Mitropoulos (A.) et al., OCR Classical Civilisation. A Level Components 31 and 34 : Greek Religion and Democracy and the Athenians. – Londres : Bloomsbury, 2017. – VIII+200 p. : fig., index. – (Bloomsbury Classical studies). – ISBN : 978.1.350.02999.3.

Je traite ici en un même compte-rendu deux volets parus concomitamment, chez le même éditeur, pour un public identique, à savoir les étudiants préparant le ‘A-Level exam’, l’examen niveau avancé sanctionnant, en Grande-Bretagne, la fin du cycle secondaire juste après le GCE (General Certificate of Education). Il s’agit d’un manuel de civilisation grecque publié en deux parties (les composants 30 et 34, se référant au groupe 3 ‘Croyances et idées’) consacrées respectivement à la religion et à la démocratie athénienne, chacune devant satisfaire aux mêmes contraintes éditoriales comme en attestent la division de chaque volet en six chapitres et les plusieurs repetita.

Voulant offrir un manuel digne du haut niveau de spécialisation communément reconnu à l’examen britannique, les auteurs soumettent à l’attention des étudiants, et de leurs enseignants, un parcours hyper-structuré, menant à la découverte des domaines religieux et politiques par la lecture de textes grecs en traduction et l’analyse de vestiges matériels. La manière dont les sections descriptives alternent avec des encarts analytiques permet au lecteur-étudiant de mesurer constamment l’acquisition progressive des notions. Dans la préface (vi-viii), sont donnés des conseils d’utilisation pour les boîtes-clés en bleu servant à l’évaluation des contenus et des capacités requises lors de l’examen. Ces conseils concernent également les différentes icônes signalant tant les sources prioritaires (PS, ou Prescribed Source) que les exercices (S&C, ou Stretch and Challenge Icon) et le matériel supplémentaire téléchargeable à partir du site du Bloomsbury Companion (CW, ou Companion Website). Les boîtes-clés, en particulier, signalent les éléments les plus importants à retenir, donnent des conseils pratiques pour la préparation de l’examen et recommandent le matériel didactique idoine répertorié en diverses catégories. Le matériel destiné à la réelle évaluation des notions se trouve, par ailleurs, dans des sections à part (ex. ‘Exam tips’, ou ‘Practice questions’). Après des pages destinées à détailler les objectifs ainsi que les modalités de déroulement de l’examen (pp. 95-100), le manuel se clôt sur un glossaire assorti d’une liste de références iconographiques et d’index divers (pp. 190-196).

Pour des raisons d’espace, je me limiterai à donner une analyse approfondie du premier des deux volets. Cette première partie se subdivise en six chapitres abordant chacun un aspect particulier de l’univers religieux des Grecs. Une courte introduction initie l’étudiant par le biais d’un premier constat tant évident (pour les experts) qu’optimiste (pour les néophytes) : bien que reconnue – avec raison – comme étant omniprésente dans la culture ancienne (« Religion permeated the ancient Greek society », p. 2), trop aisément la religion est annoncée à partir d’une prétendue continuité entre soucis antiques et croyance moderne. De même, l’association obsolète entre les Grecs et le rationnel étonne lorsqu’on lit : « Why did the ancient Greeks, a people known for their logic and intelligence, believe the ravings of a priestess (sc. la Pythie) ? » (p. 66). Malgré certaines simplifications dues à sa vocation purement didactique (e. g., les définitions de ‘dieux olympiens’ et de ‘dieux chtoniens’, pp. 4 et 83, ou bien l’explication simple du polythéisme en tant que « belief and/or worship of more than one god » à la p. 4), le manuel fournit un aperçu global, clair et raisonné du macro-thème. C’est ainsi que le premier chapitre porte sur la nature des dieux olympiens et sur sa lecture traditionnelle selon les critères de l’anthropomorphisme et de la réciprocité entre divin et humain, notamment chez Homère et Hésiode. Des cultes à mystères aux oracles de Dodone, le deuxième chapitre est, en revanche, consacré au thème épineux de l’individualité religieuse, ou de la religion qui se fait ‘a personal affaire’ dans la vie quotidienne, publique et privée, des citoyens. Dans le troisième chapitre on traite de différents niveaux de participation (domestique, démique, civique et panhellénique) de l’individu à la vie religieuse. L’importance des lieux dans la vie cultuelle des Grecs (l’Acropole d’Athènes, Delphes et Olympie) est au cœur du quatrième chapitre, alors que le rôle des opérateurs cultuels dans le déroulement du rituel, la connexion entre aristocratie et accès aux fonctions religieuses, et la participation exceptionnelle des femmes à l’administration cultuelle sont traités diffusément dans le cinquième chapitre, consacré partiellement aux types de sacrifices les plus répandus. Le sixième et dernier chapitre aborde, quant à lui, la naissance de la pensée philosophique et les critiques aux représentations traditionnelles des dieux chez Xénophane et Socrate, pères de certaines conceptions (définies ‘theologies’, p. 88) qui constituaient une véritable déviation de la ‘religion of the many’.

