Kassab Tezgör (D.), Tanagréennes d’Alexandrie. Figurines de terre cuite hellénistiques des nécropoles orientales. Musée gréco-romain d’Alexandrie. – Le Caire : Institut français d’archéologie orientale, 2007. – X+495 p. : index, glossaire, 87 pl. h. t. – (Etudes alexandrines, ISSN : 1110.6441 ; 13). – ISBN : 2.7247.0462.4.

Dans cet ouvrage, qui constitue l’un des dossiers de la thèse d’État qu’elle a soutenue en 1993, Dominique Kassab Tezgör propose une synthèse sur la coroplathie grecque d’Alexandrie à partir des figurines de terre cuite conservées au Musée gréco-romain d’Alexandrie et mises au jour dans les nécropoles orientales de la ville ; celles-ci, dites de Chatby, Hadra et Ibrahimieh d’après les noms des quartiers modernes qui les recouvrent, étaient destinées aux Grecs et ont été utilisées du dernier quart du IVe siècle au premier tiers du IIe siècle av. J.-C. L’auteur précise dans son introduction qu’elle utilise le terme « Tanagréennes » pour désigner divers types d’époque hellénistique, que les lieux de fabrication aient été situés en Attique, en Béotie ou à Alexandrie, illustrant le thème de la femme drapée apparu en Attique dans les années 340‑330, mais remontant à la première moitié de ce siècle, où des exemplaires sont attestés aussi bien en Béotie qu’en Attique. Une sélection de 272 « Tanagréennes », de préférence inédites, a été opérée parmi les figurines du Musée gréco‑romain : ont été privilégiées les figurines isolées qui présentent une particularité thématique, technique ou stylistique, celles dont le contexte funéraire est connu, celles qui appartiennent à une même série, en remontant jusqu’aux prototypes secondaires et même jusqu’au prototype initial, et celles qui appartiennent à un même groupe iconographique, mais se rattachent à des séries qui débutent par des prototypes initiaux différents.
Dans l’étude de ces figurines provenant de tombes, presque toutes entières à l’exception de quelques figurines acéphales, une attention très minutieuse a été portée aux objets eux‑mêmes : l’observation de la technique de fabrication a été, l’auteur y insiste, systématique pour chaque figurine et menée avec la plus grande rigueur grâce à l’emploi d’un langage codifié. L’introduction fixe les objectifs : une étude stylistique limitée, dans la mesure où les figurines de l’époque hellénistique, parce qu’un même moule a pu être utilisé longtemps et parce que les moules ont circulé et ont été surmoulés, ne peuvent pas être datées avec précision grâce à la seule analyse de leur style, un examen détaillé des étapes de fabrication des figurines, permettant de dégager les caractéristiques de la coroplathie alexandrine, et, à partir de ces données, quelques enseignements sur les ateliers de coroplathes et sur la clientèle grecque à Alexandrie à l’époque hellénistique. L’ouvrage est divisé en trois grandes parties : dans la première, « Les contextes de fouilles », p. 13 à 35, l’auteur fait le point sur les fourchettes chronologiques proposées pour la datation des nécropoles orientales et s’attache à reconstituer, chaque fois que les publications éventuelles, les rapports de fouilles et les inventaires du musée le permettent, le contexte des figurines, qui sont ainsi replacées dans le mobilier des tombes où elles furent déposées ; la deuxième partie, p. 39 à 203, est formée du catalogue proprement dit, dans lequel les figurines sont étudiées par nécropoles, Chatby, Ibrahimieh, Hadra et Ezbet El-Makhlouf, quartier de Hadra qui fut en activité plus tard que les autres quartiers de la nécropole, et, à l’intérieur de chaque nécropole, cataloguées par contextes et, lorsque les contextes ne sont pas connus, par thèmes, figurines féminines drapées, figurines masculines, figurines divines ; la troisième partie, p. 207 à 359, intitulée « Etude d’ensemble », examine, de manière inégalement développée, les thèmes alexandrins, monde profane et monde divin, la technique de fabrication des figurines, du travail de la pâte à la cuisson et à l’application de la polychromie, le style des figurines, pré-Tanagréennes, Tanagréennes et post-Tanagréennes, les prototypes, un choix de groupes iconographiques, avec étude minutieuse permettant de distinguer les générations résultant de surmoulages et de restituer des séries, et pour finir le fonctionnement des ateliers, l’identité des artisans et les attentes de la clientèle grecque. La conclusion sur l’originalité incontestable de la coroplathie alexandrine est suivie d’utiles annexes, glossaire des termes techniques, abréviations bibliographiques et indices.
