Kingdoms and Principalities in the Roman Near East. – Edited by T. kaizer, m. facella éds. – Stuttgart : Steiner, 2010. – 454 p. : bibliogr., index, pl. h. t. – (Oriens et Occidens, ISSN : 1615.4517 ; 19). – ISBN : 978.3.515.09715.4.

yle= »text-align: justify; »>Plusieurs contributions du volume sont issues de communications présentées au colloque Client Kingdom in the Roman Near East que les deux auteurs, T. Kaizer et M. Facella, avaient organisé à Oxford en juin 2004 avec le soutien du Centre for the Study of Greek and Roman Antiquity du Corpus Christi College.

L’ouvrage interroge la manière dont Rome, depuis la fin de la République jusqu’à l’époque constantinienne, a envisagé la gestion de sa frontière orientale, en particulier ses rapports avec la constellation de petits États qui, du nord au sud, s’égrainèrent depuis les rives du Pont Euxin jusqu’au désert palmyrénien. Des synthèses ont déjà traité ces questions, les éditeurs en rappellent les principaux titres dans leur introduction (Millar, Braund, pour n’en citer que quelques-uns). Le présent volume part d’un constat : l’usage abusif de l’expression « rois clients », couramment utilisée par les Modernes, mais injustement transposée, selon les éditeurs, du phénomène clientéliste bien connu dans la société romaine. Les auteurs en explicitent l’une des raisons évidentes : son emploi dans certaines sources romaines, qui en faisaient toutefois un usage métaphorique. La notion de « rois clients » devenue par trop formelle masque en fait la nature véritable des relations entre les rois et Rome, chaque État frontière constituant un cas singulier. C’est cette diversité de situations, rendues d’autant plus mouvantes par le voisinage de la puissance parthe, que l’ouvrage s’applique à détailler.

La matière se divise en quatre chapitres, successivement consacrés à la nature des regards que les principales puissances extérieures (romaine et parthe) portèrent sur les petites principautés orientales limitrophes ; à des sujets thématiques (comme le développement de la citoyenneté romaine dans les rangs des  dynastes)  ;  à  des  études  de  cas  ;  enfin à deux exemples périphériques, Palmyre et les Nomades du Levant.

Dans la première section, les analyses d’Olivier Hekster [1] et R. Fowler [2] permettent de mettre en évidence, selon eux, deux logiques à l’oeuvre, celle de Rome dont les rapports avec ses États frontaliers auraient été purement verticaux et auraient contribué à l’élaboration de l’idéologie impériale ; celle du pouvoir parthe dont l’autorité sur ses rois clients aurait été beaucoup plus lâche. Le cadre de la réflexion ainsi posé, les trois chapitres suivants  s’appliquent à éclairer de plus près les relations entre la périphérie et le centre. On constate très rapidement que les différentes contributions offrent un tableau très nuancé de ces rapports.

Andrea Raggi [3] revient après l’étude fondamentale de D. Braund [4] sur la diffusion, dans les rangs des dynastes et des rois orientaux, de la citoyenneté romaine au 1 er s. a. C. jusqu’à l’époque augustéenne comprise et s’attache à préciser la politique des imperatores en la matière. Cette diffusion, restée rare jusqu’à l’époque de Pompée pour des raisons aussi bien politiques et idéologiques que purement pratiques, demeure étonnamment exceptionnelle même du temps de celui-ci. Raggi l’explique tout d’abord par la nature même de la politique de l’imperator, une politique qui laissait peu de place à la confiance, notamment en Judée et en  Syrie, et par ailleurs par le contexte général : la civitas romaine était encore quasi inconnue dans ces régions nouvellement intégrées à l’imperium.

Dans la suite de son propos, Raggi examine avec soin les différentes attestations, avérées ou hypothétiques, d’octroi de la citoyenneté aux principales familles dynastiques de l’Asie Mineure orientale et du Levant sous les règnes de César, Antoine et Octave-Auguste: Hérodiens de Judée, Polémonides du Pont, Tarcondimonides de Hiérapolis-Castabala, dynastes de Commagène, etc. De cette analyse fine des stemmata princiers on retient l’idée d’un essor décisif de la civitas à l’époque d’Auguste, parce que l’empereur en fait un usage inusité et un outil essentiel de sa politique d’intégration et de clientélisation. L’octroi de la civitas ne vient plus récompenser un acte de bravoure comme auparavant mais scelle une dépendance politique du dynaste envers l’Empire.

