Deru (X.), La Gaule Belgique. – Paris : Picard, 2016. – 138 p. : bibliogr., index, fig. – ISBN : 978.2.7084.1009.1.

Il manquait à cette belle collection un volume sur la Gaule Belgique. En effet, paraissait dans la même série, en 2008, le livre de Pierre Gros, La Gaule Narbonnaise, de la conquête romaine au IIIe siècle ap. J.-C., puis en 2011 celui d’Alain Ferdière, avec la contribution d’Armand Desbat, Monique Dondin-Payre et William van Andringa, La Gaule lyonnaise. En réalité, ce livre reprend une version parue en allemand en 2010 à Mayence, aux éditions Philipp von Zabern (136 p. ISBN 978-3-8053-4245-2. 29,90€), sous le titre Die Römer an Maas und Mosel. Le principe de cette série de publications consacrées aux provinces romaines est de confier à un spécialiste reconnu une synthèse facile d’accès privilégiant l’association efficace du texte et de l’image tout en respectant la rigueur scientifique. Cet ouvrage ne déroge pas à la règle et il est extrêmement bien illustré. Xavier Deru, archéologue, spécialiste de céramique gallo-romaine du nord de la Gaule, a rédigé l’essentiel et réalisé la plupart des cartes conçues dans le cadre de l’atelier ABG, Atlas de la Gaule Belgique et des Germanies, du laboratoire de recherche Halma UMR 8164 de l’Université de Lille Sciences Humaines et Sociales (SHS). Les connaissances de Roland Delmaire, qui a entre autres dirigé et rédigé pour l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres les quatre volumes de la Carte Archéologique de la Gaule, deux sur le Nord (R. Delmaire (dir.), R. Delmaire, G. Leman-Delerive, Cl. Seillier, P. Thollard, CAG 59, 1, 1996 et R. Delmaire (dir.), J.-Cl. Carmelez, F. Loridant et Chr. Louvion, CAG 59, 2-Bavay, en 2011), et deux sur le Pas-de-Calais (62, 2 vol. en 1994 avec la participation d’A. Jacques, G. Leman-Delerive et Cl. Seillier), ont permis de compléter l’approche et d’éclairer avec efficacité la trame historique et archéologique de la province.

L’introduction de ce volume évoque la Belgique de César, rappelant les trois parties décrites par le général romain, celle où vit le peuple des Belges, celle ou se trouve les Aquitains et enfin celle que l’on appelle la Celtique. Cette division en trois entités, bien que très artificielle, comme on le sait, reflète des réalités ethnographiques, mais surtout la conception du chef de guerre romain. Les données naturelles sont ensuite présentées à l’aide de deux très belles cartes, puis sont évoqués les peuples antérieurs à César, p. 11-15.

