Citroni Marchetti, (S.), La scienza della natura per un intellettuale romano. Studi su Plinio il Vecchio. – Introduzione, testo critico, traduzione e commento a cura di G. Massimilla. – Rome : Fabrizio Serra, 2011. – 302 p. : bibliogr., index. – (Biblioteca di « Materiali e discussioni per l’analisi dei testi classici », ISSN : 0392.6338 ; 22). – ISBN : 978.88.6227.325.1

Ce livre est l’oeuvre d’une spécialiste bien connue de Pline l’Ancien, auteur de Plinio il Vecchio e la tradizione del moralismo romano (Pise, 1991), qui a beaucoup contribué à une nouvelle appréciation de l’Histoire naturelle et mis l’accent sur la perspective morale de l’Tmuvre (particulièrement le désir de iuuare mortales) en conformité avec l’idéologie flavienne. Ce nouvel opus rassemble douze études portant sur le même auteur et explorant ses conceptions, influences et choix ; il comporte une bibliographie très nourrie et un index des passages cités d’auteurs antiques. Les études I, XI et XII sont inédites, les autres étant des versions réélaborées d’articles déjà parus entre 2003 et 2008.

La première (Autore e materia enciclopedica. Per un’introduzione, p. 13-30) souligne notamment des traits mis en valeur dans les études suivantes. Ainsi l’affirmation chez Pline de ne pas vouloir soustraire à ses devoirs officiels du temps pour le travail intellectuel renvoie aux grands penseurs de la République qui sont aussi des hommes politiques au service de l’État. Ce modèle inspire son projet d’intellectuel romain, homme d’action ayant des intérêts pour la connaissance, qui peut être aussi technique et concrète, se différenciant toutefois sur ce dernier point de Cicéron et de Sénèque. Ses ajouts personnels à ses sources sont parfois moins productifs sur le plan scientifique que révélateurs d’une sensibilité, tandis que le traitement d’un objet naturel laisse parfois affleurer la connaissance et le souvenir des textes littéraires et philosophiques célèbres en ayant parlé. Pline montre ainsi l’influence de milieux culturels et de traditions de pensée qui sont ceux des lecteurs contemporains, ce qui conduit à essayer de reconstruire les modalités de la communication que Pline entretient avec eux en tant qu’homme de culture et littérateur.

Le deuxième article (La veglia e il dipinto. Modelli culturali per un programma di laboriosità, p. 31-55) a pour sujet le travail intellectuel nocturne fourni au détriment du sommeil. Pline l’évoque dans sa préface, soucieux de ne pas enlever de temps à ses fonctions officielles, mais aussi de justifier par ces conditions de travail les manques éventuels de son Tmuvre. Les antécédents au thème de la veille laborieuse sont recherchés chez Sénèque (veille intellectuelle) et Platon (veille du responsable politique). Est essentiel toutefois le modèle du paysan romain consacrant ses veilles au travail, lequel appartient au noyau idéologique de l’HN, où sont célébrés les ancêtres paysans-soldats et où s’exprime l’idéal du petit agriculteur, en accord sans doute avec la politique réformatrice des Flaviens. D’autre part, pour indiquer le caractère imparfait de l’HN, Pline fait une comparaison avec l’usage des peintres de ne jamais considérer leurs oeuvres comme terminées, ce qui renvoie aux Lois de Platon et à la République de Cicéron.

La troisième étude (Passione di lettura e di scrittura, p. 56-71) part du fait que dans la préface, à l’anxiété de lire et d’écrire chez Pline ne semble pas correspondre celle d’être lu (ainsi il ne veut faire publier son histoire de Rome qu’après sa mort). En s’appuyant sur les parallèles et différences avec surtout Dion Chrysostome, Ovide et Cicéron, S. C.-M. montre que le souhait de l’utilité et d’aider les hommes implique l’étude d’activités comme l’agriculture, méprisée chez Dion Chrysostome, mais liée aux origines les plus nobles du peuple romain. Le thème du Deus est mortali iuuare mortalem a des antécédents dans l’idée que faire le bien est ce qui rend l’homme le plus proche des dieux, le désir de servir s’appuyant sur un modèle cicéronien conscient. Tandis que Pline craint de négliger ses devoirs officiels et méprise les plaisirs, en vue de l’utilité il jouit du plaisir d’aller de livre en livre et de celui de l’écriture qu’il condamne et nie.

