Fain (G. L.), Writing Epigrams. The Art of Composition in Catullus, Callimachus and Martial. – Bruxelles : Latomus, 2008. – 238 p. : bibliogr., index. – (Latomus ; 312). – ISBN : 2.87031.2537

Le volume qu’a écrit G. L. Fain ressortit à l’histoire des genres littéraires. Et si l’auteur a limité son sujet à l’épigramme dans l’Antiquité, il déclare en conclusion qu’il a essayé de fournir des outils susceptibles d’être utilisés pour comparer des poèmes de langues et d’époques différentes et cite comme exemple le sonnet, de Dante et Pétrarque jusqu’à Robert Frost, en passant par Du Bellay, Shakespeare, etc. Son étude est, en effet, basée sur la forme, non sur les particularités de vocabulaire ou l’usage des mots comme il l’explique à la p. 200, mais sur la structure. Dans chacune des oeuvres qu’il examine, il analyse les commencements, en particulier la syntaxe de la première phrase, cherche si elle contient une question, un impératif, un subjonctif optatif, ou bien si elle est simplement déclarative, regarde s’il y a des vocatifs, des apostrophes explicites du poète à lui-même ou à d’autres êtres, ce qui le conduit à rechercher à quelle personne sont les verbes ou les pronoms. Puis il scrute la composition, relevant les ouvrages qui paraissent ne pas être organisés et ceux qui ont une structure formelle basée sur des éléments rhétoriques (contraste, parallélisme, logique, etc.). Pour finir il se penche sur la façon dont se terminent les épigrammes, soit par un retour au point de départ, soit par une pointe, soit par un changement dans la personne apostrophée ou dans la syntaxe, soit par l’introduction d’un verbe à un mode différent, etc. Ces développements sont pleins de finesse et d’acribie. Ainsi ses conclusions sont-elles fermement appuyées sur les textes. La succession de ses chapitres indique l’ordre dans lequel il a procédé. Il est parti de Catulle (chapitre 1). De là, il a voulu découvrir les modèles du Véronais ; il s’est donc tourné du côté de l’épigramme pré – hellénistique et de l’élégie courte (chapitre 2), puis de Callimaque et de l’épigramme hellénistique (chapitre 3). Il s’est ensuite intéressé, dans la postérité de Catulle, à Martial (chapitre 4). De nombreux tableaux dûment commentés visualisent les résultats de ses comptages ainsi que les pourcentages. L’introduction indique le corpus retenu : toutes les inscriptions grecques du IVè siècle av. J.‑C., les courts poèmes élégiaques attribués à Simonide et Théognis, les poèmes d’écrivains représentatifs de la Guirlande de Méléagre et de la Guirlande de Philippe, des inscriptions latines archaïques et de brefs poèmes en distiques élégiaques, la plupart des carmina courts de Catulle, les poèmes conservés de Lucillius et Nicarque, les poèmes de l’Anthologia Latina attribués à Sénèque, les livres I – XII de Martial et le Corpus Priapeorum, c’est-à‑dire des oeuvres en distiques élégiaques ou en divers mètres comme hexamètres, saturniens, hendécasyllabes, iambiques. L’ouvrage est très clair, ponctué de synthèses permettant à chaque étape de faire le point sur les résultats acquis. Apparaît ainsi l’évolution de l’épigramme, qui au début était une épitaphe, une dédicace en vers, une inscription sur une tombe ou sous une statue. Sans rompre entièrement le lien avec les inscriptions, chez les Grecs hellénistiques et Catulle, cela devint quelque chose de beaucoup plus riche, non seulement pour le thème, mais aussi du point de vue du style. Martial hérita de cette tradition et l’utilisa en ne gardant qu’une sélection parmi toutes les possibilités offertes. Les choix de Martial déterminèrent la forme de l’épigramme telle que nous la connaissons : un poème humoristique qui aboutit à une pointe. Au passage sont confortées des idées déjà énoncées par d’autres chercheurs, mais non encore consensuelles, par exemple que l’élégie courte a joué un grand rôle dans le développement de l’épigramme hellénistique, que les poèmes de Catulle en hendécasyllabes sont fondamentalement différents quant au style de ses poèmes en distiques élégiaques, que le poète dont l’influence est la plus importante sur la forme des épigrammes de Martial est Catulle, et non Lucillius ou Nicarque. L’auteur fait également toucher du doigt la manière dont les poètes apprennent les uns des autres.
Le livre se clôt sur une ample bibliographie, un index des poèmes cités et un index général.

Lucienne Deschamps