L’insertion étroite des roitelets orientaux dans le système impérial nouvellement mis en place se traduit immanquablement par des emprunts à l’idéologie et à l’esthétique surtout augustéenne. Cela dit, tout aussi frappante est la manière dont les dynastes s’attachent à marquer leur autonomie vis-à-vis du centre, du moins à préserver une singularité qu’ils nourrissent aux sources de l’hellénisme. C’est cette particularité qui ressort de l’étude consacrée par K. Dahmen [5] , aux émissions monétaires des dynastes à la fin  du 1 er s. a. C. (à partir des années 40/30 a. C.) et au 1 er p. C. L’auteur s’interroge sur la nature des intentions prévalant chez les rois lors de la frappe des monnaies, étant entendu que la permission de Rome en la matière n’est pas requise a priori.

Un examen précis et rapide de plusieurs émissions, celles, entre autres, des rois du Pont et de Commagène, atteste des réminiscences autant que des emprunts : on accomplit des gestes manifestes de révérence et de fidélité en faisant  figurer au droit le portrait de l’empereur régnant  ou d’un de ses proches (comme dans le cas des frappes monétaires de Polémon II, roi du Pont de 38 à 64 p. C.) ou au revers un symbole explicite du pouvoir augustéen comme le capricorne (pour certaines émissions d’Antiochos IV de Commagène que Caligula avait rétabli sur le trône du royaume en 38 p. C.). En même temps, on veut se donner un « air grec » : le port du diadème, comme le faisaient en leur temps les monarques hellénistiques, et les légendes monétaires rédigées en Grec sont de règle un peu partout. Un exemple parmi d’autres, les rois de Commagène: depuis ses débuts la monarchie avait frappé des petites émissions en bronze (Antiochos 1 er , de 69 a. C. aux années 30). Après une interruption de près de 70 ans (depuis la fin  des années 30 a. C.), Antiochos IV frappa de nouvelles émissions avec un nouveau style en rupture avec les monnaies d’Antiochos 1 er : plus de tiare, mais un style grec: diadème et légendes en grec. Nonobstant une référence au style des portraits romains (le rendu de la chevelure), K. Dahmen ne relève pas de références notables aux  effigies  impériales.  Il  n’en  demeure  pas  moins que ces émissions s’intègrent dans le système monétaire impérial.

Les études de cas qui constituent la troisième partie de l’ouvrage prolongent la réflexion  sur  la  nature  des  relations  entre  l’autorité centrale et les rois périphériques. Prises dans leur ensemble, les contributions brossent un tableau complexe dans lequel ces relations, moins unilatérales et déséquilibrées qu’il n’y semble, mettent en scène des pouvoirs locaux qui travaillent à garantir leur légitimité et à conforter leur autorité, leur rapports à l’autorité impériale leur servant de levier pour défendre leurs intérêts.

Paradoxalement, le premier exemple abordé constitue un cas limite, à vrai dire exceptionnel. Dans sa contribution, R. Strootman [6] revient sur  la  signification  politique  et  idéologique  des donations d’Alexandrie de 34 a. C., par lesquelles Antoine, après que Cléopatre VII et Césarion eurent été proclamés « Reine des Rois » et « Roi des Rois », répartit entre les enfants de celle-ci de vastes territoires correspondant à des régions satellites des provinces romaines et bien au-delà. Toutefois l’essentiel de ceux-ci (Arménie, pays à l’est de l’Euphrate, Libye, Cyrénaïque, Phénicie…) soit étaient à conquérir soit avaient déjà fait l’objet de donations, dès 37/36 à Cléopatre. Strootman revient donc sur la signification de cet « enormous non-existent  Empire » : projet fantasque pour une conquête ultérieure du monde ? Ou simple invention de la propagande augustéenne pour noircir l’image d’Antoine ? Les intentions de la reine d’Égypte ne se comprennent selon Strootman que dans une perspective s’inscrivant dans la continuité des grands ensembles royaux hellénistiques. Mais ses desseins ne furent sûrement pas ceux d’Antoine pour lequel il ne s’est pas agi d’affranchir l’Orient de la domination romaine. La nature des relations de ce nouvel empire lagide avec l’Imperium Romanum s’en trouve précisée et, à vrai dire, Strootman reprend et prolonge une interprétation générale développée dans des synthèses récentes (Hölbl ou Schrapel). L’intention d’Antoine prime ici nettement sur celle de la Reine : il s’agit, en unifiant les  différentes parties d’un Orient disparate sous une même autorité royale, de lui donner une cohérence qui garantit in fine une hégémonie romaine qu’Antoine n’a jamais eu le désir de brader.

