Marek (Chr.), Geschichte Kleinasiens in der Antike. – Munich : C.H. Beck, 2010. – 941 p. : bibliogr., index, ill. – (Historische Bibliothek der Gerda Henkel Stiftung). – ISBN : 978.3.406.59853.1.

Les spécialistes de l’histoire de l’Anatolie antique connaissent bien les travaux érudits de Christian Marek, qu’il s’agisse de la publication des inscriptions de Caunos (Die Inschriften von Kaunos, Vestigia, Bd 55, Munich 2006) ou encore d’ouvrages remarqués sur le Pont et la Bithynie (Stadt, Ära und Territorium in Pontus‑Bithynia und Nord-Galatia, Tübingen 1993 ; Pontus et Bithynia, Mayence 2003). Cette Histoire de l’Asie Mineure dans l’Antiquité est un projet encore plus ambitieux. Avec un tel titre on attendrait plutôt un ouvrage de bonne vulgarisation, or ce n’est nullement ce que nous propose l’auteur.
L’organisation interne du livre est un peu complexe, plus de 450 pages sont consacrées à une enquête chronologique mais les chapitres qui vont jusqu’à la conquête romaine contiennent aussi des développements sur la structure des Etats successifs. Le chapitre IV, rédigé par Peter Frei, présente le royaume hittite, décrit sa disparition et les peuples qui en sont issus au Ier millénaire. Enfin, Christian Marek consacre plus de 200 pages (ch. VIII et IX) à l’administration de l’Anatolie impériale et à tous les aspects de la vie provinciale. Cette étude se termine par une mise au point sur l’apparition du christianisme.
Tous ceux qui ont tenté des ouvrages de synthèse sur l’Anatolie/Asie Mineure savent bien qu’il y a quelque chose d’un peu artificiel à calquer une histoire de l’Antiquité sur les frontières de la Turquie contemporaine. Aucun État dans l’Antiquité, à l’exception du royaume achéménide (avec quelques zones non contrôlées) et de l’Empire romain tardif, n’a réussi à unifier politiquement cette région. Autre écueil, on doit constater une évidente discontinuité et inégalité de l’information de l’ouest vers l’est, de la côte vers l’intérieur.
Prétendre couvrir une aussi large période en un seul volume suppose des choix drastiques et qui pour une part comportent une part de subjectivité, en accordant plus de place à tel développement (l’administration perse) qu’à tel autre (l’administration séleucide).
Chaque développement constitue une notice concise mais très documentée sur chacun des sujets ; en fin d’ouvrage la bibliographie sélectionnée permet d’aller plus loin dans la recherche (par exemple la Guerre de Troie, p. 129-132). Inévitablement, et pas seulement en fonction des thèmes de recherche personnels de l’auteur, la période romaine occupe une place très importante et les pages synthétiques sur l’administration impériale sont d’un intérêt tout particulier.
Cet ouvrage soulève une seule réserve importante : elle concerne l’apparat critique, la bibliographie et leur facilité d’utilisation. La bibliographie est évidemment sélective mais on en notera l’ampleur et le fait qu’elle est à jour, y compris pour des travaux d’accès difficile. Nous l’avons vu, l’auteur a fait le choix pour cette dernière d’une présentation thématique, mais il est toujours ardu de classer la plupart des ouvrages dans une rubrique précise. La consultation des notes est rendue difficile par le parti pris retenu : solution de facilité, elles sont rejetées en fin de volume et il faut utiliser la bibliographie et ses numéros pour repérer la plupart des références. Une telle pratique tend à se multiplier, la responsabilité en incombe aux éditeurs qui pensent ainsi gagner quelques pages mais le gain n’est sans doute pas très significatif et enlève une part de sa lisibilité à l’apparat critique.
Plusieurs appendices complètent cet ouvrage ; la liste des souverains (et gouverneurs selon les époques) est sans doute le plus utile puisqu’elle couvre la même période que celle décrite dans le volume, c’est-à-dire de la naissance du Royaume hittite à Constantin. Malgré les lacunes dues à l’absence de documentation, il s’agit là d’un apport considérable, tout particulièrement pour l’époque de la domination de Rome.
L’illustration est sobre mais efficace. Une série de cartes en couleur montre l’évolution de l’organisation provinciale d’Auguste aux Antonins.
Pour conclure, on ne peut que souhaiter qu’un éditeur intelligent propose une traduction française de cette somme qui trouverait sa cible aussi bien auprès de nos étudiants que d’un public cultivé.

Pierre Debord