La transition entre l’empire achéménide et les royaumes hellénistiques (vers 350-300 av. J. C.). Actes du colloque organisé au Collège de France par la « Chaire d’histoire et civilisation du monde achéménide et de l’empire d’Alexandre » et le « Réseau international d’études et de recherches achéménides » (GDR 2538 CNRS), 22-23 novembre 2004. – Sous la direction de P. Briant et F. Joannès. – Paris : De Boccard, 2006. – 480 p. : bibliogr. – (Persika ; 9). – ISBN : 2.7018.0213.8.

align: justify; »>Ce volume témoigne de la poursuite du travail entrepris sous l’égide de P. Briant et dans le cadre du GDR 2538 pour fournir des instruments de recherche à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’archéologie de l’empire achéménide, que son immensité et la diversité des situations qu’il abritait ne rendent pas toujours facile à saisir. Cela s’est notamment traduit par l’organisation d’une série de colloques, commencée en novembre 2003 par une réflexion sur l’archéologie de l’empire achéménide, dont les actes ont été publiés en 2005 et ont fait l’objet d’un compte rendu dans la REA. Les actes recensés ici sont ceux du deuxième colloque, qui s’est tenu en novembre 2004, tandis que deux autres ont suivi : un troisième (novembre 2006) portait sur les archives des fortifications de Persépolis ; un quatrième (novembre 2007) sur l’organisation des pouvoirs et les contacts culturels dans l’empire achéménide.
Le colloque de 2004 avait pour objectif de réexaminer le thème de la continuité et de la rupture entre l’empire achéménide et les royaumes nés de la conquête d’Alexandre le Grand. Il s’agit d’une problématique ancienne, depuis longtemps au coeur des réflexions de P. Briant, mais que le renouveau actuel de l’intérêt pour les périodes dites « récentes » en Égypte comme en Babylonie pousse à remettre au centre des investigations. Elle était en outre examinée sous un angle inédit, puisqu’il s’agissait de s’intéresser à la cinquantaine d’années qui correspondent à la fin de l’empire achéménide et à l’avènement des royautés hellénistiques (350-300 av. J.-C.). Outre que plusieurs corpus documentaires, récemment découverts, datent précisément de cette période, on peut ainsi saisir au plus près les conditions dans lesquelles s’est fait le changement de domination politique ainsi que ses manifestations. Comme cela avait été le cas en 2003, une approche régionale a été privilégiée, l’objectif étant de faire le point sur l’état des sources qui renseignent sur le thème et la période considérés. À l’inverse de ce qui avait été fait alors, une des régions de l’empire a néanmoins été privilégiée : la Babylonie. L’importance de la documentation épigraphique de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. provenant de cette région et le fort renouveau qui touche actuellement l’assyriologie des périodes récentes – en témoignent les travaux de F. Joannès, co-organisateur du colloque, et ceux de plusieurs chercheurs européens ou américains – le justifient pleinement.
Ce choix introduit néanmoins un déséquilibre dans l’économie du volume : six articles, occupant 300 pages environ, portent sur la Babylonie, tandis que cinq autres traitent du reste de l’empire et du monde égéen. En contrepartie, on dispose d’une vision d’ensemble de la situation de cette région dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. Outre que ces contributions dressent systématiquement la liste des sources disponibles, indiquent les principales questions qui en découlent et traitent certaines d’entre elles, plusieurs comprennent aussi en annexe un échantillon de la documentation, parfois inédite, sous une forme traduite et accessible au non spécialiste. T. Boiy (p. 37-100) propose une étude très précise et détaillée de la chronologie des événements qui se déroulèrent entre 323 et 305 av. J.