Les deux contributions suivantes servent beaucoup plus directement le propos de l’ouvrage. C’est, d’un part, le destin de la monarchie pontique après la mort de Mithridate VI Eupator en 63 a. C. et, d’autre part, le cas de la Commagène.

Andrea Primo [7] retrace l’histoire mouvementée de la monarchie pontique dans la deuxième moitié du 1er s. a. C. On en retient un trait étonnant, la persistance, par de-là les vicissitudes des circonstances et les changements brutaux à la tête du royaume, de la mémoire de Mithridate, source de légitimité pour les gouvernants du moment (désireux en particulier de toujours réunir sous leur couronne le Pont et le Bosphore), une mémoire associée à l’affirmation répétée d’une fidélité à la cause  romaine. Le cocktail peut paraître paradoxal, il n’en révèle pas moins un trait saillant de ces monarchies, leur fidélité à des mémoires passées  revisitées et, en même temps, la claire conscience de devoir entretenir une amitié suivie avec la puissance hégémonique romaine. L’étude d’Andrea Primo se révèle, à cet égard, précise, ne négligeant ni les sources numismatiques ni la documentation épigraphique.

Même perspective dans la contribution de Margherita Facella [8] à propos du royaume de Commagène. La période envisagée est la même, des années 60 a. C., lorsque le fondateur de la dynastie, Antiochos 1 er ,  gagna  la  confiance  et  l’amitié de Lucullus puis de Pompée, jusqu’à l’annexion  définitive  de  la  région  en  72  p.  C.  M. Facella montre méthodiquement comment cette dynastie, née des ruines de l’ancien royaume séleucide, ne s’est pas contentée d’être un simple État-tampon au service du pouvoir romain face aux Parthes, donc d’avoir un rôle d’appoint essentiellement militaire. La royauté, en obtenant de Rome d’arrondir ses possessions (en particulier la maîtrise de points de passage essentiels sur l’Euphrate), s’est assuré des ressources financières considérables qui lui ont  permis de sortir du simple rôle de garde chiourme auquel  la  confinait  sa  position  géographique,  pour entamer un véritable dialogue politique avec les politiciens de Rome.

Troisième et dernière illustration, la principauté d’Édesse dont le dynaste, Abgar, vassal loyal des Parthes arsacides jusqu’en 114 p. C., fit acte d’allégeance envers l’empereur  Trajan à la fin de sa première année de campagne  au-delà de l’Euphrate et semble avoir scellé le destin de son royaume pour les 150 ans à venir. M. Sommer [9] détaille rapidement les conséquences d’un tel geste. D’une part, au plan politique et idéologique pour la dynastie, c’est encore et toujours le poids d’une amitié romaine qui paraît confiner le pouvoir local dans un rôle  de pure subordination, alors que la position géographique de l’Osrhoène entre Romains et Parthes, ajoutée à l’imprévu des circonstances, n’a cessé de placer les Abgarides dans une situation instable. C’est, d’autre part, au plan culturel la question de l’influence romaine dans  la région.

La quatrième et dernière partie réunit deux contributions qui offrent une alternative au système jusqu’alors envisagé des « rois clients ». La première, de J.-B. Yon [10] , envisage une période de l’histoire de Palmyre à laquelle on n’a pas l’habitude de s’intéresser, le 1 er s. a. C. et la période julio-claudienne. Contrairement à ce que le titre du texte indique (mais l’auteur s’en explique), Palmyre ne connaît pas de système  monarchique  à  la  fin  de  l’époque  hellénistique ni au début du Haut-Empire, les « Rois et Princes » palmyréniens n’apparaissant qu’au 3ème s. L’explication est à chercher dans l’existence, à l’intérieur de la ville caravanière devenue une cité grecque à part entière dans les années 50-70 p. C., d’une structure sociale dominée par des notables 11 , auxquels une certaine instabilité et des rivalités incessantes (les unes apparaissant sur le devant de la scène, alors que d’autres rétrogradaient) auraient interdit  toute  confiscation  du  pouvoir,  qui  seule aurait pu permettre l’émergence d’une souche dynastique. Palmyre est en fait un État-client sans roi. Cas voisin mais différent des notabilités palmyréniennes, les tribus nomades du Levant constituent le sujet du dernier article, le plus long du volume 12 . Cette contribution aborde aussi bien des questions de  définitions  (nomadisme ? ethnicité ?), pour lesquelles l’auteur convoque une littérature et une matière épigraphique abondantes, que l’analyse des situations historiques, entre autres le problème des rapports entre Nomades et populations sédentaires. Des questions de nature économique sont posées : quelle fonction les zones de limite jouent-elles ? Scharrer insiste sur la complexité des relations qui font alterner conflits et rapprochements. En dernier ressort, la  question qui se pose est celle de la manière dont Rome et les populations qu’elle administrait directement ont envisagé leurs relations avec un  milieu  social  par  définition  insaisissable  et instable, un milieu dans lequel la puissance romaine  a  trouvé  des  adversaires  difficiles  à  identifier  mais  aussi  des  alliés  dont  elle  s’est  assuré le soutien jusqu’au début du 4ème s. p. C.