Sept chapitres permettent de réaliser le tour d’horizon de la province : histoire et administration, p. 16-21, les agglomérations, p. 25-46, le monde rural, p. 47-60, l’artisanat, p. 66-74, dieux et hommes, p. 79-93, le monde des morts, p. 95-98, l’Antiquité tardive, p. 106-120, avec introduction, conclusion, bibliographie et index. Il s’agit d’une très bonne synthèse sur la Gaule Belgique. Le premier chapitre permet de retracer les étapes de la conquête, p. 16-19, la formation de la Belgique, p. 19-21, qui est présentée comme une province à partir de 17 ap. J.-C., après le départ de Germanicus, l’effort de conquête de la Germanie ayant jusqu’alors conduit à une direction unique des Trois Gaules. La province connaît ensuite une longue période de calme relatif aux Ier et IIe s., p. 21-28. Les crises ponctuelles qui secouent la Belgique à plusieurs reprises sont rapidement évoquées, p. 23-24, puis la création du Conseil des Gaules, p. 24-25, avant de considérer l’administration des cités, p. 25-27, sans oublier l’existence de troupes, en particulier avec la création d’une base navale à Gesoriacum-Boulogne-sur-Mer, p. 27-28. Le chapitre 2, consacré aux agglomérations, commence par une présentation des chefs-lieux, p. 30-42, avec de nombreux plans, maquettes et photographies de monuments ou de détails picturaux, avec entre autres les enduits peints découverts à Reims. Vient ensuite une description des agglomérations rurales, p. 43-46, mettant en évidence les découvertes liées aux thermes, édifice « marqueur de la romanité ». Le chapitre 3 s’ouvre par une photographie aérienne de Roger Agache, le pionnier en ce domaine, celui qui avait permis de mieux repérer les structures présentes dans la Somme rurale et tout particulièrement les villas et les fermes. Notons d’ailleurs que ce savant décédé en 2011 a reçu de nombreux hommages posthumes, parmi lesquels nous signalons sous la direction de G. Gauthier, Roger Agache, détective du ciel : découverte de l’archéologie aérienne, Trouville-sur-Mer, Musée archéologique de l’Oise, 2013. Dans le chapitre 3, on trouve un bref inventaire de l’occupation des campagnes, p. 50-52, suivi d’une présentation des structures de l’occupation, p. 52-65. Le chapitre 4, consacré à l’artisanat, prend en compte le sel, la pierre, le fer, le textile, la terre, suivi d’une brève présentation de la consommation. Cette évocation peut être complétée par la lecture des actes du colloque de l’Association du Monde Rural Gallo-Romain (AGER), édité par Xavier Deru et Ricardo Gonzalez Villaescusa, Consommer dans les campagnes de la Gaule romaine. Actes du Xe Congrès de l’Association AGER, Revue du Nord, hors série 21, Villeneuve d’Ascq, 2014, qui donnent de très riches développements. Le chapitre ayant pour thème la religion, commence par présenter le panthéon, p. 79-86, en faisant un point précis sur l’exemple trévire. Ensuite, la présentation de l’architecture religieuse permet de passer en revue les différents types de monuments découverts comme la très belle découverte reconstitution du temple de Champlieu, p. 91, ou le fanum reproduit sur un enduit de Fanum Martis-Famars, p. 90. Les religions (dites) orientales ne sont pas oubliées, même si peu de place leur est consacrée, p. 93-94. En revanche, les données concernant le monde des morts et les pratiques funéraires ayant connu ces dernières années un renouvellement formidable, le chapitre 6, qui s’y consacre est plus dense. La localisation des nécropoles est le premier sujet abordé, puis on insiste sur le monde de la crémation, p. 98-105. Xavier Deru a également dirigé la publication d’une grande fouille, près de Bavay et l’on pourra consulter avec profit le volume correspondant : Xavier Deru et Frédéric Loridant† avec la participation d’Hélène Bodart, Roland Delmaire et Véronique Canut, La nécropole gallo-romaine de la « Fache des Près Aulnoys » à Bavay, Revue du Nord, Hors Série n° 13, Villeneuve d’Ascq, 2009. Enfin, le chapitre consacré à la période tardive montre les évolutions et les bouleversements qui se produisent alors. De la crise du IIIe s., p. 106-107, à la naissance du Bas-Empire, p. 107-113, on trouve un point sur les agglomérations à la période tardive, p. 113-117, sur la religion, p. 118-119, sur le passage à l’inhumation privilégiée. Enfin, en guise de conclusions, la question de la romanisation sur la longue durée est posée, p. 127-128, de l’héritage à en tirer, p. 128-129 et, en ouverture, des trésors de connaissances que l’archéologie nous révèle pour une histoire globale de la Gaule Belgique dans le monde, p. 129-131.

La bibliographie fournie, p. 133-136, permet de compléter la présentation faite ici ; elle est classée en suivant les chapitres. Notons la présence toujours pratique d’un index. On peut conseiller aux lecteurs intéressés, pour un prolongement historiographique sur la Belgique, dont l’Etat moderne est né en 1830, et pour une façon ancienne de voir la Belgique antique, le livre de Xavier Deru et de Germaine Leman-Delerive (éd.), Franz Cumont, Comment la Belgique fut romanisée, Rome 2017 (1e éd. 1914).

Pour conclure, nous nous réjouissons du travail des auteurs et les lecteurs auront plaisir à lire et à regarder ce volume au texte riche et à l’information dense et choisie, judicieusement illustrée.

Christine Hoët-van Cauwenberghe, Université de Lille SHS, laboratoire Halma UMR 8164

Publié en ligne le 05 février 2018