Le quatrième article (Le scelte di un intellettuale, p. 72-99) montre qu’il faut dépasser les affirmations de souci de l’utilitas et de refus de toute modalité rendant plaisante l’aride matière traitée. Pline est très influencé par l’historiographie et surtout par la rhétorique jusque dans son refus de celle-ci. L’HN ne naît pas directement d’une culture technique ou scientifique, mais y arrive, à partir de la maîtrise par son auteur du noyau culturel fort représenté par les disciplines élevées, la rhétorique avant tout. Pline possède une haute culture, dérivant de la grande tradition grecque, soit directement, soit par les auteurs latins où Cicéron tient une place importante. Il l’utilise aussi par des références dissimulées et en en jouant pour le plaisir du lecteur.

La cinquième étude (L’autore comme personaggio, p. 100-124) voit les différentes facettes de Pline auteur. C’est d’abord un personnage décrit par d’autres (Pline le Jeune) ; tel qu’il apparaît dans la préface, il se situe à un point intermédiaire entre le Pline précédent et l’auteur interne de l’HN. Dans le reste de l’HN, il se borne en général à indiquer aux lecteurs sa méthode d’information sans mise en scène. Il y a parfois compénétration entre ce qu’il indique comme son expérience vécue hors du texte et ses points de référence culturels. Ainsi, sa visite du jardin du centenaire Antonius Castor renvoie à la visite du jardin du vieux de Corycus chez Virgile et à Valerius Corvinus dans le Cato maior de Cicéron.

Le sixième article (Plinio, Anassagora e la pietra caduta dal sole, p. 125-146) part du rappel par Pline de la prédiction par Anaxagore de la chute d’une météorite à Aegios Potamos, Pline ajoutant : fateatur necesse est … solui… rerum naturae intellectum et confundi omnia, si aut ipse sol lapis esse aut umquam lapidem in eo fuisse credatur. Il renvoie implicitement à la conception d’Anaxagore que les corps célestes sont pierreux et au célèbre début du livre de ce dernier : « toutes les choses étaient ensemble, l’intelligence intervint et les ordonna ». Ces références dérivent chez Pline non d’une lecture directe, mais d’une culture doxographique qu’il partage avec ses lecteurs. Il pouvait trouver dans des textes philosophiques et doxographiques des critiques d’Anaxagore formulées en utilisant des motifs et des points qui dérivent des concepts et du mode d’expression du philosophe.

La septième étude (Policrate di Samo e la felicità, p. 147-171) évoque l’histoire du tyran Polycrate de Samos qui, pour racheter son perpétuel bonheur, jette son anneau préféré à la mer, mais le retrouve dans un poisson, ce qui indique qu’il ne peut échapper au destin (il finit crucifié). S. C.-M. examine chez quelques auteurs la définition d’une vie heureuse et la question de qui fut l’homme le plus heureux. Toutefois, Pline ne parle pas de Polycrate dans le livre VII où il aborde ces points, mais à propos de l’histoire des anneaux. Il peut ainsi évoquer l’amor des objets de luxe caractérisant la société romaine, amor qui est la fin d’un processus d’acculturation de la société romaine et aussi un phénomène psychologique individuel d’attachement pathologique aux objets précieux. Polycrate est en même temps chez Pline une image de l’humanité dans le mécanisme spirituel qui l’oppose à la fortune et répète l’expérience générale humaine, alors qu’il est surtout un tyran pour les autres auteurs.

La huitième étude (La rappresentazione del denaro, p. 172-192) s’attache à la représentation de l’argent chez Pline. Les premières notations sur le luxe et l’argent sont introduites à travers le discours sur les peuples lointains et autres (Arabes, Indiens), envoyant aux Romains quantité d’objets superflus et nuisibles, cause de pertes financières pour l’État romain. Mais alors qu’il y a dans l’HN une condamnation répétée du luxe et de la richesse, Pline montre un souci de l’intérêt financier du lecteur : les produits naturels sont présentés comme ayant un prix et pouvant fructifier commercialement ; tout en dénonçant les techniques agricoles faisant de certains produits des produits de luxe, Pline enseigne comment en tirer un profit maximum par la culture ; la description des objets précieux a aussi pour fin la possibilité de les acheter au juste prix et sans fraude. Cette importance de l’évaluation financière des choses est confirmée par la fin de l’HN où figure une classification des objets naturels en fonction de leur prix. Il y a également chez Pline, une capacité, que lui reconnaît Marx, à comprendre le phénomène d’accumulation comme un processus infini, faisant abstraction de la valeur d’usage des biens thésaurisés et voyant en eux la valeur abstraite d’argent.

