Bruit Zaidman (L.), Schmitt Pantel (P.), La religion grecque. Dans les cités à l’époque classique. 5e édition. – Paris : Armand Colin, 2017. – 282 p. : bibliogr., fig., glossaire. – (Cursus : Histoire, ISSN : 0091.4498). – ISBN : 978.2.20.061818.6.

Dans une collection destinée aux étudiants en histoire ancienne, le manuel de L. Bruit Zaidman et P Schmitt Pantel est édité pour la cinquième fois, ce qui prouve son succès éditorial. Complété en 2007 par un cahier d’images commentées, il est enrichi dans la présente édition d’une bibliographie mise à jour et d’une postface qui fait le point sur quelques questions renouvelées par la recherche. Les auteures n’ont pas jugé bon de remanier le plan initial et de modifier le contenu des chapitres bien qu’un quart de siècle se soit écoulé depuis la date de la première publication (1991). En fait, d’un manuel à l’autre, le propos est resté le même : présenter aux étudiants un outil commode pour aborder la religion grecque tout en leur faisant connaître les publications de ce qu’on a appelé « l’école de Paris », et en particulier, celles de J.-P. Vernant et de M. Detienne.

L’introduction qui met l’accent sur l’étrangeté de la religion grecque, invite, tout d’abord, le lecteur à se départir des cadres de pensée des monothéismes. Elle définit quelques notions fondamentales et présente brièvement les sources littéraires, épigraphiques et archéologiques. Le manuel ne se limite pas à l’époque classique comme pourrait le faire croire son titre puisque le cadre chronologique choisi est « en gros de 750 à 330 » (p. 12). Le choix du milieu du VIIIe siècle n’est pas plus justifié que celui de l’année 330. Quant aux sources littéraires, elles n’incluent pas Hérondas cité dans l’ouvrage. On s’étonne enfin que, dans cette présentation des sources, soit omise l’iconographie dont l’importance pour aborder les rites et les dieux est pourtant soulignée dans le cahier d’images commentées.

Le manuel a un plan pédagogique. Il se compose de deux parties : les pratiques cultuelles et les systèmes de représentation du divin, chaque partie étant elle-même divisée en trois chapitres. Les connaissances sont exposées sous forme de paragraphes de longueurs inégales, illustrés par des extraits de textes, des plans et des images.

Le chapitre 1 présente « les rites, les acteurs et les lieux ». Si l’accent est mis sur le grand sacrifice civique (thusia), les pratiques sacrificielles des sectes ne sont pas négligées. Sous le titre « Le personnel religieux » sont étudiés successivement les charges déléguées par la cité, les prêtres, leurs fonctions, leurs revenus. En troisième point, une rapide présentation est faite des lieux de culte à savoir le sanctuaire, le temple ou naos, ainsi que des images des dieux.

Le chapitre 2 « religion et vie civique » commence par l’étude des rituels qui ont trait à la naissance, au mariage et à la mort, présentés comme des « rites de passage ». Les auteures jugent, en effet, peu pertinentes les notions de religion « populaire » ou « familiale » en raison du clivage qu’elles supposent entre le privé et le public. Dans « les milieux de la vie religieuse », sont énumérés, dans une sorte de fourre-tout, la maisonnée (oikos), le dème en Attique, la tribu, la phratrie, les associations cultuelles. Dans les deux dernières parties : « Religion et vie politique » et « Le système des fêtes », l’exemple athénien est privilégié pour témoigner de l’importance du religieux dans la vie politique de la cité.

Dans le chapitre 3 qui a trait aux « cultes panhelléniques », sont étudiés Olympie et ses concours, Delphes et ses oracles, Épidaure et ses guérisons tout comme les mystères d’Éleusis.

La seconde partie traite des systèmes de représentation du divin. Le chapitre 4 : « Mythes et mythologie » est un résumé des travaux de Jean-Pierre Vernant et de Marcel Detienne (mythe des races, mythe prométhéen du sacrifice, création de Pandora, dionysisme orgiaque). Le chapitre 5 : « Une religion polythéiste », propose un catalogue des puissances divines : dieux, démons, héros, avant de donner « quelques approches du panthéon » ou plutôt des panthéons, dans le but de souligner les connexions entre les différentes divinités engagées dans le fonctionnement des cités. Le dernier paragraphe s’écarte de l’exemple athénien en étudiant la cité de Mantinée. Le chapitre 6, après avoir énuméré quelques formes de représentations du divin – du xoanon à l’hermès – traite des attributs distinctifs des dieux, brosse le portrait de Dionysos, donne les images des dieux en groupe avant de s’intéresser à la figuration des rituels.

