L’ÉDILITÉ DE CICÉRON Anne DAGUET-GAGEY

Résumé. – Depuis l’article de L. R. Taylor, paru en 1939, l’idée court que l’édilité gérée en 69 av. J.-C. par Cicéron fut l’édilité de la plèbe. Un passage des Verrines (2Verr., 5, 14, 36-37) a semé le trouble, l’orateur tardo-républicain y évoquant tout à la fois les jeux qu’il allait lui revenir d’organiser et les marques de distinction dont il bénéficierait. Or, certains relevaient des édiles de la plèbe (Cerealia, Floralia) tandis que d’autres étaient liés à l’édilité curule (Jeux Romains de septembre, siège curule, droit à l’image). Si l’on examine l’ensemble des testimonia sur le sujet ainsi que la liste des différents édiles que Cicéron cite nommément, il faut plutôt conclure qu’il fut amené à gérer l’édilité curule, la seule qui semble avoir eu du prix à ses yeux. Cette conclusion conduit à deux autres : les édilités plébéienne et curule ne furent jamais confondues, même si leurs attributions se rapprochèrent au point d’être en certaines circonstances interchangeables ; on ne doit par ailleurs pas attribuer à Sylla de réforme tendant à rapprocher les deux types d’édilité et à accorder aux édiles de la plèbe les mêmes insignes que ceux auxquels les édiles curules avaient droit.

Abstract. – Since the publication of L.R. Taylor’s article in 1939, there’s the idea that the edility Cicero exercised in 69 BC was a plebeian one. In 2Verr., 5, 14, 36-37, the orator mentions the games he would organize and the distinguishing feature he would enjoy. But some were those of the aediles plebis (as Cerealia, Floralia) while others where linked to the curule edility (Roman games of september, curule seat, right of image). If we examine all the testimonia on the question as well as the list of the several aediles Cicero cited by name, we must rather conclude that he was in charge of the curule edility, the only one which had some value in his eyes. This conclusion leads to two others : the aediles plebis and the aediles curules were never confused, even if their remit could sometimes be exchangeable ; furthermore, it is impossible to assign to Sulla a reform which would have bring together the two kinds of aediles and endow to the aediles plebis the same signs as those of the aediles curules.

Anne Dague-Gagey * Université d’Artois (Arras) ; annegagey@gmail.com

Résumé. – Depuis l’article de L. R. Taylor, paru en 1939, l’idée court que l’édilité gérée en
69 av. J.-C. par Cicéron fut l’édilité de la plèbe. Un passage des Verrines (2Verr., 5, 14, 36-37)
a semé le trouble, l’orateur tardo-républicain y évoquant tout à la fois les jeux qu’il allait lui
revenir d’organiser et les marques de distinction dont il bénéficierait. Or, certains relevaient
des édiles de la plèbe (Cerealia, Floralia) tandis que d’autres étaient liés à l’édilité curule
(Jeux Romains de septembre, siège curule, droit à l’image). Si l’on examine l’ensemble des
testimonia sur le sujet ainsi que la liste des différents édiles que Cicéron cite nommément, il
faut plutôt conclure qu’il fut amené à gérer l’édilité curule, la seule qui semble avoir eu du prix
à ses yeux. Cette conclusion conduit à deux autres : les édilités plébéienne et curule ne furent
jamais confondues, même si leurs attributions se rapprochèrent au point d’être en certaines
circonstances interchangeables ; on ne doit par ailleurs pas attribuer à Sylla de réforme tendant
à rapprocher les deux types d’édilité et à accorder aux édiles de la plèbe les mêmes insignes
que ceux auxquels les édiles curules avaient droit.
Abstract. – Since the publication of L.R. Taylor’s article in 1939, there’s the idea that the edility
Cicero exercised in 69 BC was a plebeian one. In 2Verr., 5, 14, 36-37, the orator mentions the
games he would organize and the distinguishing feature he would enjoy. But some were those
of the aediles plebis (as Cerealia, Floralia) while others where linked to the curule edility
(Roman games of september, curule seat, right of image). If we examine all the testimonia
on the question as well as the list of the several aediles Cicero cited by name, we must rather
conclude that he was in charge of the curule edility, the only one which had some value in his
eyes. This conclusion leads to two others : the aediles plebis and the aediles curules were never
confused, even if their remit could sometimes be exchangeable ; furthermore, it is impossible
to assign to Sulla a reform which would have bring together the two kinds of aediles and
endow to the aediles plebis the same signs as those of the aediles curules.
Mots-clés. – Cicéron, édilité, édilité curule, édilité de la plèbe, jeux, jeux romains, siège curule,
ius imaginis.