Birgalias (N.), Aπό την κοινωνική στην πολιτική πλειονοψηφία. To στάδιο της ισονομίας – Πολιτειακές μεταβολές στον αρχαίο ελληνικό κόσμο 550-479 π.Χ. – Athènes : Pataki, 2009. – 184 p., index. – ISBN : 978.960.163304.6.

Nikos Birgalias est professeur d’Histoire Grecque Ancienne à l’Université d’Athènes. Dans son livre « Aπό την κοινωνική στην πολιτική πλειονοψηφία. To στάδιο της ισονομίας – Πολιτειακές μεταβολές στον αρχαίο ελληνικό κόσμο 550-479 π.Χ.» (De la majorité sociale à la majorité politique : le stade de l’isonomie- Changements politiques dans le monde grec ancien 550-479 avant J. C.), il propose de ne pas limiter l’étude de l’isonomie au domaine de l’histoire des idées politiques, mais de voir en elle l’une des formes d’organisation politique de la cité grecque. Afin d’étayer ses arguments, l’auteur examine le cas d’un certain nombre de cités grecques archaïques en situation de changement politique et propose le terme isonomie à la place de termes comme « oligarchies modérées » ou « oligarchies élargies » ou encore « démocraties modérées » ou « premières démocraties ». L’auteur examine la période entre le sixième siècle jusqu’à 479 avant J.C., une période qui correspond à la phase de transition qui conduit de l’affaiblissement de l’aristocratie et des tyrans à l’établissement de démocraties ou d’autres types d’oligarchie.

Dans le chapitre 1 intitulé « Le Sixième Siècle », l’auteur décrit l’isonomie comme la constitution qui résulte du compromis entre les « γνώριμοι » et le « πλῆθος », constituant un régime nouveau qui transforme la majorité sociale en une majorité politique. Il considère l’isonomie comme un régime, produit de l’attitude politique novatrice des Grecs de la deuxième partie du sixième siècle et du début du cinquième, qui fait son apparition comme résultat des conflits politiques et sociaux, conflits qui ont éclaté dans des tyrannies, des aristocraties fermées ou encore suite à des réformes législatives ou à des fondations coloniales. Le critère qui définit une isonomie en tant que régime est l’élargissement du corps politique qui forme une nouvelle assemblée, même si tous les membres de cette assemblée élargie n’ont pas le droit d’être élus à l’archontat de la cité. Dans le cas de l’isonomie, la création d’une assemblée nouvelle constituée de citoyens nouveaux conduit à l’égalité de participation à cette instance mais non à l’égalité pour l’élection à la magistrature puisque en ce qui concerne les fonctions dirigeantes la cité préserve l’ancien caractère de la répartition du pouvoir.

Dans le chapitre 2 intitulé «L’Isonomie et Hérodote », l’auteur commence par opposer le régime de l’isonomie à celui de la démocratie.
Il souligne qu’Hérodote était conscient que ces deux régimes ne s’identifient pas. Il fait valoir que quand Hérodote se réfère aux réformes de Clisthène il fait usage du terme isonomie – bien qu’il note l’exception de VI.131.3 4 : « …Clisthène qui a institué les tribus et la démocratie…»; Nikos Birgalias cherche à montrer que le terme démocratie décrit la constitution de la cité d’Athènes à la suite des guerres médiques et des réformes d’Ephialte, quand l’isonomie avait évolué en démocratie. Vu que la démocratie dénote plus que l’isonomie et que l’isonomie signifie égalité de participation au pouvoir au sein de l’assemblée sans signifier que le peuple est la cité, l’auteur conclut qu’avant 479 il n’y avait pas de démocraties et que l’isonomie chez Hérodote constitue un cadre institutionnel qui se réfère aux structures et aux fonctions de la cité. Nikos Birgalias analyse systématiquement toutes les mentions d’isonomie chez Hérodote – débat des nobles perses, Maiandrios à Samos, Cadmos à Cos, Aristagoras à Milet, les «démocraties» de Mardonios – et conclut qu’Hérodote conçoit l’isonomie comme une situation politique qui succède à la tyrannie qui la précède et où l’administration de la cité passe au corps élargi des citoyens qui jusqu’à ce temps-là ne participait pas, mais les limites de sa participation restent inconnues. L’analyse est profonde et cohérente mais dans le cas d’Hérodote VI.131.3-4 la question demeure: pourquoi l’historien a-t-il fait usage du terme « démocratie » pour qualifier les réformes de Clisthène s’il ne considérait pas ce régime comme tel ?