-C., au moment des conflits entre les diadoques, et construit le cadre dans lequel s’est fait le passage d’une domination à l’autre. Il prend en compte non seulement les événements qui se déroulèrent en Babylonie, mais aussi ceux qui opposèrent les successeurs d’Alexandre dans d’autres régions de son empire, et s’attache à résoudre un certain nombre de problèmes restés jusqu’à présent en suspens. P.‑A. Beaulieu (p. 17-36) et R. van der Spek (p. 261-307) s’intéressent de leur côté aux temples. Le premier montre qu’ils ont continué à servir de cadre à la recherche scientifique (notamment astronomique), soutenue par les institutions officielles, ce qui a pu influencer les rois lagides au moment de la fondation de la Bibliothèque et du Musée d’Alexandrie. Le second dresse un tableau de la situation des temples de Babylone, en insistant de manière un peu plus précise sur le principal d’entre eux, l’Ésagila, et étudie l’attitude que les rois perses puis macédoniens ont adoptée à leur égard, celle-ci étant révélatrice de la façon dont ils entendaient se comporter envers les populations locales. F. Joannès (p. 101-135) examine l’impact de la conquête macédonienne sur la Basse Mésopotamie, connue notamment grâce aux tablettes d’Uruk, qui entre alors dans une phase de renouveau et tend à se distinguer de Babylone et de sa région. M. Jursa (p. 137‑222) publie un dossier d’archives d’un homme d’affaires babylonien du nom de Mūrānu, ce qui lui permet de présenter une étude très approfondie du monde de l’entreprise privée et de ses relations avec les temples. Elle dépasse les limites chronologiques du colloque, mais montre les conséquences de l’intégration de la Babylonie à l’économie hellénistique. Enfin, M. Stolper (p. 223-260) analyse la présence et la fréquence des mots d’origine iranienne (noms propres et noms communs) dans la documentation cunéiforme d’époque achéménide et hellénistique, et en tire des conclusions nuancées sur la présence iranienne, ce matériau n’autorisant pas vraiment des généralisations ou des réflexions historiques assurées.
Le reste du volume développe l’approche régionale. Toutes les régions de l’empire achéménide sont représentées, à l’exception de l’Asie Centrale pour laquelle les connaissances sont en train d’être renouvelées par la publication de documents sur cuir, émanant du satrape de Bactriane, dont S. Shaked a donné une présentation détaillée dans un autre volume de la collection Persika [1]. L’Asie Mineure est traitée par P. Briant qui rassemble les sources disponibles, recense les publications récentes et évoque les principales questions qu’elles permettent de traiter aussi bien d’un point de vue culturel (pratiques linguistiques notamment) que politique et en se plaçant au niveau des populations comme des dirigeants. R. Descat s’intéresse aux évolutions de la vie économique égéenne pendant la seconde moitié du IVe siècle, en montrant qu’elles ont été en partie provoquées par des phénomènes qui se produisaient au même moment au Proche Orient. Cette période est aussi celle de l’Économique du Pseudo Aristote, qui témoigne de la capacité des Grecs à penser l’économie de l’empire achéménide à partir d’un cadre conceptuel élaboré dans les cités grecques. M. Chauveau et C. Thiers présentent de leur côté la situation de l’Égypte en étudiant une série de thèmes (idéologie royale, organisation administrative, attitude du clergé, société, économie). Cette période est un moment important, car c’est alors que le pays achève de s’intégrer au monde égéen, processus amorcé dès avant la conquête achéménide et qui explique son importance durant l’époque hellénistique. A. Lemaire s’occupe de la Transeuphratène pour laquelle il établit, région par région, et de manière très précise, l’état actuel de la recherche et de la documentation. Enfin, R. Boucharlat procède de la même façon pour l’Iran en concentrant son attention sur les sites qui constituèrent les principales résidences royales achéménides (Suse, Persépolis et Pasargades). Le volume se termine par une conclusion fort bienvenue d’A. Kuhrt.

