Figurines de terre cuite en Méditerranée grecque et romaine. Volume 1 : Production, diffusion, étude. – A. Muller, E. Laflı dir., St. Huysecom-Haxhi coll. – Athènes : École française d’Athènes, 2016. – 517 p. : bibliogr., fig. – (Bulletin de Correspondance Hellénique, ISSN : 0304.2456. Supplément ; 54). – ISBN : 978.2.86958.274.3.

Ce volume rassemble une partie des communications présentées lors du colloque sur les figurines de terre cuite qui s’est tenu du 2 au 4 juin 2007 à Izmir ; il se trouve que le volume 2, qui rassemblait l’autre partie, sous le titre Iconographie et contextes, a été publié plus tôt, en 2015, aux Presses Universitaires du Septentrion. La même introduction est placée en tête de chaque volume (ici, dans le volume 1, p. 3-13, et p. 9-19 dans le volume 2), de manière à bien montrer que les deux ouvrages (517 pages pour le volume 1, 699 pour le volume 2) ne forment qu’un seul ensemble, malgré la répartition en deux volumes imposée par des raisons pratiques ; la présentation est identique, puisque les communications, abondamment illustrées, sont précédées chacune d’un résumé en français et d’un résumé en anglais, avec une liste de mots-clés, et suivies, à la fin du volume, de la bibliographie cumulée et de la table des matières des deux volumes. Pour ce qui touche à l’appréciation générale de la manifestation scientifique et de son enjeu, tel qu’il est défini par ses organisateurs dans l’introduction commune, je renvoie donc ici aux pages 632-633 de mon compte rendu du second volume[1], pour ne traiter ici que des communications elles-mêmes.

Ce volume 1, avec 32 communications bien équilibrées, apparaît plus homogène que le foisonnant volume 2, riche de 58 communications. Les inévitables chevauchements, signalés rapidement par les éditeurs p. 6 de ce volume, p. 13 du volume 2, établissent en fait un rappel d’un volume à l’autre entre certaines communications, selon qu’elles traitent prioritairement, à propos du matériel abordé, du centre de production ou du contexte de découverte ; on ne saurait se plaindre ainsi que, du coup, la Béotie, dans un colloque qui avait pour objectif premier de se concentrer sur l’Asie Mineure, occupe une place de choix dans les deux volumes, avec plusieurs communications consacrées à ses productions, de Thèbes et d’ailleurs, provenant de nécropoles et de sanctuaires. La première partie de ce volume 1, intitulée « De la fabrication à la collection et à l’étude », rassemble treize communications, réparties en quatre rubriques ; dix-neuf autres communications sont regroupées, selon trois grandes aires géographiques, dans la seconde partie, « Centres de production ». En raison du nombre des contributions, pour certaines très approfondies, qui toutes font utilement le point sur les découvertes récentes ou qui ouvrent des perspectives nouvelles, il n’est évidemment pas possible dans ce cadre de rendre précisément compte de chacune d’elles.