Dans le chapitre 3 intitulé « De l’aristocratie à l’isonomie », l’auteur examine six cas de cités grecques dans les années 600-470 où des aristocraties ont été remplacées par une nouvelle forme d’organisation politique qu’il qualifie d’isonomie. Il commence avec le cas de Chios dans la période 600-500 pour laquelle les historiens sont divisés sur le nom à donner au régime. Nikos Birgalias avance l’hypothèse que le régime de Chios s’inscrit dans le cadre de l’isonomie en tant que régime qui a remplacé une aristocratie dynastique. De même il propose de qualifier d’isonomie la « démocratie » d’Héraclée Pontique, l’« oligarchie élargie » de Mantinée, la « démocratie » d’Érétrie, la « démocratie » d’Elis avant 470, et finalement le régime d’Argos entre 494 et 470. Dans ce chapitre, le point commun qui constitue l’argument principal de l’auteur est que dans tous les cas à la suite des conflits politiques entre les aristocrates et le peuple l’assemblée des citoyens s’élargit significativement mais il ne semble pas que ces citoyens dans leur totalité aient le droit d’être élus aux fonctions dirigeantes. Il surmonte la difficulté de classer ces cas de transformations politiques dans les deux catégories de l’oligarchie et de la démocratie, en avançant l’argument que l’isonomie est une forme distincte d’organisation politique qui présente des caractéristiques communes constituant une solution politique aux exigences politiques et économiques d’une grande partie de la population de la cité ; c’est une phase importante de la démocratisation de la vie politique de la cité mais ce n’est pas une démocratie. Dans ces cas, l’isonomie est une révolution politique et non pas simplement une phase d’évolution du régime qui la précède.

Dans le chapitre 4 intitulé « De la tyrannie à l’isonomie », l’auteur suit la même méthode pour examiner les cas des réformes qui suivent une tyrannie. Il présente le cas de Cyrène où selon lui l’isonomie remplace un régime tyrannique, sur une base d’égalité entre les habitants nouveaux de la colonie, les habitants anciens et l’aristocratie; ce régime n’était pas une « démocratie prématurée » ou « modérée » mais une isonomie vu que l’aristocratie garde le pouvoir. Il continue avec le cas de Mégare après la chute de Théagène en 630 et avant la crise politique de 600-550 , en avançant l’hypothèse qu’il s’agit d’une isonomie vu que le pouvoir est exercé par les riches et que l’assemblée est élargie. Dans le cas de la « démocratie ou de l’oligarchie modérée » d’Érythrées, il propose encore une fois l’isonomie en faisant valoir que les magistrats sont élus parmi les riches et que l’ensemble des citoyens participe à cette élection. Dans le dernier cas de ce chapitre, celui d’Ambracie, il propose que le régime qui résulte de la chute de la tyrannie ait été une isonomie, dans laquelle l’égalité politique était assurée tandis que dans les premières années de ce régime une certaine somme de revenu était exigée pour être éligible à une magistrature.

Dans le chapitre 5 intitulé « Isonomie : des cas ambigus », l’auteur examine des cas incertains en ce qui concerne le type de régime, vu que les données historiques sont très limitées et ce n’est que par des traits généraux qu’on pourrait déduire qu’il s’agisse de cas d’isonomie. Ces cas sont : Lipara dans les îles éoliennes aux environs de 580-570, le cas de Mytilène après la chute de Pittacos en 580 et avant la prédominance des Perses en 525, celui de Chalcis entre 506 et 446, le cas de Cnide après la révolte contre la dynastie aristocratique au milieu du sixième siècle, le cas de Naxos entre 506 et 500.

Dans l’épilogue, Nikos Birgalias conclut que dans son contexte historique, l’isonomie exprime la notion de l’autorité de la loi produit d’une participation large du corps des citoyens et l’égalité politique; l’égalité politique concerne d’une part le grand nombre des citoyens qui participent à la vie politique et d’autre part le petit nombre de ceux qui participent à l’administration de la cité. À l’exception d’Athènes, les isonomies n’évoluent pas en démocraties mais dans les cas étudiés dans ce livre le pouvoir retourne aux citoyens riches qui instituent une oligarchie. À la question principale de savoir pourquoi les sources anciennes ne se référent pas à l’isonomie en tant que régime, l’auteur répond que le fait que des oligarchies aient succédé à l’isonomie a effacé les caractéristiques particulières de cette dernière et que dans le cas d’Athènes où l’isonomie évolue en démocratie, elle fut considérée comme une étape avant le régime démocratique.

Ce livre constitue une excellente analyse pour quiconque s’intéresse à l’histoire des constitutions dans le monde grec ancien. La question est abordée dans un langage clair et d’une façon systématique et convaincante. La valeur du livre tient surtout à son hypothèse novatrice qui pose la question de l’isonomie sur une base nouvelle, celle de sa nature constitutionnelle, ce qui élargit et approfondit le débat sur cette notion fondamentale.

Polyvie Parara