Cette publication constituera donc un ouvrage de référence autant par les outils de travail qu’elle rassemble que par les pistes de réflexion qu’elle propose à la recherche. Au total, les éléments de continuité paraissent souvent l’emporter, car les conquérants macédoniens se sont efforcés de reproduire des structures de domination qui leur permettaient de s’inscrire dans une tradition et par conséquent de durer, et parce que le poids de la présence grecque n’a pas été partout suffisamment fort pour que les innovations l’emportent dès la fin du IVe siècle. Mais les évolutions, bien qu’elles ne soient pas toujours faciles à déceler à travers notre documentation, furent aussi nombreuses, et elles ont profondément marqué les sociétés. On observe aussi qu’elles sont parfois en germe avant l’arrivée des Grecs, voire même la conquête perse, les changements de domination ayant fait l’effet d’un catalyseur libérateur de forces nouvelles.

Laurianne Martinez-Sève

[1] S. Shaked, Le satrape de Bactriane et son gouverneur. Documents araméens du IVe siècle avant notre ère, Paris 2004.[1].

Notes
  1. yle= »text-align: justify; »>Ce volume témoigne de la poursuite du travail entrepris sous l’égide de P. Briant et dans le cadre du GDR 2538 pour fournir des instruments de recherche à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’archéologie de l’empire achéménide, que son immensité et la diversité des situations qu’il abritait ne rendent pas toujours facile à saisir. Cela s’est notamment traduit par l’organisation d’une série de colloques, commencée en novembre 2003 par une réflexion sur l’archéologie de l’empire achéménide, dont les actes ont été publiés en 2005 et ont fait l’objet d’un compte rendu dans la REA. Les actes recensés ici sont ceux du deuxième colloque, qui s’est tenu en novembre 2004, tandis que deux autres ont suivi : un troisième (novembre 2006) portait sur les archives des fortifications de Persépolis ; un quatrième (novembre 2007) sur l’organisation des pouvoirs et les contacts culturels dans l’empire achéménide.
    Le colloque de 2004 avait pour objectif de réexaminer le thème de la continuité et de la rupture entre l’empire achéménide et les royaumes nés de la conquête d’Alexandre le Grand. Il s’agit d’une problématique ancienne, depuis longtemps au coeur des réflexions de P. Briant, mais que le renouveau actuel de l’intérêt pour les périodes dites « récentes » en Égypte comme en Babylonie pousse à remettre au centre des investigations. Elle était en outre examinée sous un angle inédit, puisqu’il s’agissait de s’intéresser à la cinquantaine d’années qui correspondent à la fin de l’empire achéménide et à l’avènement des royautés hellénistiques (350-300 av. J.-C.). Outre que plusieurs corpus documentaires, récemment découverts, datent précisément de cette période, on peut ainsi saisir au plus près les conditions dans lesquelles s’est fait le changement de domination politique ainsi que ses manifestations. Comme cela avait été le cas en 2003, une approche régionale a été privilégiée, l’objectif étant de faire le point sur l’état des sources qui renseignent sur le thème et la période considérés. À l’inverse de ce qui avait été fait alors, une des régions de l’empire a néanmoins été privilégiée : la Babylonie. L’importance de la documentation épigraphique de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. provenant de cette région et le fort renouveau qui touche actuellement l’assyriologie des périodes récentes – en témoignent les travaux de F. Joannès, co-organisateur du colloque, et ceux de plusieurs chercheurs européens ou américains – le justifient pleinement.