La neuvième étude (L’amore innocente del delfino, p. 193-202) porte sur quatre histoires de dauphin chez Pline et des auteurs parallèles, dont trois, évoquant l’amour d’un dauphin pour un jeune garçon, se terminent par la mort de l’animal ; c’est Élien qui montre un rapprochement avec l’amour des garçons de tradition platonicienne. Pour S. C.-M., l’amour des dauphins est innocent car sans idée de rapt, la mort de l’animal étant une annulation de soi.

Le dixième article (Tiberio Gracco, Cornelia e i due serpenti, p. 203-227) examine différentes versions de la célèbre histoire de Tibérius Sempronius Gracchus père : ayant trouvé un serpent mâle et un, femelle, dans sa maison, il apprit d’haruspices ou devins que tuer le mâle entraînerait sa propre mort alors que tuer la femelle entraînerait celle de son épouse Cornélia ; il choisit de tuer le mâle, se condamnant et sauvant Cornélia. S. C.-M. examine les récits parallèles dans la mythologie, la littérature ethnographique et le folklore européen. La présence des serpents catalyse les aspects du rapport entre les sexes, où s’entremêlent affection et pouvoir. En cohérence avec son idéologie du bon citoyen et du sens du devoir, Pline est le seul à donner comme raison de l’acte de Tibérius – outre la jeunesse de Cornélia – le fait que celle-ci peut encore avoir des enfants.

Le onzième article (Uno spettacolo con elefanti, p. 228-263) s’intéresse au combat éléphants/hommes, lors des jeux offerts en 55 avant J.-C. par Pompée pour l’inauguration de son théâtre. L’auteur compare le traitement de l’événement, en fonction de leur sensibilité et leurs idées, chez Cicéron, Sénèque, Dion Cassius et Pline, source la plus détaillée. Cicéron évoque la compassion du public pour les animaux, sans toutefois décrire leur souffrance. Sénèque, comme Pline, suggère un parallèle avec la guerre civile à venir, mais décrit un spectacle où la pitié va vers les hommes écrasés, tandis que Pline montre avant tout les éléphants acculés et semblant supplier le public qui maudit Pompée. Dion Cassius intègre à son récit des « connaissances » sur la religion des éléphants indiquées à part chez Pline, dont la description est la plus équilibrée, entre description réaliste des animaux et symbolique politique.

La dernière étude (Guardare il mondo, descriverlo, agire in esso. Per una conclusione, p. 264-275) s’attache surtout à situer Pline comme point central d’une tradition à propos du motif de la faiblesse corporelle de l’homme par rapport aux animaux. S. C.-M. part ainsi du Protagoras de Platon, mais voit aussi Pline comme auteur qui transmet ce motif à Érasme, lequel utilise le vocabulaire de Pline, mais en le faisant servir à ses propres conceptions morales et politiques.

Cet ensemble d’études s’inscrit bien dans le courant de revalorisation de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, qui, ayant été une autorité scientifique jusqu’au XVIII e siècle, fut décriée pendant le dix-neuvième siècle et une grande partie du vingtième comme un fatras de fiches rassemblées sans discrimination, entrelardé 300 revue des études anciennes de banalités rhétoriques et marqué par une superstition dénuée d’esprit critique. Il confirme à l’HN le statut d’œuvre -extrêmement écrite et sophistiquée – de sapientia, d’ambition philosophique et idéologique très haute que lui reconnaissait C. Nicolet [[1]]. Dans la continuité de ses études précédentes, S. C.-M. souligne que Pline possède une véritable culture philosophico-littéraire et rhétorique, celle de son temps, et que la grande culture grecque classique et les auteurs de l’époque cicéronienne (et d’abord Cicéron lui-même) y tiennent une place fondamentale pour son projet encyclopédique et le détail de son écriture. Elle montre la cohérence entre les éléments rhétoriques et descriptifs de l’oeuvre ; elle met en relief le fait que son discours est informé d’une idéologie humanitaire et politique et que l’union entre sa culture et cette idéologie fait de Pline un intellectuel engagé dans son temps. Le projet de S. C.-M. est servi par sa connaissance approfondie des auteurs classiques qui lui permet de détecter influences et parallèles, y compris sur des points très précis.

