Benseddik (N.), Femmes en Afrique ancienne. – Bordeaux : Ausonius, 2017. – 211 p. : bibliogr., index, fig. – (Scripta Antiqua, ISSN : 1298.1990 ; 102). – ISBN : 978.2.35613.187.4.

Avec ce petit livre, Nacéra Benseddik (= NB) voudrait offrir à un large public une présentation attrayante de la femme africaine ancienne, celle qui vivait dans les pays du Maghreb actuel. L’originalité du projet réside dans l’association de trois grandes séquences chronologiques : protohistoire, époque punique, siècles de la domination romaine, dans chacune des trois parties de l’ouvrage Image ; Amour, mariage, famille ; Fille, compagne, épouse, mère et…, titre énigmatique sous lequel sont évoquées les nombreuses facettes du rôle de la femme dans la vie privée et publique. L’abondance des documents figurés a permis de réserver un large espace aux périodes préromaines ; en revanche, l’exposé concerne surtout l’Afrique romaine, qui a livré l’essentiel des sources écrites. Le texte est rédigé dans un style alerte et imagé, et il est abondamment illustré ; seules sont admises en notes les références aux sources antiques. À l’apparat critique infrapaginal est substituée une bibliographie générale (p. 200-202). Avec laquelle on trouvera en fin d’ouvrage un bref glossaire, un index toponymique et un copieux index des matières.

Le contenu ne réserve pas de surprise, puisqu’il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation dont la matière est, pour l’essentiel, empruntée aux études spécialisées ; c’était attendu pour la protohistoire et l’époque punique, moins pour l’Antiquité romaine, domaine des recherches de l’auteure. Son apport personnel apparaît cependant dans des réflexions appropriées sur les exploitantes de domaines (p. 183), sur le patronat féminin (p. 194), ou encore dans la touche de démographie de la p. 124. Pour le reste, j’ai relevé dans l’exposé une large utilisation des travaux de Leïla Ladjimi Sebaï (LSS) sur la femme dans l’Afrique romaine, notamment de sa thèse, publiée en 2011 ; de nombreux emprunts directs (sans guillemets), ou voilés par la périphrase, le développement ou la contraction, sont faits à cet ouvrage qui, en outre, livre des dizaines d’exemples que l’on retrouve sous la plume de NB ; c’était pour elle la solution la plus commode et, d’une certaine manière, elle s’imposait. On aurait pu attendre alors que non seulement la thèse de LLS soit citée dans la bibliographie de la fin de l’ouvrage, mais que soit aussi rappelée sa contribution décisive à la connaissance du sujet.

Il faut sans doute impliquer ici la hâte avec laquelle ND paraît avoir réalisé son ouvrage ou, plus exactement, son exposé. Tout l’indique : pour la Protohistoire surtout, il est littéralement noyé dans une illustration pléthorique qui compte souvent plus que le commentaire qui en est donné (quand il est donné) ; par exemple, pour l’Image de la femme protohistorique (p. 12-71), 5 pages de texte commentent 55 pages de photographies muettes. Notons aussi des variantes injustifiées dans la présentation des sources écrites ou dans les références des documents ; et de nombreuses erreurs dans les références des textes, en particulier pour le traité de Tertullien, Sur la toilette des femmes, souvent cité. De même encore, la cartographie est très insuffisante : la localisation des sites est faite en renvoyant à une carte empruntée à Serge Lancel (p. 72-73), utile seulement pour ceux dont le toponyme antique est connu. J’ai d’autant plus de regrets de relever ces défaillances ou négligences que j’ai souvent apprécié la qualité et la rigueur de nombreuses études de Nacera Benseddik.

J’ajoute enfin que la conception et la construction de l’ouvrage ont quelque chose d’artificiel : on pourrait croire que l’on va suivre le destin de la femme maghrébine à travers les siècles. Il n’en est rien, car la Protohistoire est attachée au territoire saharien, avant tout algérien, l’Afrique punique et romaine au domaine atlantique ou subatlantique ; les univers diffèrent complètement dans l’espace et dans le temps, si bien que le lien éventuel du premier aux deux autres ne peut être que rarement évoqué (p. 142).

Louis Maurin, Université Bordeaux Montaigne

Publié en ligne le 12 juillet 2018