    Ce choix introduit néanmoins un déséquilibre dans l’économie du volume : six articles, occupant 300 pages environ, portent sur la Babylonie, tandis que cinq autres traitent du reste de l’empire et du monde égéen. En contrepartie, on dispose d’une vision d’ensemble de la situation de cette région dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. Outre que ces contributions dressent systématiquement la liste des sources disponibles, indiquent les principales questions qui en découlent et traitent certaines d’entre elles, plusieurs comprennent aussi en annexe un échantillon de la documentation, parfois inédite, sous une forme traduite et accessible au non spécialiste. T. Boiy (p. 37-100) propose une étude très précise et détaillée de la chronologie des événements qui se déroulèrent entre 323 et 305 av. J.-C., au moment des conflits entre les diadoques, et construit le cadre dans lequel s’est fait le passage d’une domination à l’autre. Il prend en compte non seulement les événements qui se déroulèrent en Babylonie, mais aussi ceux qui opposèrent les successeurs d’Alexandre dans d’autres régions de son empire, et s’attache à résoudre un certain nombre de problèmes restés jusqu’à présent en suspens. P.‑A. Beaulieu (p. 17-36) et R. van der Spek (p. 261-307) s’intéressent de leur côté aux temples. Le premier montre qu’ils ont continué à servir de cadre à la recherche scientifique (notamment astronomique), soutenue par les institutions officielles, ce qui a pu influencer les rois lagides au moment de la fondation de la Bibliothèque et du Musée d’Alexandrie. Le second dresse un tableau de la situation des temples de Babylone, en insistant de manière un peu plus précise sur le principal d’entre eux, l’Ésagila, et étudie l’attitude que les rois perses puis macédoniens ont adoptée à leur égard, celle-ci étant révélatrice de la façon dont ils entendaient se comporter envers les populations locales. F. Joannès (p. 101-135) examine l’impact de la conquête macédonienne sur la Basse Mésopotamie, connue notamment grâce aux tablettes d’Uruk, qui entre alors dans une phase de renouveau et tend à se distinguer de Babylone et de sa région. M. Jursa (p. 137‑222) publie un dossier d’archives d’un homme d’affaires babylonien du nom de Mūrānu, ce qui lui permet de présenter une étude très approfondie du monde de l’entreprise privée et de ses relations avec les temples. Elle dépasse les limites chronologiques du colloque, mais montre les conséquences de l’intégration de la Babylonie à l’économie hellénistique. Enfin, M. Stolper (p. 223-260) analyse la présence et la fréquence des mots d’origine iranienne (noms propres et noms communs) dans la documentation cunéiforme d’époque achéménide et hellénistique, et en tire des conclusions nuancées sur la présence iranienne, ce matériau n’autorisant pas vraiment des généralisations ou des réflexions historiques assurées.
    Le reste du volume développe l’approche régionale. Toutes les régions de l’empire achéménide sont représentées, à l’exception de l’Asie Centrale pour laquelle les connaissances sont en train d’être renouvelées par la publication de documents sur cuir, émanant du satrape de Bactriane, dont S. Shaked a donné une présentation détaillée dans un autre volume de la collection Persika {{1}}. L’Asie Mineure est traitée par P. Briant qui rassemble les sources disponibles, recense les publications récentes et évoque les principales questions qu’elles permettent de traiter aussi bien d’un point de vue culturel (pratiques linguistiques notamment) que politique et en se plaçant au niveau des populations comme des dirigeants. R. Descat s’intéresse aux évolutions de la vie économique égéenne pendant la seconde moitié du IVe siècle, en montrant qu’elles ont été en partie provoquées par des phénomènes qui se produisaient au même moment au Proche Orient. Cette période est aussi celle de l’Économique du Pseudo Aristote, qui témoigne de la capacité des Grecs à penser l’économie de l’empire achéménide à partir d’un cadre conceptuel élaboré dans les cités grecques. M. Chauveau et C. Thiers présentent de leur côté la situation de l’Égypte en étudiant une série de thèmes (idéologie royale, organisation administrative, attitude du clergé, société, économie). Cette période est un moment important, car c’est alors que le pays achève de s’intégrer au monde égéen, processus amorcé dès avant la conquête achéménide et qui explique son importance durant l’époque hellénistique. A. Lemaire s’occupe de la Transeuphratène pour laquelle il établit, région par région, et de manière très précise, l’état actuel de la recherche et de la documentation. Enfin, R. Boucharlat procède de la même façon pour l’Iran en concentrant son attention sur les sites qui constituèrent les principales résidences royales achéménides (Suse, Persépolis et Pasargades). Le volume se termine par une conclusion fort bienvenue d’A. Kuhrt.