La conclusion revient sur l’idée de l’altérité radicale de la religion grecque développée dans l’introduction. Elle l’illustre par « le sort de la notion de psuchè », notion étudiée par J.‑P. Vernant dans Mythe et pensée chez les Grecs. Une réflexion générale sur l’évolution des comportements religieux dans la Grèce hellénistique reprend l’idée traditionnelle selon laquelle les individus ne pouvant se satisfaire de la religion civique aspiraient à une relation plus personnelle avec le divin.

Certains chapitres sont écrits dans une langue claire, dans un réel souci de transmission. Ils sont enrichis par de larges extraits de textes plus ou moins bien référencés. D’autres sont plus confus faute d’une perspective historiographique. La science des religions ne commence pas avec les structuralistes. On ne peut que conseiller aux étudiants de lire l’utile mise au point de S. Saïd[1].

Ce manuel souffre d’oublis, d’incohérences et d’erreurs. Ainsi, dans ce rite de passage qu’est la naissance, la fête de la dekatè est tout aussi oubliée que la présentation du nouveau-né à la phratrie. Les arrhéphores sont citées après les canéphores. Autre exemple : dans la partie sur les héros, les origines de Thèbes ne sont pas clarifiées par l’énumération des épisodes, dont celui de la naissance des Spartes, naissance qui reste énigmatique. L’helléniste souffrira à lire ce manuel tant les transcriptions du grec sont aléatoires : choè a un accent tandis que sponde n’en a pas… Le genre des mots grecs n’est jamais indiqué. Ainsi, l’étudiant non helléniste ne saura pas que les fêtes sont un neutre pluriel et il pourra croire que les splanchna et les mêria sont des féminins au pluriel puisqu’elles ne sont « ni grillées ni brûlées pour les dieux » (p. 33). Pour donner du sens, il eût été intéressant de mettre le style des temples en relation avec le nom grec de la colonne et par souci de clarification, pourquoi ne pas préciser qu’Artémis Leukophryénè est ainsi qualifiée parce qu’elle a « les sourcils blancs » !

Le souci d’illustration est louable mais certaines légendes sont illisibles (façades dorique et ionique du temple, p. 58 et 59). Les notices des vases varient dans leur présentation. Quant à la carte (p. 212-213) sur la Grèce à l’époque classique, elle est placée de telle façon que sa partie médiane fait quasiment disparaître l’Attique !

Si la lecture est constamment gênée par des fautes de ponctuation, elle l’est surtout par de multiples approximations dont on retiendra quelques exemples. Les acteurs étaient tous des « protagonistes », la cella semble désigner le naos à l’époque classique et à Athènes existait une « lignée patricienne » (p. 46). Pour les auteures également responsables du lexique, Asclépios n’est pas le fils de Coronis, mais celui de Sémélé ! Le nombre de fautes est si étonnant qu’on s’interroge sur le sérieux de l’entreprise d’autant que les critiques avaient déjà souligné le manque de rigueur de la première édition. Si tout un chacun est capable de rectifier le nom d’Achille (p. 261), si ce serait ergoter que de relever Éleusis écrit avec accent puis sans, le lecteur néophyte connaît-il l’orthographe d’Amphitryon, de la Libye, de Rhadamante ? Comment admettre que la déesse des accouchements ait son nom orthographié trois fois de façon différente. Elle est Illythie (p. 64), pour devenir Ilithye (p. 225) et se transformer en Eileithyia (p. 257) dans le lexique !

À l’évidence, ce manuel n’a pas été relu, ce qui témoigne du peu de considération pour le public auquel il est destiné. Quant à la bibliographie complémentaire, elle ne donne pas la mesure du renouvellement de la recherche accomplie depuis un quart de siècle, en France et hors de France, tant dans le domaine des rituels, des dieux que de l’archéologie.

Geneviève Hoffmann, Université d’Amiens

[1] Approches de la Mythologie grecque, Paris 1993.