Henri-Louis Fernoux

[[5]]5. « With Rom in mind ? Case studies in the coinage of client kings », p. 99-112.[[5]]

[[11]]11. Notables auxquels, rappelons-le, J.-B. Yon a consacré sa thèse, Les notables de Palmyre, Beyrouth 2002.[[11]]

Notes
  1. 1. « Trophy Kings and Roman Power : A Roman Perspective on Client Kingdoms », p. 45-55.
  2. yle= »text-align: justify; »>Plusieurs contributions du volume sont issues de communications présentées au colloque Client Kingdom in the Roman Near East que les deux auteurs, T. Kaizer et M. Facella, avaient organisé à Oxford en juin 2004 avec le soutien du Centre for the Study of Greek and Roman Antiquity du Corpus Christi College.

    L’ouvrage interroge la manière dont Rome, depuis la fin de la République jusqu’à l’époque constantinienne, a envisagé la gestion de sa frontière orientale, en particulier ses rapports avec la constellation de petits États qui, du nord au sud, s’égrainèrent depuis les rives du Pont Euxin jusqu’au désert palmyrénien. Des synthèses ont déjà traité ces questions, les éditeurs en rappellent les principaux titres dans leur introduction (Millar, Braund, pour n’en citer que quelques-uns). Le présent volume part d’un constat : l’usage abusif de l’expression « rois clients », couramment utilisée par les Modernes, mais injustement transposée, selon les éditeurs, du phénomène clientéliste bien connu dans la société romaine. Les auteurs en explicitent l’une des raisons évidentes : son emploi dans certaines sources romaines, qui en faisaient toutefois un usage métaphorique. La notion de « rois clients » devenue par trop formelle masque en fait la nature véritable des relations entre les rois et Rome, chaque État frontière constituant un cas singulier. C’est cette diversité de situations, rendues d’autant plus mouvantes par le voisinage de la puissance parthe, que l’ouvrage s’applique à détailler.

    La matière se divise en quatre chapitres, successivement consacrés à la nature des regards que les principales puissances extérieures (romaine et parthe) portèrent sur les petites principautés orientales limitrophes ; à des sujets thématiques (comme le développement de la citoyenneté romaine dans les rangs des  dynastes)  ;  à  des  études  de  cas  ;  enfin à deux exemples périphériques, Palmyre et les Nomades du Levant.

    Dans la première section, les analyses d’Olivier Hekster [1] et R. Fowler {{2}} permettent de mettre en évidence, selon eux, deux logiques à l’oeuvre, celle de Rome dont les rapports avec ses États frontaliers auraient été purement verticaux et auraient contribué à l’élaboration de l’idéologie impériale ; celle du pouvoir parthe dont l’autorité sur ses rois clients aurait été beaucoup plus lâche. Le cadre de la réflexion ainsi posé, les trois chapitres suivants  s’appliquent à éclairer de plus près les relations entre la périphérie et le centre. On constate très rapidement que les différentes contributions offrent un tableau très nuancé de ces rapports.