On peut toutefois faire quelques remarques sur des points particuliers. Ainsi, Pline l’Ancien n’est pas l’auteur le plus important pour les conclusions dans l’étude sur les dauphins et on peut se demander s’il était nécessaire de l’intégrer au volume. L’article sur la représentation de l’argent suit l’ordre des livres de l’Histoire naturelle, comme l’indique S. C.-M. qui précise pour certains qu’ils n’apportent rien, ou presque, au sujet ; or, elle passe des livres d’agriculture (16-19) à ceux sur les minéraux (33-37) sans un mot à propos des livres de remèdes végétaux (20-27) et animaux (28-32). Ils contiennent pourtant des points susceptibles d’intéresser son sujet, par exemple : la polémique du début du livre XXIX contre les médecins utilise très 1. Les littératures techniques dans l’Antiquité romaine. Statut, public et destination, tradition, Cl. Nicolet dir.,Genève 1996, p. 14. largement le thème du prix des soins et remèdes comme argument contre la médecine d’origine grecque ; le faible coût des remèdes simples, notamment ceux tirés des produits des jardins, est une des raisons qui poussent Pline à les conseiller de préférence aux coûteux remèdes composés.

D’autre part, on retire de la lecture de ces articles une image de Pline, certes juste, mais qui fait un peu oublier des aspects expliquant en partie les sévères condamnations d’autrefois. Comme beaucoup de ses contemporains, Pline s’est montré très ouvert aux influences hellénistiques qui ont favorisé son goût pour les mirabilia. Elles ont aussi entraîné son adhésion à la théorie des sympathies et des antipathies existant entre les productions de la nature (qui rend incertaines pour lui les limites de la magie), même s’il préfère croire que cette doctrine a l’un de ses écrivains essentiels en la personne d’un philosophe grec de l’époque classique, Démocrite. La révélation des exemples de cette théorie véhiculée par des apocryphes hellénistiques perdus est l’un des buts de l’Histoire naturelle (24, 85 ; 37, 59) et peut se combiner à d’autres raisons pour expliquer les particularités de certains passages. Ainsi, S. C.-M. relève les différences dans la manière dont Pline (27, 99) et Dioscoride (MM, 3, 141) traitent du lithospermon (grémil officinal, Lithospermum officinale), plante dont les fruits ont l’aspect de petites pierres rondes ; alors que Dioscoride les compare à des pierres, Pline dit que ce sont des pierres, les compare à des perles et affirme que l’ensemble ressemble à un travail d’orfèvre. S. C.-M. voit dans cette description l’expression d’une subjectivité correspondant à la manière de voir de la société romaine de l’époque (p. 15), ce qui est en effet possible surtout pour la comparaison avec un bijou. Il est plus contestable d’attribuer à la réputation littéraire et à la beauté de la plante le fait que Pline intervienne personnellement dans le texte pour souligner qu’il en a vu lui-même une (p. 17). Le point essentiel derrière la description de banalités rhétoriques et marqué par une superstition dénuée d’esprit critique. Il confirme à l’HN le statut d’œuvre -extrêmement écrite et sophistiquée – de sapientia, d’ambition philosophique et idéologique très haute que lui reconnaissait C. Nicolet 1. Dans la continuité de ses études précédentes, S. C.-M. souligne que Pline possède une véritable culture philosophico-littéraire et rhétorique, celle de son temps, et que la grande culture grecque classique et les auteurs de l’époque cicéronienne (et d’abord Cicéron lui-même) y tiennent une place fondamentale pour son projet encyclopédique et le détail de son écriture. Elle montre la cohérence entre les éléments rhétoriques et descriptifs de l’oeuvre ; elle met en relief le fait que son discours est informé d’une idéologie humanitaire et politique et que l’union entre sa culture et cette idéologie fait de Pline un intellectuel engagé dans son temps. Le projet de S. C.