    Cette publication constituera donc un ouvrage de référence autant par les outils de travail qu’elle rassemble que par les pistes de réflexion qu’elle propose à la recherche. Au total, les éléments de continuité paraissent souvent l’emporter, car les conquérants macédoniens se sont efforcés de reproduire des structures de domination qui leur permettaient de s’inscrire dans une tradition et par conséquent de durer, et parce que le poids de la présence grecque n’a pas été partout suffisamment fort pour que les innovations l’emportent dès la fin du IVe siècle. Mais les évolutions, bien qu’elles ne soient pas toujours faciles à déceler à travers notre documentation, furent aussi nombreuses, et elles ont profondément marqué les sociétés. On observe aussi qu’elles sont parfois en germe avant l’arrivée des Grecs, voire même la conquête perse, les changements de domination ayant fait l’effet d’un catalyseur libérateur de forces nouvelles.

    Laurianne Martinez-Sève

    {{1}} S. Shaked, Le satrape de Bactriane et son gouverneur. Documents araméens du IVe siècle avant notre ère, Paris 2004.{{1}}

  2. text-align: justify; »>Ce volume témoigne de la poursuite du travail entrepris sous l’égide de P. Briant et dans le cadre du GDR 2538 pour fournir des instruments de recherche à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’archéologie de l’empire achéménide, que son immensité et la diversité des situations qu’il abritait ne rendent pas toujours facile à saisir. Cela s’est notamment traduit par l’organisation d’une série de colloques, commencée en novembre 2003 par une réflexion sur l’archéologie de l’empire achéménide, dont les actes ont été publiés en 2005 et ont fait l’objet d’un compte rendu dans la REA. Les actes recensés ici sont ceux du deuxième colloque, qui s’est tenu en novembre 2004, tandis que deux autres ont suivi : un troisième (novembre 2006) portait sur les archives des fortifications de Persépolis ; un quatrième (novembre 2007) sur l’organisation des pouvoirs et les contacts culturels dans l’empire achéménide.
    Le colloque de 2004 avait pour objectif de réexaminer le thème de la continuité et de la rupture entre l’empire achéménide et les royaumes nés de la conquête d’Alexandre le Grand. Il s’agit d’une problématique ancienne, depuis longtemps au coeur des réflexions de P. Briant, mais que le renouveau actuel de l’intérêt pour les périodes dites « récentes » en Égypte comme en Babylonie pousse à remettre au centre des investigations. Elle était en outre examinée sous un angle inédit, puisqu’il s’agissait de s’intéresser à la cinquantaine d’années qui correspondent à la fin de l’empire achéménide et à l’avènement des royautés hellénistiques (350-300 av. J.-C.). Outre que plusieurs corpus documentaires, récemment découverts, datent précisément de cette période, on peut ainsi saisir au plus près les conditions dans lesquelles s’est fait le changement de domination politique ainsi que ses manifestations. Comme cela avait été le cas en 2003, une approche régionale a été privilégiée, l’objectif étant de faire le point sur l’état des sources qui renseignent sur le thème et la période considérés. À l’inverse de ce qui avait été fait alors, une des régions de l’empire a néanmoins été privilégiée : la Babylonie. L’importance de la documentation épigraphique de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. provenant de cette région et le fort renouveau qui touche actuellement l’assyriologie des périodes récentes – en témoignent les travaux de F. Joannès, co-organisateur du colloque, et ceux de plusieurs chercheurs européens ou américains – le justifient pleinement.
