Marroni (E.), I culti dell’Esquilino. – Rome : Giorgio Bretschneider, 2010. – X+338 p. : bibliogr., index, 30 pl. h. t. – (Archaeologica ISSN : 0391.9293 ; 158 : Archaeologia Perusina ; 17). – ISBN : 978.88.7689.245.5

Elisa Marroni rassemble de façon commode dans ce volume tout ce qu’on peut dire sur la colline romaine de l’Esquilin appréhendée sous l’angle cultuel. Elle adopte un plan logique pour son étude. Son premier chapitre est une présentation de la zone du point de vue topographique et urbanistique. Après avoir mis en évidence la difficulté d’y retrouver les réalités antiques en raison des bouleversements apportés par l’urbanisation au cours des siècles, l’auteur tente cependant de retracer l’histoire du quartier des Esquilies à travers le temps, ses rues, la nécropole qu’il contenait, puis sa transformation en zone résidentielle avec ses habitants illustres, les jardins qui l’ont rendu célèbre et enfin son évolution à la fin de l’antiquité, au Moyen-Âge et à l’époque moderne. Suivent quatre pages intitulées « I culti esquilini. Un inquadramento generale », un peu maladroites dans la mesure où leur contenu sera repris par la suite à propos de chaque dieu et se retrouvera également dans le quatrième chapitre « Inquadramento storico – religioso. Un tentativo di lettura ». Le troisième chapitre est constitué par un catalogue de cinquante-quatre rubriques correspondant à autant de cultes, classés par ordre alphabétique d’après ce qu’annonce Mme Marroni (mais pourquoi, dans ce cas, Argei est-il placé avant Apollo ?). Pour chaque culte, sont répertoriées les sources littéraires qui attestent son lien avec l’Esquilin, les sources épigraphiques, les données archéologiques, toujours dans le même ordre (certaines de ces rubriques manquant naturellement pour certains cultes selon ce qui subsiste). Enfin vient le quatrième chapitre déjà évoqué, qui étudie ces faits et en tente une lecture. Il essaie de peindre l’état religieux de l’Esquilin au fil des ans, à l’âge archaïque d’abord, puis à l’époque royale et se penche sur les aspects orientaux et les cultes « personnels » de Servius Tullius. Sont étudiés ensuite les cultes à l’époque républicaine, un certain nombre de pages mettant en valeur leur lien avec les luttes politiques de la fin de la république. La chercheuse en arrive à la réorganisation religieuse d’Auguste et aux cultes sous l’empire. Des développements spéciaux sont consacrés aux divinités tutélaires de l’armée dont certains corps habitaient dans la zone et aux cultes orientaux. Force est d’avouer que ce quatrième chapitre est un peu touffu. Pour chaque partie, la chercheuse commence par des développements généraux avant d’aborder le cas de l’Esquilin qui n’occupe la plupart du temps que la moitié de l’exposé. En outre, le lecteur en retire le sentiment que tout est mêlé. Le livre ne comporte ni introduction ni conclusion, mais il se termine par une bibliographie d’un peu plus d’une dizaine de pages, un index des noms, des lieux et des personnages célèbres, un index topographique moderne, trente planches de photographies d’une qualité remarquable. Comme il faut ajouter à ces tavole six figures très claires insérées dans le texte, on ne peut que louer la façon dont ce volume est illustré, ce qui n’est pas son moindre mérite. La bibliographie surprend par ses multiples lacunes. On se serait attendu à y voir figurer au moins la RE de Pauly-Wissowa, ou de G. Radke, Die Götter Altitaliens, par exemple. Il serait trop long d’énumérer tous les travaux omis qui auraient pu apporter quelque chose. Ainsi, aucun ouvrage de D. Briquel n’a été consulté. Mars est classé ici comme un dieu agraire à l’origine, sans qu’une seule ligne indique qu’il existe des avis divergents à ce propos. Bien entendu, La religion romaine archaïque de G. Dumézil n’est pas citée, pas plus que son Servius et la Fortune, alors qu’il est question de Servius Tullius et de la déesse Fortuna à maintes reprises. En fait, il semble que E. Marroni se soit appuyée sur trois ou quatre de ses prédécesseurs dont elle utilise les travaux : Torelli à qui ce livre est dédié, Coarelli, Rodríguez-Almeida, Carandini. Elle donne l’impression d’en avoir tiré des fiches, qu’elle reprend dans plusieurs chapitres, ce qui accentue l’effet de répétitions. La bibliographie n’indique pas non plus les éditions dont elle s’est servie pour les écrivains grecs et latins (à l’exception peut-être de Martial pour lequel sont nommés Izaac et Shackleton-Bailey, mais