Hancock-Jones (R.), Menashe (D), Renshaw (J.), OCR Classical Civilisation. GCSE Route 2 : Women in the Ancient World. – Londres : Bloomsbury, 2017. – XII+468 p. : fig., index. – (Bloomsbury Classical studies). – ISBN : 978.1.350.01503.6.

Il s’agit d’un manuel (textbook) du groupe « Oxford-Cambridge-RSA » (http://www.ocr.org.uk/) destiné aux étudiants qui ont choisi l’option thématique Women in the Ancient World du cursus OCR GCSE (9-1) qui a débuté en septembre 2017. Le groupe Oxford-Cambridge-RSA est une entreprise de formation britannique qui décline des modules d’enseignements dans divers domaines et sur plusieurs niveaux depuis l’école jusqu’à l’université et la formation continue. Les formations GCSE sont plus spécifiquement destinées aux élèves des lycées, voire des collèges universitaires, qu’elles préparent à intégrer des programmes universitaires (postgraduate studies). Le GCSE (General Certificate of Secondary Education) est en quelque sorte un niveau « baccalauréat » mais qui peut être préparé par modules et en un, deux ou trois ans.

Le manuel Women in the Ancient World comprend une première section dédiée à l’étude des femmes dans l’Antiquité (en fait, l’Antiquité grecque et romaine uniquement), thématique suivie de trois autres sections de littérature et culture (Literature and Culture sections), intitulées « The Homeric World », « Roman City Life » et « War and warfare ». L’idée est que les élèves qui veulent se former en civilisation classique (Classical Civilisation) choisissent une des deux options suivantes, « Mythe et religion » ou « Femmes », ainsi qu’une des trois sections proposées dans le domaine de la littérature. Le manuel doit être utilisé conjointement avec les ressources disponibles sur le site web : fichier de documents traduits et liés aux thèmes du cours et fichier de question auxquelles l’étudiant doit répondre avec un nombre contraint de caractères.

L’intérêt du cours Women in the Ancient World est à la fois de combiner une approche conjointe des mondes grec et romain et d’associer sources littéraires et visuelles/matérielles pour chacune des thématiques. L’étudiant ou l’enseignant y trouvera des connaissances plus qu’un apprentissage méthodologique à la recherche et à la démarche critique. Les documents sont en effet livrés sans mise en perspective historique (contexte de production et d’énonciation), dans un esprit plus conforme aux attentes des formations en études civilisationnelles. Néanmoins, la diversité des sources mobilisées et, surtout, le souci d’explication pédagogique (par exemple, la distinction des signes syllabiques et des idéogrammes du linéaire B) rendent facilement accessibles de larges pans de l’Antiquité grecque et romaine.

L’option Women in the Ancient World comprend huit chapitres, « femmes de légende », « jeunes femmes », « femmes à la maison », « femmes de mauvaise vie », « femmes et religion », « femme et pouvoir », « femmes guerrières », « femmes dangereuses » et se termine par une dizaine de pages expliquant les attendus pour le niveau, illustrés par quelques exemples (un vase représentant Paris et Hélène, un « portrait » de Sappho ou de la femme de lettres avec des questions sur l’éducation des filles en Grèce et à Rome, un détail de l’Amazonomachie du mausolée d’Halicarnasse, un extrait du livre 11 de l’Enéide).

Les chapitres sont construits autour de brèves synthèses et surtout d’exemples de femmes antiques destinés sans doute à illustrer les synthèses – ainsi Pandora, Hélène, les Sabines et Lucrèce pour les femmes légendaires ; les mariage athénien, spartiate et romain pour le chapitre sur la jeune femme ; les stèles funéraires d’Hégéso, d’Ampharété et la Laudatio Turiae pour l’étude sur la kyria et la matrone ; Aspasie, Néaira et Claudia Metella comme exemples de prostituées et de courtisanes ; la Pythie de Delphes, les femmes aux Panathénées, aux Thesmophories, dans le culte de Dionysos et les rituels funéraires, ainsi que les Vestales romaines, la Sibylle, les cultes de la Bona Dea, Patricia Pudicitia et Plebeia Pudicitia à Rome, pour illustrer la place des femmes dans la religion ; l’Assemblée des femmes d’Aristophane, l’histoire de la femme médecin Agnodicé et le rôle de Sempronia dans la conjuration de Catilina en contrepoint de l’exclusion des femmes des institutions politiques ; les Amazones grecques et le personnage de Camilla tel que décrit dans l’Enéide ; Médée et Cléopâtre pour les femmes dangereuses.

Le discours du maître s’affranchit rarement de stéréotypes dont l’origine n’est pas vraiment élucidée (stéréotypes émanant des textes anciens ? Si oui, desquels ? Quelle est la représentativité des textes présentés ?). Ainsi, Pandora et Hélène sont des « bad women » et les Sabines sont, comme Lucrèce, des « good women » (p. 4-19). La mise en valeur parallèle du kyrios et de la kyria dans la maison athénienne ne manque pas d’intérêt même si, inévitablement, la place manque pour nuancer la fonction de l’époux dans les relations conjugales (la kyria est dite, dans un encadré à retenir, « under the direct contrôl of her husband », p.21).

Par ailleurs, en isolant des chapitres thématiques construit sur la seule catégorie des femmes, l’étudiant pourrait être conduit à penser que les différents thèmes abordés – mariage, maison, sexualité, religion, contre-pouvoirs et maléfices – sont des domaines (exclusivement ?) féminins et que les sociétés antiques sont essentiellement structurées par l’opposition femmes/hommes alors que l’on sait que l’opposition libres/esclaves organise plus généralement la société antique.

L’ouvrage – comme la consultation du site – est néanmoins très instructive en raison de la perspective globale adoptée. Au contraire des pratiques françaises qui distinguent mondes grec et romain, cette perspective permet de bien mettre en valeur les lignes de force des discours dominants de l’Antiquité classique et de mieux apprécier la diversité des sources, éclairant ainsi la variété des positionnements antiques sur les sujets traités dans ce module de formation. Pour ce qui est des contenus abordés, le public concerné serait, en France, davantage celui d’un premier cycle universitaire que celui du lycée. Parce que la critique historique affleure à peine (elle est présente dans les questions posées à l’élève et dans les attendus exprimés dans les grilles de notation mais pas dans l’exposition des documents) et pour optimiser ses qualités et minimiser ses défauts, le manuel devrait être utilisé dans un dialogue régulier avec un.e enseignant.e formé à la critique historique.

Violaine Sebillotte Cuchet, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR 8210 ANHIMA

Publié en ligne le 12 juillet 2018