    Andrea Raggi {{3}} revient après l’étude fondamentale de D. Braund {{4}} sur la diffusion, dans les rangs des dynastes et des rois orientaux, de la citoyenneté romaine au 1 er s. a. C. jusqu’à l’époque augustéenne comprise et s’attache à préciser la politique des imperatores en la matière. Cette diffusion, restée rare jusqu’à l’époque de Pompée pour des raisons aussi bien politiques et idéologiques que purement pratiques, demeure étonnamment exceptionnelle même du temps de celui-ci. Raggi l’explique tout d’abord par la nature même de la politique de l’imperator, une politique qui laissait peu de place à la confiance, notamment en Judée et en  Syrie, et par ailleurs par le contexte général : la civitas romaine était encore quasi inconnue dans ces régions nouvellement intégrées à l’imperium.

    Dans la suite de son propos, Raggi examine avec soin les différentes attestations, avérées ou hypothétiques, d’octroi de la citoyenneté aux principales familles dynastiques de l’Asie Mineure orientale et du Levant sous les règnes de César, Antoine et Octave-Auguste: Hérodiens de Judée, Polémonides du Pont, Tarcondimonides de Hiérapolis-Castabala, dynastes de Commagène, etc. De cette analyse fine des stemmata princiers on retient l’idée d’un essor décisif de la civitas à l’époque d’Auguste, parce que l’empereur en fait un usage inusité et un outil essentiel de sa politique d’intégration et de clientélisation. L’octroi de la civitas ne vient plus récompenser un acte de bravoure comme auparavant mais scelle une dépendance politique du dynaste envers l’Empire.

    L’insertion étroite des roitelets orientaux dans le système impérial nouvellement mis en place se traduit immanquablement par des emprunts à l’idéologie et à l’esthétique surtout augustéenne. Cela dit, tout aussi frappante est la manière dont les dynastes s’attachent à marquer leur autonomie vis-à-vis du centre, du moins à préserver une singularité qu’ils nourrissent aux sources de l’hellénisme. C’est cette particularité qui ressort de l’étude consacrée par K. Dahmen {{5}} , aux émissions monétaires des dynastes à la fin  du 1 er s. a. C. (à partir des années 40/30 a. C.) et au 1 er p. C. L’auteur s’interroge sur la nature des intentions prévalant chez les rois lors de la frappe des monnaies, étant entendu que la permission de Rome en la matière n’est pas requise a priori.

    Un examen précis et rapide de plusieurs émissions, celles, entre autres, des rois du Pont et de Commagène, atteste des réminiscences autant que des emprunts : on accomplit des gestes manifestes de révérence et de fidélité en faisant  figurer au droit le portrait de l’empereur régnant  ou d’un de ses proches (comme dans le cas des frappes monétaires de Polémon II, roi du Pont de 38 à 64 p. C.) ou au revers un symbole explicite du pouvoir augustéen comme le capricorne (pour certaines émissions d’Antiochos IV de Commagène que Caligula avait rétabli sur le trône du royaume en 38 p. C.). En même temps, on veut se donner un « air grec » : le port du diadème, comme le faisaient en leur temps les monarques hellénistiques, et les légendes monétaires rédigées en Grec sont de règle un peu partout. Un exemple parmi d’autres, les rois de Commagène: depuis ses débuts la monarchie avait frappé des petites émissions en bronze (Antiochos 1 er , de 69 a. C. aux années 30). Après une interruption de près de 70 ans (depuis la fin  des années 30 a. C.), Antiochos IV frappa de nouvelles émissions avec un nouveau style en rupture avec les monnaies d’Antiochos 1 er : plus de tiare, mais un style grec: diadème et légendes en grec. Nonobstant une référence au style des portraits romains (le rendu de la chevelure), K. Dahmen ne relève pas de références notables aux  effigies  impériales.  Il  n’en  demeure  pas  moins que ces émissions s’intègrent dans le système monétaire impérial.

    Les études de cas qui constituent la troisième partie de l’ouvrage prolongent la réflexion  sur  la  nature  des  relations  entre  l’autorité centrale et les rois périphériques. Prises dans leur ensemble, les contributions brossent un tableau complexe dans lequel ces relations, moins unilatérales et déséquilibrées qu’il n’y semble, mettent en scène des pouvoirs locaux qui travaillent à garantir leur légitimité et à conforter leur autorité, leur rapports à l’autorité impériale leur servant de levier pour défendre leurs intérêts.

