Ferrary (J.-L.), Rome et le monde grec. Choix d’écrits. – Paris : Les Belles Lettres, 2017. – 590 p. : bibliogr., index. – (Epigraphica, ISSN : 1763.1939 ; 9). – ISBN : 978.2.251.44634.9.

Le recueil abritant une série d’articles écrits par J.-L. Ferrary « depuis maintenant quatre décennies » (p. 9) participe d’un mouvement plus large visant à rassembler, en un seul ouvrage, quelques-uns des travaux les plus emblématiques d’éminents spécialistes de l’Antiquité gréco-romaine. L’usage n’est certes pas récent[1], mais il semble connaître une vigueur nouvelle depuis 2010. Tel est le cas par exemple de L. Robert, Études d’histoire et d’institutions grecques. Choix d’écrits[2], Ph. Gauthier, Études d’histoire et d’institutions grecques. Choix d’écrits[3], P. Le Roux, La toge et les armes. Rome entre Méditerranée et Océan. Scripta Varia[4], M. Sartre, L’historien et ses territoires. Choix d’articles[5], ou bien encore L. Migeotte, Économie et finances publiques des cités grecques[6].

Les vingt-six études sélectionnées par J.-L. Ferrary sont toutes consacrées à l’histoire des cités du monde grec à l’époque romaine, tant sous la République que sous l’Empire. Bâti autour de ce thème, le volume dans lequel elles s’inscrivent complète un précédent ouvrage paru à Pavie en 2012 et rassemblant dix-neuf autres articles de J.-L. Ferrary sur ses Recherches sur les lois comitiales et sur le droit romain. Comme dans cette publication, l’auteur ne se contente pas de réunir une sélection de ses travaux sur Rome et le monde grec. À l’image de L. Robert avec les articles de M. Holleaux, il a également le souci de mettre ces derniers à jour chaque fois que l’exigent les progrès de la recherche. Ainsi le lecteur trouvera-t-il, « soit dans les notes, soit en fin de chapitre, des corrigenda, des addenda, des références et renvois complémentaires, ainsi que les renvois internes à ce livre » (p. 12). On pourra apprécier l’importance et la qualité d’une telle entreprise à l’aune de l’imposante postface écrite sur le même sujet par J.-L. Ferrary au moment de la réédition en 2014 de sa thèse de 1988 sur Philhellénisme et impérialisme. Aspects idéologiques de la conquête romaine du monde hellénistique.

Rangés par thèmes, les articles sont répartis en cinq chapitres dont le découpage a été réalisé « en très étroite concertation avec Denis Rousset » (p. 10). Le premier, intitulée « Idées et régimes politiques » (p. 13-53), s’intéresse au rapport subtil de l’imperium romain avec l’idéal démocratique des cités grecques. Elle est l’occasion pour J.-L. Ferrary de publier le texte jusque-là inédit d’une conférence (« Démocratie(s) des Anciens ») prononcée à Athènes en 2010 et dont le contenu, consacré aux différentes formes de démocraties dans l’Antiquité gréco-romaine, permet à l’auteur de suivre leur évolution tout au long de la période. La seconde partie, appelée « Des hégémonies à l’Empire » (p. 55-194), revient sur la manière dont s’est fait le passage d’un monde hellénistique multipolaire, dans lequel cités et royaumes se disputaient la prééminence, à un univers entièrement soumis à Rome. Le troisième chapitre, nommé « Évergètes, patrons, ambassadeurs » (p. 195-286), présente pour sa part ceux qui, à leurs niveaux d’influence respectifs, favorisèrent le dialogue entre le nouveau pouvoir central et les cités. Sont plus particulièrement étudiés les ambassadeurs grecs envoyés à Rome, les patrons romains de communautés helléniques, les Grecs enfin ayant reçu la citoyenneté romaine. Parmi les articles livrés ici au lecteur, J.-L. Ferrary donne la traduction française inédite d’une étude publiée en anglais sous le titre « After the Embassy to Rome : Publication and Emplementation »[7]. La quatrième partie, dite « L’Asie Mineure » (p. 287-447), est intégralement consacrée à l’Asie Mineure pour l’essentiel des IIe et Ier siècles a.C. Ce traitement de faveur tient, non seulement au nombre et à l’importance des textes épigraphiques venant alors de cette région, mais « au rôle central que les inscriptions de Claros (…) ont progressivement joué dans mes recherches sur Rome et le monde grec » (p. 11). Enfin, le dernier chapitre du volume est celui auquel J.-L. Ferrary avoue être le plus attaché et qu’il baptise « Philhellénisme et hellénisme » (p. 449-518). Poursuivant des réflexions initiées dans sa thèse Philhellénisme et impérialisme, celui-ci mesure une nouvelle fois la place de l’hellénisme, sa préservation, voire sa promotion, dans le monde romain.

Par les choix opérés dans sa très abondante production scientifique (155 entrées rassemblées, p. 519-536, dans une bibliographie close en 2016) et par les mises à jour auxquelles il s’est livré, J.-L. Ferrary fait de Rome et le monde grec un précieux témoignage « du dialogue complexe (…) entre les cités grecques et le pouvoir romain » (p. 9). Afin de profiter pleinement des acquis de sa recherche, l’ouvrage dispose, outils très appréciés, d’un index des sources (auteurs, inscriptions, monnaies, papyrus), d’indices des mots latins et des mots grecs, mais aussi d’un index général.

Fabrice Delrieux, Université Savoie Mont-Blanc

Publié en ligne le 05 février 2018

[1] Cf. notamment Éd. Will, Historica graeco-hellenistica. Choix d’écrits 1953-1993, Paris 1998, et G. Le Rider, Études d’histoire monétaire et financière du monde grec. Écrits 1958-1998, Athènes 1999.

[2] Genève 2011.

[3] Genève 2011

[4] Rennes 2011.

[5] Bordeaux 2014.

[6] Lyon 2010 et 2015.

[7] Dans C. Eilers éd., Diplomats and Diplomacy in the Roman World, Leyde-Boston 2009, p. 127-142.