    Ce choix introduit néanmoins un déséquilibre dans l’économie du volume : six articles, occupant 300 pages environ, portent sur la Babylonie, tandis que cinq autres traitent du reste de l’empire et du monde égéen. En contrepartie, on dispose d’une vision d’ensemble de la situation de cette région dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. Outre que ces contributions dressent systématiquement la liste des sources disponibles, indiquent les principales questions qui en découlent et traitent certaines d’entre elles, plusieurs comprennent aussi en annexe un échantillon de la documentation, parfois inédite, sous une forme traduite et accessible au non spécialiste. T. Boiy (p. 37-100) propose une étude très précise et détaillée de la chronologie des événements qui se déroulèrent entre 323 et 305 av. J.-C., au moment des conflits entre les diadoques, et construit le cadre dans lequel s’est fait le passage d’une domination à l’autre. Il prend en compte non seulement les événements qui se déroulèrent en Babylonie, mais aussi ceux qui opposèrent les successeurs d’Alexandre dans d’autres régions de son empire, et s’attache à résoudre un certain nombre de problèmes restés jusqu’à présent en suspens. P.‑A. Beaulieu (p. 17-36) et R. van der Spek (p. 261-307) s’intéressent de leur côté aux temples. Le premier montre qu’ils ont continué à servir de cadre à la recherche scientifique (notamment astronomique), soutenue par les institutions officielles, ce qui a pu influencer les rois lagides au moment de la fondation de la Bibliothèque et du Musée d’Alexandrie. Le second dresse un tableau de la situation des temples de Babylone, en insistant de manière un peu plus précise sur le principal d’entre eux, l’Ésagila, et étudie l’attitude que les rois perses puis macédoniens ont adoptée à leur égard, celle-ci étant révélatrice de la façon dont ils entendaient se comporter envers les populations locales. F. Joannès (p. 101-135) examine l’impact de la conquête macédonienne sur la Basse Mésopotamie, connue notamment grâce aux tablettes d’Uruk, qui entre alors dans une phase de renouveau et tend à se distinguer de Babylone et de sa région. M. Jursa (p. 137‑222) publie un dossier d’archives d’un homme d’affaires babylonien du nom de Mūrānu, ce qui lui permet de présenter une étude très approfondie du monde de l’entreprise privée et de ses relations avec les temples. Elle dépasse les limites chronologiques du colloque, mais montre les conséquences de l’intégration de la Babylonie à l’économie hellénistique. Enfin, M. Stolper (p. 223-260) analyse la présence et la fréquence des mots d’origine iranienne (noms propres et noms communs) dans la documentation cunéiforme d’époque achéménide et hellénistique, et en tire des conclusions nuancées sur la présence iranienne, ce matériau n’autorisant pas vraiment des généralisations ou des réflexions historiques assurées.
    Le reste du volume développe l’approche régionale. Toutes les régions de l’empire achéménide sont représentées, à l’exception de l’Asie Centrale pour laquelle les connaissances sont en train d’être renouvelées par la publication de documents sur cuir, émanant du satrape de Bactriane, dont S. Shaked a donné une présentation détaillée dans un autre volume de la collection Persika [1]. L’Asie Mineure est traitée par P. Briant qui rassemble les sources disponibles, recense les publications récentes et évoque les principales questions qu’elles permettent de traiter aussi bien d’un point de vue culturel (pratiques linguistiques notamment) que politique et en se plaçant au niveau des populations comme des dirigeants. R. Descat s’intéresse aux évolutions de la vie économique égéenne pendant la seconde moitié du IVe siècle, en montrant qu’elles ont été en partie provoquées par des phénomènes qui se produisaient au même moment au Proche Orient. Cette période est aussi celle de l’Économique du Pseudo Aristote, qui témoigne de la capacité des Grecs à penser l’économie de l’empire achéménide à partir d’un cadre conceptuel élaboré dans les cités grecques. M. Chauveau et C. Thiers présentent de leur côté la situation de l’Égypte en étudiant une série de thèmes (idéologie royale, organisation administrative, attitude du clergé, société, économie). Cette période est un moment important, car c’est alors que le pays achève de s’intégrer au monde égéen, processus amorcé dès avant la conquête achéménide et qui explique son importance durant l’époque hellénistique. A. Lemaire s’occupe de la Transeuphratène pour laquelle il établit, région par région, et de manière très précise, l’état actuel de la recherche et de la documentation. Enfin, R. Boucharlat procède de la même façon pour l’Iran en concentrant son attention sur les sites qui constituèrent les principales résidences royales achéménides (Suse, Persépolis et Pasargades). Le volume se termine par une conclusion fort bienvenue d’A. Kuhrt.