Au niveau strictement formel, le manuel ne se distingue pas par un soin graphique particulier : les images sont en noir et blanc, les textes pas toujours justifiés (ainsi en est-il à la p. 115). D’un point de vue méthodologique, en revanche, on se réjouit de constater l’importance accordée aux épithètes (pp. 5, 13) et à l’indissociabilité du politique et du religieux comme paramètres de connaissance, ou au moins d’enquête, du polythéisme ancien. Il s’agit d’une sensibilité probablement héritée du livre de Louise Bruit sur la religion grecque, dont la première traduction anglaise, publiée en 1992 chez CUP, apparaît effectivement avec Polytheism and Society at Athens de Robert Parker dans la bibliographie générale du volet. Un autre aspect qui minimise le caractère estudiantin du manuel réside dans la différentiation opérée avec insistance entre niveaux panhelléniques, locaux et personnels des cultes ; on peut également apprécier la tentative d’interpeller l’esprit comparatiste des élèves, conduits parfois à entamer des comparaisons contrastives entre différents textes et cultures (on se limitera à mentionner le parallèle entre Hésiode, Ovide et la Bible à la p. 6, ou la comparaison entre les trois différentes représentations d’Athéna restituées dans les Hymnes homériques 11 et 28 et dans une amphore panathénaïque du IV siècle, pp. 7-8 ; enfin, le parallèle ‘de terrain’ entre la pratique oraculaire ancienne et celle contemporaine des habitants d’Azande, en Sudan, étudiée par Edward Evans-Pritchard, p. 66). La démarche inductive est prédominante : ainsi, on invite l’étudiant à reconstruire la procédure du sacrifice sous-tendue aux vv. 779-830 de l’Electre d’Euripide. En élargissant une telle approche même au regard de la matérialité des sources, l’étudiant est également invité à décoder les spécificités de chaque langage (figuratif, architectonique et textuel : cf. pp. 22-25 pour les Mystère d’Éleusis). La mémoire spatiale et l’acuité dialectique sont des compétences pareillement stimulées par les auteurs, comme le démontrent les divers exercices ‘topographiques’ proposés (comme aux pp. 13, 63, 71), ainsi que les nombreuses références à la modern scholarship et les recommandations finales sur la bibliographie secondaire (p. 100). Enfin, relevons l’effort considérable visant à mettre en avant le ‘silence’ des sources : tel est le cas pour les visites infructueuses aux sanctuaires d’Asclépios, jamais rappelées dans les inscriptions (p. 28).

En conclusion, ce manuel contient tous les éléments indispensables pour permettre aux étudiants britanniques de franchir l’un des premiers obstacles de leur cursus. En présentant les traits généraux de la religion et de la démocratie grecques, les auteurs ne comblent pas une lacune dans la bibliographie accessible aux étudiants. Néanmoins, l’intention de les préparer aux méthodes et à la recherche académiques contribue à la bonne qualité de cet instrument scolaire, notamment dans les sections consacrées au débat contemporain et au positionnement, pas toujours mis à jour, de la critique moderne.

Eleonora Colangelo, Université Paris Diderot-Paris 7 – ANHIMA, Université de Pise

Publié en ligne le 3 décembre 2018