religieuse dans la région et renouvelant nos connaissances sur la présence chrétienne dans les sites urbains et leurs campagnes. Un apport important à l’histoire de la Tunisie du centre-ouest à la fin de l’Antiquité nous est ainsi offert.

 Kenza Zinai

[1] Il s’agit de sept colloques publiés par l’Institut National du Patrimoine (INP) sous la direction de F. Bejaoui : Histoire des Hautes Steppes. Antiquité-Moyen Age, actes du colloque de Sbeitla, session 1998 et 1999, INP, Tunis 2001, Histoire des Hautes Steppes. Antiquité-Moyen Age, actes du colloque de Sbeitla, session 2001, INP, Tunis 2003, qui par la suite se sont consacrés à l’ensemble des steppes tunisiennes : Histoire des Steppes tunisiennes, actes du colloque de Sbeitla, session 2003, INP, Tunis 2006, Histoire des Steppes tunisiennes, actes du colloque de Sbeitla, session 2006, INP, Tunis 2008, Histoire des Steppes tunisiennes, actes du colloque de Sbeitla, session 2008, INP, Tunis 2010  et enfin, Histoire des Steppes tunisiennes, actes du colloque de Sbeitla, session 2010, INP, Tunis 2014.

[2] Fr. Baratte, F. Bejaoui, N. Duval et al., Basiliques chrétiennes d’Afrique du Nord. II – monuments de la Tunisie, Bordeaux  2014.