    Cette publication constituera donc un ouvrage de référence autant par les outils de travail qu’elle rassemble que par les pistes de réflexion qu’elle propose à la recherche. Au total, les éléments de continuité paraissent souvent l’emporter, car les conquérants macédoniens se sont efforcés de reproduire des structures de domination qui leur permettaient de s’inscrire dans une tradition et par conséquent de durer, et parce que le poids de la présence grecque n’a pas été partout suffisamment fort pour que les innovations l’emportent dès la fin du IVe siècle. Mais les évolutions, bien qu’elles ne soient pas toujours faciles à déceler à travers notre documentation, furent aussi nombreuses, et elles ont profondément marqué les sociétés. On observe aussi qu’elles sont parfois en germe avant l’arrivée des Grecs, voire même la conquête perse, les changements de domination ayant fait l’effet d’un catalyseur libérateur de forces nouvelles.

    Laurianne Martinez-Sève

    [1] S. Shaked, Le satrape de Bactriane et son gouverneur. Documents araméens du IVe siècle avant notre ère, Paris 2004.[1]

  3. align: justify; »>Ce volume témoigne de la poursuite du travail entrepris sous l’égide de P. Briant et dans le cadre du GDR 2538 pour fournir des instruments de recherche à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à l’archéologie de l’empire achéménide, que son immensité et la diversité des situations qu’il abritait ne rendent pas toujours facile à saisir. Cela s’est notamment traduit par l’organisation d’une série de colloques, commencée en novembre 2003 par une réflexion sur l’archéologie de l’empire achéménide, dont les actes ont été publiés en 2005 et ont fait l’objet d’un compte rendu dans la REA. Les actes recensés ici sont ceux du deuxième colloque, qui s’est tenu en novembre 2004, tandis que deux autres ont suivi : un troisième (novembre 2006) portait sur les archives des fortifications de Persépolis ; un quatrième (novembre 2007) sur l’organisation des pouvoirs et les contacts culturels dans l’empire achéménide.
    Le colloque de 2004 avait pour objectif de réexaminer le thème de la continuité et de la rupture entre l’empire achéménide et les royaumes nés de la conquête d’Alexandre le Grand. Il s’agit d’une problématique ancienne, depuis longtemps au coeur des réflexions de P. Briant, mais que le renouveau actuel de l’intérêt pour les périodes dites « récentes » en Égypte comme en Babylonie pousse à remettre au centre des investigations. Elle était en outre examinée sous un angle inédit, puisqu’il s’agissait de s’intéresser à la cinquantaine d’années qui correspondent à la fin de l’empire achéménide et à l’avènement des royautés hellénistiques (350-300 av. J.-C.). Outre que plusieurs corpus documentaires, récemment découverts, datent précisément de cette période, on peut ainsi saisir au plus près les conditions dans lesquelles s’est fait le changement de domination politique ainsi que ses manifestations. Comme cela avait été le cas en 2003, une approche régionale a été privilégiée, l’objectif étant de faire le point sur l’état des sources qui renseignent sur le thème et la période considérés. À l’inverse de ce qui avait été fait alors, une des régions de l’empire a néanmoins été privilégiée : la Babylonie. L’importance de la documentation épigraphique de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. provenant de cette région et le fort renouveau qui touche actuellement l’assyriologie des périodes récentes – en témoignent les travaux de F. Joannès, co-organisateur du colloque, et ceux de plusieurs chercheurs européens ou américains – le justifient pleinement.
    Ce choix introduit néanmoins un déséquilibre dans l’économie du volume : six articles, occupant 300 pages environ, portent sur la Babylonie, tandis que cinq autres traitent du reste de l’empire et du monde égéen. En contrepartie, on dispose d’une vision d’ensemble de la situation de cette région dans la deuxième moitié du IVe siècle av. J.-C. Outre que ces contributions dressent systématiquement la liste des sources disponibles, indiquent les principales questions qui en découlent et traitent certaines d’entre elles, plusieurs comprennent aussi en annexe un échantillon de la documentation, parfois inédite, sous une forme traduite et accessible au non spécialiste. T. Boiy (p. 37-100) propose une étude très précise et détaillée de la chronologie des événements qui se déroulèrent entre 323 et 305 av. J.-C., au moment des conflits entre les diadoques, et construit le cadre dans lequel s’est fait le passage d’une domination à l’autre. Il prend en compte non seulement les événements qui se déroulèrent en Babylonie, mais aussi ceux qui opposèrent les successeurs d’Alexandre dans d’autres régions de son empire, et s’attache à résoudre un certain nombre de problèmes restés jusqu’à présent en suspens. P.