plus pour les commentaires que pour le texte, semble-t-il). C’est regrettable dans la mesure où certains passages ont été mal transmis ou considérés comme mal transmis et, partant, ont fait l’objet de corrections, comme, pour ne citer qu’un exemple, De lingua Latina V 45-54 de Varron sur lequel elle s’appuie très souvent [ 1 ] . Le lecteur ignore également lorsque ces textes sont traduits de qui sont les traductions. Certaines se révèlent contestables. Ainsi les vers 643-644 du livre VI des Fastes d’Ovide : Haec aequata[ 2 ] solo est, nullo sub crimine regni / sed quia luxuria visa nocere sua sont rendus p. 77 par : la maison « venne rasa al suolo, non solo perché il proprietario aspirasse a diventare re, ma perché questa esibizione di lusso fu ritenuta sconveniente », alors que rien ne correspond à l’italien « solo » dans les lignes latines ; de plus cela fait contresens, car l’expression « non solo » indique que la première raison est admise tout en lui en ajoutant une seconde ; or dans le vers 643 le poète nie cette première raison : « non pas sous le grief d’aspiration à la royauté, mais parce que cette maison parut nuisible par son luxe ». À la p. 182, a S<p>e in Aventinum usque perducitur devient « portata alla Spes (vetus) fino all’Aventino », ce qui ne tient compte ni du cas de Spe ni de sa construction avec a. À la p. 87, c’est le groupe de mots consecratam videmus qui n’est pas traduit [ 3 ] pour Cicéron, nat. deor. III 25, 63, ce qui est d’autant plus fâcheux qu’à la p. 90 il sert d’argument à la démonstration. Il y aurait d’autres fautes de ce type à relever, mais inutile de multiplier les exemples. D’une façon générale, E. Marroni paraît avoir quelques problèmes avec le latin, ainsi que le laissent supposer certaines de ses restitutions ou certains développements d’abréviations comme I(ovi) O(ptimus) M(aximus) p. 136 ou Iullo Antonio Africano Fabio co(n)s(ul) p. 162 syntagme qui donne la date, et tant d’autres du même acabit, ou encore l’expression graeco rito (sic) qui revient en italique sans arrêt et sans variante, au lieu de graeco ritu puisque ritus appartient à la quatrième déclinaison. E. Marroni a également des soucis avec le grec, à preuve sa parenthèse de la p. 281 : « gr. φοἴκοϛ, casa » (sic) ou d’autres fautes d’accents et d’esprits. Les interrogations de Plutarque dans les Questions romaines sont toujours traduites comme des affirmations. D’ailleurs on constate un manque de rigueur généralisé dans ce livre. Nombreuses sont les coquilles qui y apparaissent dans toutes les langues ; dans les distiques élégiaques le début du pentamètre n’est pas en retrait comme le veut l’usage ; la citation d’Horace, sat. I 8, 21-26 est présentée comme de la prose (p. 310, note 522), etc. etc. Autre défaut : certaines affirmations manquent de preuves ou d’explications, ainsi celle de la p. 243 : « La Iuno romana, divinità il cui stesso nome rimanda alla sfera della riproduzione (> γίγνω = genero), è il Genio della donna » ; quel est le rapport entre le théonyme latin Iuno, Iunonis et la racine indo-européenne *gen- sur laquelle sont bâtis γίγνω et generare? Et que penser de la chronologie de la p. 265 : « Gli stessi stucchi disegnati da Cassiano del Pozzo, […] sono infatti databili stilisticamente all’età flavia e vanno forse visti in relazione ad una rivalutazione del culto, con conseguente abbellimento dell’edificio, in concomitanza del trionfo sulla Giudea nel 71 a.C. » ? Toutefois, malgré ses imperfections, ce livre se recommande par la quantité de matériel qu’il fournit et en cela il sera utile aux chercheurs.

Lucienne Deschamps

Notes
  1. 1. C’est ainsi que E. Marroni ne fait aucune allusion, ne fût-ce que pour la récuser, à la correction qui aboutit à vingt-quatre « chapelles des Argées » au lieu de vingt-sept, correction qui se trouve, avec ses raisons, dans un ouvrage aussi répandu que le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Daremberg – Saglio, à l’article Argei.
  2. 2. Je corrige ici la coquille de E. Marroni qui écrit acquata.
  3. 3. « Tanto grande è l’errore che alle cose funeste non solo si dà il nome di divinità, ma si istituiscono culti in loro onore. Così infatti il tempio della Febbre sul Palatino e quello di Orbona presso il tempio dei Lari e l’altare della Mala Sorte sull’Esquilino » alors que la deuxième phrase est en latin : Febris enim fanum in Palatio et <Orbonae ad> aedem Larum et aram Malae Fortunae Esquiliis consecratam videmus (E. Marroni écrit consecrata).