Les quatre communications de la première sous-partie, « Officines », mettent l’accent sur les ateliers comme lieux de production. Dans la première, Giorgos M. Sanidas (p. 17‑31) traite de l’implantation d’ateliers et de leur spécialisation dans les centres urbains de la Grèce classique, ainsi à Argos, Corinthe, Olynthe et Athènes, s’appuyant notamment, à propos de la valeur des terrains à Athènes, sur les enseignements que peuvent apporter les Poroi de Xénophon ; Jutta Stroszeck (p. 33-46) et Marcie D. Handler (p. 47‑56) se concentrent sur le travail des coroplathes à Athènes, la première à propos du Céramique et des formes de collaboration des potiers avec les coroplathes – dont la présence est attestée par des statuettes, des vases à décor plastique et des moules, la seconde à propos de l’Agora à l’époque romaine, aux Ier-IIe s. apr. J.-C. ; la communication de Pascale Ballet (p. 57-62), qui fait passer à une tout autre aire géographique, l’Égypte, aux époques hellénistique et impériale, souligne les principales caractéristiques des ateliers d’Alexandrie, où les coroplathes fabriquent à partir d’argiles locales des figurines de femmes drapées, des « Tanagréennes », d’après des modèles attiques et béotiens, et de la chôra égyptienne, où les femmes de type « tanagréen » sont quasiment absentes. Dans la deuxième sous-partie, « Techniques et outils de production », Stéphanie Huysecom-Haxhi (p. 65-78) étudie minutieusement, à partir de fragments provenant de Thasos et appartenant à des korai et à des femmes trônant, types largement diffusés dans la Méditerranée archaïque, les procédés de transformation de types utilisés par les Ioniens au VIe siècle ; Sophie Féret (p. 79-83) fait connaître les outils de production mis au jour dans la « maison des moules », occupée au IIIe siècle, à Civita di Tricarico dans la Basilicate : les moules étaient en fait des surmoules, témoignages sur les pratiques d’un atelier dérivatif ; Arthur Muller et Christine Aubry enfin (p. 85-91) présentent le projet COPCor, projet de corpus informatisé des moules de coroplathes grecs, basé sur l’étude technique des moules en vue de cerner au mieux cette pratique artisanale. Dans la troisième sous‑partie, « Diffusion et constitution de koinès », les trois premières communications sont consacrées à la diffusion de la petite plastique votive de la Grèce de l’est, principalement de Samos, Milet et Rhodes, en Sicile méridionale à l’époque archaïque, et aux imitations locales : Marina Albertocchi (p. 95‑111) examine, à propos de sanctuaires de la colonie rhodo-crétoise de Géla, les importations et réélaborations de figurines fabriquées en Ionie, qu’elle fait remonter au VIIe siècle ; l’un des sanctuaires de Géla encore, celui de Bitalemi, fait l’objet de l’étude de Silvia Martina Bertesago (p. 113-126), précisément centrée sur le type de la korè à la colombe, répandu en Sicile et typique de la coroplastique ionienne, de 560 à 530 environ ; Laura Gasparri enfin (p. 127-134), compare des figurines de même époque provenant du sanctuaire de la Malophoros à Sélinonte, parmi lesquelles elle distingue des importations ioniennes, de Milet et de Samos, et des productions locales. La dernière contribution de cette sous-partie sur les koinès passe en Méditerranée orientale, avec l’étude de Sabine Fourrier (p. 135-144), qui, examinant les figurines chypriotes offertes en abondance dans des sanctuaires de cette région, du milieu du VIIe au milieu du VIe siècle, dégage leur origine, principalement salaminienne, et le caractère grec des réseaux de diffusion, avec le rôle de Rhodes et de l’emporion de Naucratis, jusqu’à ce que la conquête des cités de Grèce d’Asie par les Perses déstabilise les réseaux d’échanges ioniens. La quatrième sous-partie, « Étude, collections », plus brève, comprend la contribution de Clarissa Blume-Jung (p. 147-164), qui, interprétant la polychromie de figurines hellénistiques découvertes en contexte funéraire, met en relation ces figurines, représentant principalement des enfants et des adolescents, avec les moments de passage de la vie, et celle de Martin Maischberger (p. 165‑177), qui présente l’activité de recherche récente sur les figurines de terre cuite hellénistiques de l’Antikensammlung de Berlin et le nouveau programme d’étude, qui sera mené conjointement par des scientifiques allemands et russes, sur des figurines de la collection de Berlin emportées à Moscou en 1945 comme butin de guerre.