    Paradoxalement, le premier exemple abordé constitue un cas limite, à vrai dire exceptionnel. Dans sa contribution, R. Strootman {{6}} revient sur  la  signification  politique  et  idéologique  des donations d’Alexandrie de 34 a. C., par lesquelles Antoine, après que Cléopatre VII et Césarion eurent été proclamés « Reine des Rois » et « Roi des Rois », répartit entre les enfants de celle-ci de vastes territoires correspondant à des régions satellites des provinces romaines et bien au-delà. Toutefois l’essentiel de ceux-ci (Arménie, pays à l’est de l’Euphrate, Libye, Cyrénaïque, Phénicie…) soit étaient à conquérir soit avaient déjà fait l’objet de donations, dès 37/36 à Cléopatre. Strootman revient donc sur la signification de cet « enormous non-existent  Empire » : projet fantasque pour une conquête ultérieure du monde ? Ou simple invention de la propagande augustéenne pour noircir l’image d’Antoine ? Les intentions de la reine d’Égypte ne se comprennent selon Strootman que dans une perspective s’inscrivant dans la continuité des grands ensembles royaux hellénistiques. Mais ses desseins ne furent sûrement pas ceux d’Antoine pour lequel il ne s’est pas agi d’affranchir l’Orient de la domination romaine. La nature des relations de ce nouvel empire lagide avec l’Imperium Romanum s’en trouve précisée et, à vrai dire, Strootman reprend et prolonge une interprétation générale développée dans des synthèses récentes (Hölbl ou Schrapel). L’intention d’Antoine prime ici nettement sur celle de la Reine : il s’agit, en unifiant les  différentes parties d’un Orient disparate sous une même autorité royale, de lui donner une cohérence qui garantit in fine une hégémonie romaine qu’Antoine n’a jamais eu le désir de brader.

    Les deux contributions suivantes servent beaucoup plus directement le propos de l’ouvrage. C’est, d’un part, le destin de la monarchie pontique après la mort de Mithridate VI Eupator en 63 a. C. et, d’autre part, le cas de la Commagène.

    Andrea Primo {{7}} retrace l’histoire mouvementée de la monarchie pontique dans la deuxième moitié du 1er s. a. C. On en retient un trait étonnant, la persistance, par de-là les vicissitudes des circonstances et les changements brutaux à la tête du royaume, de la mémoire de Mithridate, source de légitimité pour les gouvernants du moment (désireux en particulier de toujours réunir sous leur couronne le Pont et le Bosphore), une mémoire associée à l’affirmation répétée d’une fidélité à la cause  romaine. Le cocktail peut paraître paradoxal, il n’en révèle pas moins un trait saillant de ces monarchies, leur fidélité à des mémoires passées  revisitées et, en même temps, la claire conscience de devoir entretenir une amitié suivie avec la puissance hégémonique romaine. L’étude d’Andrea Primo se révèle, à cet égard, précise, ne négligeant ni les sources numismatiques ni la documentation épigraphique.

    Même perspective dans la contribution de Margherita Facella {{8}} à propos du royaume de Commagène. La période envisagée est la même, des années 60 a. C., lorsque le fondateur de la dynastie, Antiochos 1 er ,  gagna  la  confiance  et  l’amitié de Lucullus puis de Pompée, jusqu’à l’annexion  définitive  de  la  région  en  72  p.  C.  M. Facella montre méthodiquement comment cette dynastie, née des ruines de l’ancien royaume séleucide, ne s’est pas contentée d’être un simple État-tampon au service du pouvoir romain face aux Parthes, donc d’avoir un rôle d’appoint essentiellement militaire. La royauté, en obtenant de Rome d’arrondir ses possessions (en particulier la maîtrise de points de passage essentiels sur l’Euphrate), s’est assuré des ressources financières considérables qui lui ont  permis de sortir du simple rôle de garde chiourme auquel  la  confinait  sa  position  géographique,  pour entamer un véritable dialogue politique avec les politiciens de Rome.

    Troisième et dernière illustration, la principauté d’Édesse dont le dynaste, Abgar, vassal loyal des Parthes arsacides jusqu’en 114 p. C., fit acte d’allégeance envers l’empereur  Trajan à la fin de sa première année de campagne  au-delà de l’Euphrate et semble avoir scellé le destin de son royaume pour les 150 ans à venir. M. Sommer {{9}} détaille rapidement les conséquences d’un tel geste. D’une part, au plan politique et idéologique pour la dynastie, c’est encore et toujours le poids d’une amitié romaine qui paraît confiner le pouvoir local dans un rôle  de pure subordination, alors que la position géographique de l’Osrhoène entre Romains et Parthes, ajoutée à l’imprévu des circonstances, n’a cessé de placer les Abgarides dans une situation instable. C’est, d’autre part, au plan culturel la question de l’influence romaine dans  la région.