-M. est servi par sa connaissance approfondie des auteurs classiques qui lui permet de détecter influences et parallèles, y compris sur des points très précis. On peut toutefois faire quelques remarques sur des points particuliers. Ainsi, Pline l’Ancien n’est pas l’auteur le plus important pour les conclusions dans l’étude sur les dauphins et on peut se demander s’il était nécessaire de l’intégrer au volume. L’article sur la représentation de l’argent suit l’ordre des livres de l’Histoire naturelle, comme l’indique S. C.-M. qui précise pour certains qu’ils n’apportent rien, ou presque, au sujet ; or, elle passe des livres d’agriculture (16-19) à ceux sur les minéraux (33-37) sans un mot à propos des livres de remèdes végétaux (20-27) et animaux (28-32). Ils contiennent pourtant des points susceptibles d’intéresser son sujet, par exemple : la polémique du début du livre XXIX contre les médecins utilise très largement le thème du prix des soins et remèdes comme argument contre la médecine d’origine grecque ; le faible coût des remèdes simples, notamment ceux tirés des produits des jardins, est une des raisons qui poussent Pline à les conseiller de préférence aux coûteux remèdes composés. D’autre part, on retire de la lecture de ces articles une image de Pline, certes juste, mais qui fait un peu oublier des aspects expliquant en partie les sévères condamnations d’autrefois. Comme beaucoup de ses contemporains, Pline s’est montré très ouvert aux influences hellénistiques qui ont favorisé son goût pour les mirabilia. Elles ont aussi entraîné son adhésion à la théorie des sympathies et des antipathies existant entre les productions de la nature (qui rend incertaines pour lui les limites de la magie), même s’il préfère croire que cette doctrine a l’un de ses écrivains essentiels en la personne d’un philosophe grec de l’époque classique, Démocrite. La révélation des exemples de cette théorie véhiculée par des apocryphes hellénistiques perdus est l’un des buts de l’Histoire naturelle (24, 85 ; 37, 59) et peut se combiner à d’autres raisons pour expliquer les particularités de certains passages. Ainsi, S. C.-M. relève les différences dans la manière dont Pline (27, 99) et Dioscoride (MM, 3, 141) traitent du lithospermon (grémil officinal, Lithospermum officinale), plante dont les fruits ont l’aspect de petites pierres rondes ; alors que Dioscoride les compare à des pierres, Pline dit que ce sont des pierres, les compare à des perles et affirme que l’ensemble ressemble à un travail d’orfèvre. S. C.-M. voit dans cette description l’expression d’une subjectivité correspondant à la manière de voir de la société romaine de l’époque (p. 15), ce qui est en effet possible surtout pour la comparaison avec un bijou. Il est plus contestable d’attribuer à la réputation littéraire et à la beauté de la plante le fait que Pline intervienne personnellement dans le texte pour souligner qu’il en a vu lui-même une (p. 17). Le point essentiel derrière la description est l’indication médicale : les fruits de la plante guérissent les calculs et Pline précise qu’aucune plante n’indique mieux à quel remède elle est destinée. Il s’agit donc d’un très bel exemple de sympathie, à exploiter dans le domaine médical, comme le souhaite Pline (ce passage est d’ailleurs l’anticipation antique la plus explicite de la théorie des signatures de Paracelse). Le nom de pierres attribué aux fruits et le fait que Pline donne un témoignage personnel (comme l’insistance sur l’indication) répondent au souci de mettre en évidence une plante qui correspond si parfaitement à sa conception du remède idéal, un simple dont les indications s’insèrent dans le système des sympathies et antipathies et que la Nature a pris soin de signaler à l’homme par un détail significatif.

Ces quelques remarques ne doivent pas empêcher de souligner que le but de S. C.-M. de montrer la culture classique de Pline et la cohérence idéologique de son Tmuvre est pleinement atteint et que cet ensemble d’articles rendra indéniablement service aux spécialistes de Pline et à ceux de la littérature encyclopédique ou technique.

Patricia Gaillard-Seux

[[1]] 1. Les littératures techniques dans l’Antiquité romaine. Statut, public et destination, tradition, Cl. Nicolet dir., Genève 1996, p. 14.[[1]]