La seconde grande partie, « Centres de production », réunit des études qui traitent aussi de la fabrication par des ateliers bien différenciés et de la diffusion des produits, comme dans la première grande partie de ce volume, ou des contextes de découverte, principalement funéraires ou votifs, comme dans le volume 2 ; leur place dans cette seconde partie de ce volume est justifiée cependant par l’accent qu’elles mettent d’abord sur la spécificité géographique du centre de production, dans telle ou telle région ou cité de Grèce propre, d’Asie Mineure,
ou de la périphérie du monde classique. Dans la première sous-partie, « Grèce propre », la contribution d’Elena Kountouri, Alexandra Harami et Vangelis Vivliodetis (p. 181-193) et celle de Marcella Pisani (p. 195‑210) – à propos desquelles on rappellera que plusieurs contributions traitant de nécropoles thébaines et béotiennes sont rassemblées dans le volume 2, dans la partie 2.2, « Mobilier funéraire » – sont consacrées à la riche production coroplastique de Thèbes mise au jour dans la nécropole au nord-est de la cité, sur la longue durée pour la première étude, du IVe au IIe siècle pour la seconde ; on en rapprochera, pour des raisons de proximité géographique et de courants commerciaux avec la Béotie, celle de Maria Chiridoglou (p. 211-222), qui porte sur les productions d’ateliers eubéens, à Chalcis, Érétrie et Carystos, de la fin de l’époque classique à l’époque hellénistique. À l’ouest, Kalliopi Preka-Alexandri (p. 223-237) fait le bilan des travaux sur la coroplastique de Corcyre au VIe et au Ve s., en dégage les caractéristiques et souligne la spécificité d’Artémis, principale dédicataire de ces figurines, tandis que Joannis Mylonopoulos (p. 239-251) étudie les figurines offertes du VIIe siècle à l’époque hellénistique dans le sanctuaire de la grotte de Polis, à Ithaque, qui révèlent l’existence d’une petite production locale, à côté de figurines importées surtout de Grèce de l’ouest. À l’est, Polyxeni Adam-Véléni (p. 253-267) établit le répertoire typologique d’un centre de production régional macédonien d’époque hellénistique, à partir de figurines découvertes dans des maisons à Petres (Florina, en Macédoine occidentale), et en tire des conclusions sur les cultes domestiques et la piété féminine ; Éléni Trakosopoulou (p. 269‑285) présente les trouvailles d’Akanthos en Chalcidique, provenant de la nécropole et de la ville, essentiellement des vases plastiques d’époque archaïque et des figurines appartenant aux koinès classique et hellénistique. La deuxième sous-partie, « Éolide, Ionie, Carie », est consacrée aux productions d’Asie Mineure, sur lesquelles voulait à l’origine se centrer le colloque et qui constituent de fait un point fort de la publication, puisque les contributions consacrées aux figurines mises au jour en Sicile prennent largement en compte le phénomène de diffusion vers l’ouest des produits de la Grèce de l’est. Les principaux centres d’Asie Mineure, du nord au sud, font l’objet d’une ou plusieurs communications : ainsi, les figurines de Kymè d’Éolide sont étudiées par Sebastiana Lagona (p. 289-301), qui fait l’historique des fouilles dans la région et insiste sur le caractère local de la fabrication et sur la variété des types ; Jan Breder (p. 303-311) s’intéresse, à partir d’un fragment de plaque archaïque en terre cuite peinte découvert à Didymes, au décor plastique des céramiques de Grèce de l’est ; Fikret Özcan (p. 313-323) fait remarquer l’abondance des figurines d’époque classique et hellénistique mises au jour à Milet dans des sanctuaires et dans des quartiers d’habitation voisins, et s’attache aux questions de leur fabrication et du répertoire votif des sanctuaires ; Frank Rumscheid (p. 325-336), traitant de Priène, dont il a lui-même publié les figurines mises au jour jusqu’en 1998, souligne, devant le nombre et la variété des trouvailles faites depuis cette date, l’importance de la cité comme centre de production de figurines de terre cuite ; à Smyrne, également lieu de production majeur, sont consacrées deux communications, celle d’Isabelle Hasselin-Rous (p. 337-354), qui recherche, à partir des collections de figurines smyrniotes constituées à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, comment les coroplathes ont imité des types statuaires, entre autres des bronziers Polyclète et Lysippe, notamment par les dimensions des figurines et par leur dorure, et cela sans doute du début de l’époque hellénistique jusqu’à la fin du IIe siècle apr. J.-C., et celle de Chantal Courtois (p. 355-370), qui, à partir de la collection De Candolle, constituée à Izmir et offerte en 1923 au Musée d’art et d’histoire de Genève, réexamine les critères qui sont traditionnellement attachés à la production de Smyrne, malgré l’absence d’indication formelle de contexte archéologique ; enfin, Suat Ateşlier (p. 371-377) présente des plaques architecturales en terre cuite peinte d’époque archaïque découvertes à proximité du temple de Zeus à Euromos en Carie. La dernière sous-partie, « Marges du monde classique », rassemble cinq communications ; on peut la mettre en rapport avec la sous-partie intitulée « Périphéries », dans la partie « Figurines en contexte votif, répertoires d’offrandes » du volume 2, où il est question de sites de Chypre, du Bosphore cimmérien et de Cyrénaïque – et avec une communication ayant trait à Beyrouth, dans la partie « Figurines en contexte : privé, public et funéraire ». Adi Erlich (p. 381-393) fait connaître des figurines mises au jour, pour la plupart dans des habitations, dans deux grandes villes de la Palestine hellénistique, Akko-Ptolémaïs, cité phénicienne, et Maresha, à la population iduméenne, et souligne que, malgré leur appartenance générale à la koinè hellénistique, ces productions, dans lesquelles on discerne des influences venues de Phénicie, de Chypre et de l’Égypte ptolémaïque, sont marquées de caractères locaux spécifiques, notamment dans leur iconographie ; Roberta Menegazzi (p. 395-401) donne ici un aperçu d’une très importante quantité de figurines de Séleucie du Tigre, datant du milieu du IIe s. av. J.-C. au Ier s. ap. J.-C., découvertes dans ce qui était sans doute les dépotoirs d’un atelier – et renvoie à sa publication, intervenue en 2014, depuis sa communication à Izmir, de toutes les figurines de terre cuite mises au jour à Séleucie ; Nancy Serwint (p. 403-412) présente les caractéristiques, iconographiques, stylistiques et techniques de la coroplastique de Marion, au nord-ouest de Chypre ; Kalina Petkova (p. 413‑423) fait porter son étude sur des figurines du IVe siècle de style « tanagréen » découvertes en Thrace, sur la côte et surtout à l’intérieur, principalement en contexte funéraire ; Belisa Muka enfin (p. 425-429) évoque la très riche production coroplastique mise au jour dans les sites antiques de l’Albanie actuelle.

Pour conclure rapidement, on soulignera que les deux volumes des Figurines de terre cuite en Méditerranée grecque et romaine sont indissociablement liés l’un à l’autre par les thématiques qui les parcourent dans l’étude du surabondant matériel proposé, de Séleucie à Sélinonte – matériel qu’ils font connaître à une date précise, mais qui, surabondant par nature lorsqu’il était fabriqué, ne peut que continuer à croître en amenant des enseignements nouveaux.

Anne Queyrel Bottineau

[1] REA 118, 2016, p. 632-635.