On soulignera le soin apporté par l’auteur à l’indispensable étude matérielle de chaque objet, description de l’état de conservation, restitution des étapes de la fabrication et insertion dans un groupe iconographique et dans une série. Quelques groupes iconographiques et leurs séries sont étudiés en détail dans un chapitre qui leur est réservé dans la troisième partie. La reconstitution des générations de figurines issues d’un même prototype originel, facilitée par le bon état de conservation des objets, a été opérée avec une remarquable minutie, mais on peut regretter que la classification par nécropole, certes intéressante, retenue pour le catalogue, ait eu pour conséquences, à cause de la dispersion dans l’ouvrage de figurines appartenant à une même série, à la fois de rendre peu aisée la comparaison entre ces figurines et d’alourdir le texte par la répétition, à chacune de leurs fiches, d’indications techniques qui auraient pu souvent être rassemblées dans un commentaire général propre à tous les exemplaires d’une même série. Dans les indices, on ne comprend pas que l’ « index des figurines classées par thèmes », qui suit l’ « index des divinités et des personnages mythologiques », comprenne une rubrique intitulée « Le monde funéraire », et une autre intitulée « Le monde divin », dans lesquelles sont reprises, avec d’autres renvois, qui correspondent tantôt aux pages, tantôt aux numéros de catalogue, certaines des divinités qui figurent dans le premier index.
De manière générale, à propos des quelques représentations de divinités, de héros ou de personnages remplissant une fonction précise comme les musiciennes ou les hydrophores, on regrette la brièveté, parfois même l’absence, de rapprochements avec d’autres figurines traitant ces mêmes thèmes dans le bassin oriental de la Méditerranée à la même époque. Cette insuffisance dans les rapprochements avec les productions d’autres régions se remarque aussi dans l’étude des femmes drapées et des enfants : en dehors de sites d’Égypte, de Cyrénaïque, de Grèce propre et d’Asie Mineure, l’Orient hellénisé n’apparaît pas, alors même que les productions de Kharayeb ou de sites chypriotes auraient pu fournir d’intéressantes comparaisons pour l’étude de la diffusion et des influences des moules fabriqués originellement en Grèce propre et utilisés à Alexandrie. À Chypre, soumise anciennement à l’influence culturelle grecque, et sous domination lagide depuis Ptolémée Ier, les artisans fabriquent, en divers points de l’île, des figurines typiquement grecques, issues de moules attiques, pures « Tanagréennes », tout en continuant à produire pendant un certain temps, selon un savoir-faire qui leur est propre, des figurines d’inspiration locale. Ainsi, même si le propos immédiat de l’auteur n’est pas de retracer les réseaux d’échanges dans leur ensemble, mais de « comprendre le mode de circulation des types depuis leur lieu d’origine jusqu’à Alexandrie », il est dommage que la réalité chypriote, qui peut faire penser à la réalité égyptienne par la persistance, à côté de la culture grecque, d’un caractère culturel indigène, ne soit pas évoquée une fois dans l’ouvrage, et que le nom même de Chypre n’apparaisse pas dans l’index géographique : bien des rapprochements, aussi bien pour les « Tanagréennes » que pour les « post-Tanagréennes » d’Alexandrie, auraient pu être faits utilement avec les productions insulaires. Ces réserves faites, l’ouvrage de Dominique Kassab Tezgör offre aux spécialistes une étude minutieuse et rigoureuse qui témoigne d’une excellente connaissance de la fabrication des figurines grecques dans le grand centre de l’Égypte ptolémaïque.

Anne Queyrel