‑A. Beaulieu (p. 17-36) et R. van der Spek (p. 261-307) s’intéressent de leur côté aux temples. Le premier montre qu’ils ont continué à servir de cadre à la recherche scientifique (notamment astronomique), soutenue par les institutions officielles, ce qui a pu influencer les rois lagides au moment de la fondation de la Bibliothèque et du Musée d’Alexandrie. Le second dresse un tableau de la situation des temples de Babylone, en insistant de manière un peu plus précise sur le principal d’entre eux, l’Ésagila, et étudie l’attitude que les rois perses puis macédoniens ont adoptée à leur égard, celle-ci étant révélatrice de la façon dont ils entendaient se comporter envers les populations locales. F. Joannès (p. 101-135) examine l’impact de la conquête macédonienne sur la Basse Mésopotamie, connue notamment grâce aux tablettes d’Uruk, qui entre alors dans une phase de renouveau et tend à se distinguer de Babylone et de sa région. M. Jursa (p. 137‑222) publie un dossier d’archives d’un homme d’affaires babylonien du nom de Mūrānu, ce qui lui permet de présenter une étude très approfondie du monde de l’entreprise privée et de ses relations avec les temples. Elle dépasse les limites chronologiques du colloque, mais montre les conséquences de l’intégration de la Babylonie à l’économie hellénistique. Enfin, M. Stolper (p. 223-260) analyse la présence et la fréquence des mots d’origine iranienne (noms propres et noms communs) dans la documentation cunéiforme d’époque achéménide et hellénistique, et en tire des conclusions nuancées sur la présence iranienne, ce matériau n’autorisant pas vraiment des généralisations ou des réflexions historiques assurées.
    Le reste du volume développe l’approche régionale. Toutes les régions de l’empire achéménide sont représentées, à l’exception de l’Asie Centrale pour laquelle les connaissances sont en train d’être renouvelées par la publication de documents sur cuir, émanant du satrape de Bactriane, dont S. Shaked a donné une présentation détaillée dans un autre volume de la collection Persika [1]. L’Asie Mineure est traitée par P. Briant qui rassemble les sources disponibles, recense les publications récentes et évoque les principales questions qu’elles permettent de traiter aussi bien d’un point de vue culturel (pratiques linguistiques notamment) que politique et en se plaçant au niveau des populations comme des dirigeants. R. Descat s’intéresse aux évolutions de la vie économique égéenne pendant la seconde moitié du IVe siècle, en montrant qu’elles ont été en partie provoquées par des phénomènes qui se produisaient au même moment au Proche Orient. Cette période est aussi celle de l’Économique du Pseudo Aristote, qui témoigne de la capacité des Grecs à penser l’économie de l’empire achéménide à partir d’un cadre conceptuel élaboré dans les cités grecques. M. Chauveau et C. Thiers présentent de leur côté la situation de l’Égypte en étudiant une série de thèmes (idéologie royale, organisation administrative, attitude du clergé, société, économie). Cette période est un moment important, car c’est alors que le pays achève de s’intégrer au monde égéen, processus amorcé dès avant la conquête achéménide et qui explique son importance durant l’époque hellénistique. A. Lemaire s’occupe de la Transeuphratène pour laquelle il établit, région par région, et de manière très précise, l’état actuel de la recherche et de la documentation. Enfin, R. Boucharlat procède de la même façon pour l’Iran en concentrant son attention sur les sites qui constituèrent les principales résidences royales achéménides (Suse, Persépolis et Pasargades). Le volume se termine par une conclusion fort bienvenue d’A. Kuhrt.

    Cette publication constituera donc un ouvrage de référence autant par les outils de travail qu’elle rassemble que par les pistes de réflexion qu’elle propose à la recherche. Au total, les éléments de continuité paraissent souvent l’emporter, car les conquérants macédoniens se sont efforcés de reproduire des structures de domination qui leur permettaient de s’inscrire dans une tradition et par conséquent de durer, et parce que le poids de la présence grecque n’a pas été partout suffisamment fort pour que les innovations l’emportent dès la fin du IVe siècle. Mais les évolutions, bien qu’elles ne soient pas toujours faciles à déceler à travers notre documentation, furent aussi nombreuses, et elles ont profondément marqué les sociétés. On observe aussi qu’elles sont parfois en germe avant l’arrivée des Grecs, voire même la conquête perse, les changements de domination ayant fait l’effet d’un catalyseur libérateur de forces nouvelles.

    Laurianne Martinez-Sève

    [1] S. Shaked, Le satrape de Bactriane et son gouverneur. Documents araméens du IVe siècle avant notre ère, Paris 2004.[1]