Luik (M.), Müller (D.), Renieblas, Lager V. Die Ergebnisse der archäologisch-topographischen Vermessungen der Jahre 1997 bis 2001. – Mainz am Rhein : von Zabern, 2006. – 112 p. : ill., 2 plans h. t. – (Deutsches Archäologisches Institut Madrid, Iberia Archaeologica ; 9). – ISBN : 3.8053.3686.1.

Ce livre correspond à la publication très attendue des prospections menées entre 1997 et 2001 par les Fachhochschulen de Karlsruhe et de Stuttgart sur le site de Renieblas (Soria) en Espagne. Certains résultats préliminaires avaient déjà été portés à la connaissance de la communauté scientifique en 1999 dans les Madrider Mitteilungen et en 2002 dans la publication du XVIIIIe Congrès des Roman Frontier Studies tenu à Amman en septembre 2000. Le présent ouvrage vient donc offrir enfin le bilan définitif et détaillé de ces recherches qui s’inscrivent dans un mouvement récent de révision des travaux pionniers d’A. Schulten en Espagne, dont les publications de J. Pamment Salvatore, M. Dobson, F. Morales Hernández ou encore celles de M. Luik lui-même sur le matériel déposé au Römisch-Germanischen Zentralmuseum de Mayence ont démontré depuis une dizaine d’années l’intérêt et la nécessité.
Rappelons que la colline de Renieblas, dans la province de Soria, comporte des vestiges en dur identifiés, depuis les fouilles de Schulten entre 1909 et 1912, à ceux de cinq camps militaires romains d’époque républicaine. Avec celui de la circonvallation de Numance, cet ensemble constitue encore aujourd’hui l’un des rares témoignages jugés incontestables d’une castramétation républicaine par ailleurs très mal connue, en dépit de l’inflation récente (mais peu convaincante) des identifications de sites en ce sens dans le reste de la péninsule ibérique. Ceci suffit donc à souligner l’importance d’une meilleure connaissance de ces vestiges, qui, assez paradoxalement, n’ont fait l’objet d’aucune reprise de fouille depuis celles du début du XXe siècle dont on s’accorde pourtant, depuis longtemps, à reconnaître les limites.
Disons-le d’emblée : la présente publication ne prétend pas combler entièrement cette lacune. D’une part, en effet, l’équipe dirigée par M. Luik et D. Müller s’est concentrée uniquement sur le camp V, généralement considéré depuis Schulten comme le plus récent ; d’autre part, le réexamen du site se limite à une étude de superficie, avec pour but affiché de parvenir à une lecture plus précise de sa topographie et à un recensement plus complet des structures actuellement visibles. L’ouvrage se présente donc essentiellement comme un inventaire de l’information disponible à l’issue de la prospection. Après une rapide présentation par D. Müller, dans le chapitre A, du milieu physique (p. 11-13) et de la situation des vestiges (p. 14‑15), le chapitre B (p. 16‑25) récapitule l’histoire de la connaissance du site. M. Luik y retrace le contexte des fouilles anciennes de Schulten (p. 16-23), tandis que D. Müller présente brièvement le cadre des recherches entreprises par l’équipe entre 1997 et 2001 (p. 23-25). L’essentiel du livre est ensuite consacré à la description minutieuse des vestiges (chap. C, p. 26-79) et à leur discussion (chap. D., p. 80‑106). Un très bref paragraphe de quelques lignes (p. 107) résume enfin le devenir du site après son abandon par les Romains.
Les principaux résultats obtenus concernent la partie septentrionale de l’enceinte, qui a pu être suivie sur toute sa longueur, soit 925 m de long, ainsi que deux courts tronçons des enceintes orientales et occidentales. Le long de la muraille nord, les auteurs proposent d’identifier 20 tours (p. 38-52) et confirment l’emplacement de deux portes, la troisième n’étant que probable (p. 52-55). Une trentaine de structures internes ont pu être mises en évidence dans la partie nord-orientale du site (p. 55-76), la seule qui ait fait l’objet d’une reconnaissance approfondie. En revanche, la portée de la discussion sur l’identification des structures, qui repose légitimement sur la recherche de parallèles existants, me semble affaiblie par la volonté délibérée des auteurs de ne pas entrer dans la question controversée de la chronologie du Camp V, pourtant essentielle. Si l’on peut comprendre que l’ambition du projet, limitée à une reconnaissance avant tout topographique du site, puisse justifier ce choix dans la mesure où l’absence de données stratigraphiques rend évidemment prématurée toute considération nouvelle en matière de datation, il n’en reste pas moins que le problème principal posé par le Camp V n’est pas abordé, et encore moins résolu, par ce livre que ses auteurs prennent d’ailleurs la précaution de présenter essentiellement comme une base indispensable à toute recherche future —ce qu’il est assurément.
Dès lors, dans l’attente d’une reprise éventuelle des fouilles, l’apport indiscutable de cette publication très soignée consiste à fournir à la communauté scientifique trois remarquables plans à deux échelles différentes (1:1000 et 1:2500), dont les planches de grande taille sont publiées en annexes et remplacent désormais ceux de la publication initiale de Schulten. Ce livre a ainsi un mérite très grand, celui d’offrir pour la première fois une vérification exhaustive des données publiées au début du XXe s. sur le Camp V en les comparant avec l’état actuel du site, ce qui aboutit à un établissement plus assuré du plan jusqu’ici connu. Souhaitons que cet effort salutaire de clarification soit le prélude à une exploration en profondeur d’un site aussi essentiel pour l’histoire militaire de la Rome républicaine.

François Cadiou