    La quatrième et dernière partie réunit deux contributions qui offrent une alternative au système jusqu’alors envisagé des « rois clients ». La première, de J.-B. Yon {{10}} , envisage une période de l’histoire de Palmyre à laquelle on n’a pas l’habitude de s’intéresser, le 1 er s. a. C. et la période julio-claudienne. Contrairement à ce que le titre du texte indique (mais l’auteur s’en explique), Palmyre ne connaît pas de système  monarchique  à  la  fin  de  l’époque  hellénistique ni au début du Haut-Empire, les « Rois et Princes » palmyréniens n’apparaissant qu’au 3ème s. L’explication est à chercher dans l’existence, à l’intérieur de la ville caravanière devenue une cité grecque à part entière dans les années 50-70 p. C., d’une structure sociale dominée par des notables 11 , auxquels une certaine instabilité et des rivalités incessantes (les unes apparaissant sur le devant de la scène, alors que d’autres rétrogradaient) auraient interdit  toute  confiscation  du  pouvoir,  qui  seule aurait pu permettre l’émergence d’une souche dynastique. Palmyre est en fait un État-client sans roi. Cas voisin mais différent des notabilités palmyréniennes, les tribus nomades du Levant constituent le sujet du dernier article, le plus long du volume 12 . Cette contribution aborde aussi bien des questions de  définitions  (nomadisme ? ethnicité ?), pour lesquelles l’auteur convoque une littérature et une matière épigraphique abondantes, que l’analyse des situations historiques, entre autres le problème des rapports entre Nomades et populations sédentaires. Des questions de nature économique sont posées : quelle fonction les zones de limite jouent-elles ? Scharrer insiste sur la complexité des relations qui font alterner conflits et rapprochements. En dernier ressort, la  question qui se pose est celle de la manière dont Rome et les populations qu’elle administrait directement ont envisagé leurs relations avec un  milieu  social  par  définition  insaisissable  et instable, un milieu dans lequel la puissance romaine  a  trouvé  des  adversaires  difficiles  à  identifier  mais  aussi  des  alliés  dont  elle  s’est  assuré le soutien jusqu’au début du 4ème s. p. C.

    Henri-Louis Fernoux

    [[5]]2. « King, bigger King, King of Kings : Structuring Power in the Parthian World », p. 57-77.
    [[3]]3. «  The  first  Roman  citizens among Eastern dynasts and kings », p. 81-97.[[5]]
    [[4]]4. D. Braund, Rome and the Friendly King. The Character of the Client Kingship, Londres- Canberra-New York 1984.[[4]]
    [[5]]5. « With Rom in mind ? Case studies in the coinage of client kings », p. 99-112.[[5]]
    [[6]]6. « Queen of Kings : Cléopatre VII and the Donations of Alexandria », p. 139-157.[[6]]
    [[7]]7. « The Client Kingdom of Pontus between Mithridatism and Philoromanism », p. 159-179.[[7]]
    [[8]]8. « Advantages and Disavantages of an allied Kingdom : the Case of Commagene », p. 181-197.[[8]]
    [[9]]9. « Modelling Rome’s Eastern Frontier : the Case of Osrhoène », p. 217-226.[[9]]
    [[10]]10. « Kings and Princes at Palmyra », 229-240.[[10]]
    [[11]]11. Notables auxquels, rappelons-le, J.-B. Yon a consacré sa thèse, Les notables de Palmyre, Beyrouth 2002.[[11]

  3. 4. D. Braund, Rome and the Friendly King. The Character of the Client Kingship, Londres- Canberra-New York 1984.
  4. 2. « King, bigger King, King of Kings : Structuring Power in the Parthian World », p. 57-77.
    [[3]]3. «  The  first  Roman  citizens among Eastern dynasts and kings », p. 81-97.
  5. 6. « Queen of Kings : Cléopatre VII and the Donations of Alexandria », p. 139-157.
  6. 7. « The Client Kingdom of Pontus between Mithridatism and Philoromanism », p. 159-179.
  7. 8. « Advantages and Disavantages of an allied Kingdom : the Case of Commagene », p. 181-197.
  8. 9. « Modelling Rome’s Eastern Frontier : the Case of Osrhoène », p. 217-226.
  9. 10. « Kings and Princes at Palmyra », 229-240.