Kerschner (M.), Kowalleck (I.), Steskal (M.), Archäologische Forschungen zur Siedlungs-geschichte von Ephesos in geometrischer, archaischer und klassischer Zeit. Grabungsbefunde und Keramikfunde aus dem Bereich von Koressos. – Wien : Österreichisches Archäologisches Institut, 2008. – 192 p. : bibliogr., pl. h. t. – (Ergänzungshefte zu den Jahresheften des Österreichischen Archäologischen Institutes ; 9). – ISBN : 3.900305.49.9.

Comme son titre l’indique, cette publication aborde une des questions les plus débattues de l’archéologie de l’Asie Mineure, celle de l’histoire de la fondation du site d’Éphèse et de l’emplacement exact du village primitif. Le sous-titre précise que l’ouvrage se fonde sur les fouilles et sur les céramiques du secteur de Koressos, appellation débattue du secteur se trouvant au Nord de la ville hellénistique et romaine, où l’on trouve en particulier le gymnase de Vedius. Les deux premiers chapitres, dus à M. Steskal, passent en revue les sources antiques concernant Koressos, lieu où Codros est réputé avoir fondé Éphèse. M.S. souligne le caractère très flou de ces traditions, déjà mal comprises à l’époque romaine : si le quartier appelé Koressos se trouvait probablement du côté du gymnase de Vedius, son extension exacte reste incertaine. Ensuite, la description très attentive des fouilles de 2001 à 2005 montre qu’aucune construction n’a pu être identifiée. Pour M.S., l’intérêt des trouvailles vient en fait de la combinaison de plusieurs caractéristiques : trouvées dans des couches de remblais très profondes, ce qui peut être considéré comme excluant des perturbations, les céramiques sont analogues à celles que Keil avait découvertes dans les années 1920 ; elles sont représentatives d’une utilisation domestique qui, malgré l’absence de vestiges construits, peut donc être postulée. En somme, nous aurions les indices de la présence d’un village qui a dû exister dans les parages.
Le chapitre III, qui constitue le coeur de la publication, est une étude typologique des céramiques en question, menée par M. Kerschner (céramiques géométriques et archaïques – il faut préciser : non attiques) et par I. Kowalleck (céramique attique et d’imitation). Le matériel présenté est extrêmement intéressant : on y trouve une abondance particulière de vases à boire, ainsi que des céramiques présentant de nombreuses analogies avec d’autres sites (Milet, autres secteurs d’Éphèse). Les céramiques nord-ioniennes, bien représentées, se prêtent à des observations importantes (types élaborés en Ionie du Nord puis diffusés au Sud ; fragments de cratères exceptionnels). L’étude des céramiques attiques permet de détecter des périodes d’importation mais aussi d’interruption des échanges. Ce chapitre céramologique, qui aborde de nombreux problèmes pendants sur les lieux de production des périodes hautes, est très intéressant et constitue une contribution importante à l’archéologie d’Éphèse mais aussi du reste de l’Asie Mineure.
Le dernier chapitre, comprenant des contributions d’inégale longueur des trois auteurs, est dédié au traitement historique des constatations archéologiques. Pour eux, et faute de vestiges de constructions, le remblai ancien qui contient le matériel étudié ne saurait pour autant avoir été apporté d’ailleurs. La typologie du matériel impose de l’attribuer à un habitat, même si les céramiques culinaires ne forment que 3% du total : les auteurs remarquent que ces dernières sont moins identifiables que les autres (on est tenté d’ajouter qu’elles ont pu être négligées par les anciens fouilleurs)… On ne trouve ni céramique corinthienne, ni laconienne, pas plus que de céramique anatolienne ou lydienne, toutes catégories qui représentent une proportion non négligeable des céramiques trouvées à l’Artémision : tout cela semble militer en faveur de céramiques d’habitat, clairement distinguées des céramiques plus luxueuses découvertes dans le sanctuaire d’Artémis. Chronologiquement, le matériel remonte à l’époque géométrique, mais pas au-delà : cette observation aussi va dans le sens de la thèse des auteurs, car elle souligne la différence entre le secteur de l’Artémision (céramiques remontant au XIe s.) et celui de la ville, peut-être fondée par Androklos, dont le développement plus tardif s’inscrit dans la période de la colonisation grecque. Le synoecisme de Crésus n’a pas laissé de trace puisque l’établissement de Koressos semble continuer d’exister par la suite. Quant à l’absence de tessons datant d’après l’époque classique, elle constitue une donnée importante à prendre en compte pour essayer de reconstituer le tracé exact du rempart de Lysimaque : on sait du reste que le gymnase de Vedius s’installera en dehors de la ville hellénistique.
De la lecture de ce dossier se dégage au final une impression étrange : la thèse défendue par les auteurs est très cohérente et trouve des arguments dans les constatations archéologiques, tout en s’accommodant des sources antiques. On doit néanmoins souligner qu’elle repose pour une part sur des indices assez fragiles. Le matériel céramologique a été trouvé dans un remblai et non en position originelle ce qui eût garanti la nature des éventuelles constructions. De plus ce matériel est d’une maigreur désespérante : le nombre de tessons est très faible, une proportion non négligeable est faite de tessons de petites dimensions et souvent très usés… L’intérêt incontestable de ce matériel ne suffit peut-être pas à en faire un argument décisif dans la quête du village primitif d’Éphèse, même si la thèse défendue par cette publication présente un aspect séduisant. Tant qu’on n’aura pas fouillé les vestiges in situ du premier établissement grec, s’ils existent, on ne pourra être sûr ni de la véracité des traditions antiques ni de la solidité des hypothèses modernes…

Jacques des Courtils