Hippocrate, Tome XVI, Problèmes hippocratiques. – Texte établi, traduit et annoté par J. Jouanna et A. Guardasole. – Paris : Les Belles Lettres, 2017. – LXX+298 p. : bibliogr., index. – (CUF, ISSN : 0184.7155 : série grecque ; 528). – ISBN : 978.2.251.00612.3.

Dans la tradition, déjà attestée chez Xénophon, de la pratique des questions et réponses — que les Byzantins ont ensuite nommée érôtapocritique — consacrées aux thématiques « scientifiques », physique, chimie, sciences de la vie et de la terre et, plus tard aussi, médecine, ce volume présente, à l’imitation des Problemata de l’école aristotélicienne ou de ceux du pseudo-Alexandre d’Aphrodise, cent trente « problèmes », excellemment traduits et commentés par Alessia Guardasole, directrice de recherches au CNRS, qui dirige désormais l’unité « Médecine grecque » au sein de l’UMR « Orient et Méditerranée » et par Jacques Jouanna, membre de l’Institut.

La notice introductive de 69 pages rappelle les caractéristiques de cette littérature erôtapocritique et la place des Problemata hippocratiques dans un ensemble de textes à but et présentation similaires pour mieux en dégager l’originalité. A des questions simples suivies d’une réponse s’ajoutent en effet, dans ce texte, des commentaires d’aphorismes plus longuement développés, qui ressortissent plutôt à des manuels médicaux, les deux types de genre littéraire alternant selon un ordre globalement aléatoire. Se dégagent pourtant deux thèmes auxquels sont consacrées des pages plus nombreuses : le jeûne et la Création. L’auteur de ces Problèmes est en effet un auteur chrétien qui cite des homélies de Jean Chrysostome et reprend à son compte des arguments de Théophylacte Simocatta, un historien byzantin du VIIe siècle. Une étude détaillée de la prose, abondamment rythmée de clausules, permet de dater le texte de la fin du VIIIe siècle, ou du début du IXe siècle, ce qui le rend tout juste antérieur à la « première renaissance humaniste », illustrée par Photius (820-891). L’auteur, qui use d’une langue classique, recourt aussi à de nombreux hapax, dont le sens ne pose pas de difficulté de compréhension. Les neuf manuscrits, copiés entre le XIVe et le XVIe siècles, tous collationnés avec soin, remontent à un même archétype, en onciale, vraisemblablement du VIIIe siècle.

Sous le titre Solutions aux recherches hippocratiques médicales et physiques présentées sous forme de problèmes, les 130 problemata du texte occupent 57 pages (en pagination double) de cette editio princeps. Les questions touchent à des domaines aussi divers que la consommation de vin et les effets de l’ivresse,  la cécité, l’accouchement, les plaies circulaires, les flux de ventre, le jeûne, le bégaiement, la place de la rate, la bile noire, la consommation de raifort, les chaumes, la boisson des éléphants, les pêcheurs de poulpes, la peur, la floraison des amandiers, la qualité du miel, la Création, la mue vocale des adolescents, les jambes des Ethiopiens, la digestion de l’autruche, l’endormissement des petits enfants par une chanson, la taille de la pupille, le hoquet, les urines, l’insomnie, la viande hachée, les tempes blanches, la vision des chiots, les abeilles et la fumée, la sueur ou la taille des orteils.

Les 129 pages de notes et commentaires répondent à toutes les interrogations que soulève un texte aussi foisonnant et dont l’auteur, probablement proche du milieu monastique, est familier de la littérature chrétienne autant que du corpus médical ou aristotélicien.

Une bibliographie complémentaire (10 pages), suivie d’un exhaustif index verborum, permet au lecteur curieux de profiter au mieux de ces pages riches et complexes. Il convient donc de saluer cette édition minutieuse, utile et intéressante d’un texte qui vient avantageusement compléter le projet hippocratique de la Collection des Universités de France.

Evelyne Samama, Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines

Publié en ligne le 21 juillet 2020