Momigliano (N.), Bronze Age Carian Iasos, structures and finds from the area of the Roman agora (c. 3000-1500 BC). – Rome : Giorgio Bretschneider Editore, 2012. -226 p. : index, bibliogr., ill., pl. h. t. – (Archaeologica, ISSN : 0391-9293 ; 166). – ISBN : 978.88.7689.267.7.

Fouillé depuis 1960, le site d’Iasos en Carie a livré une grande quantité de matériel intéressant toutes les époques et tous les sujets. Des documents de première importance et bien connus par ailleurs en sont originaires, comme par exemple la lettre de la reine séleucide Laodice III écrite aux Iasiens vers 196 a.C [1], un trésor de 2 986 antoniniani et 11 deniers enfouis sous l’agora d’Iasos vers 260 p.C. [2], ou bien encore une maison aux sols mosaïqués du II e siècle p.C [3].

La Missione archeologica italiana di Iasos, présente sur le chantier depuis son ouverture et travaillant à faire connaître les vestiges mis au jour, en facilite l’accès par le biais de nombreuses publications, en particulier des monographies instruisant le lecteur sur tel secteur ou tel type de matériel. Trois ouvrages ont ainsi déjà paru entre 1984 et 2003 et un quatrième, produit par Nicoletta Momigliano, vient d’être publié sur Iasos au milieu de l’âge du Bronze, entre c. 3 000 et c. 1 500 a.C.

Ce travail, illustré de photographies nombreuses et de grande qualité, est le deuxième d’une série patronnée par le « Bronze Age Carian Iasos Project » et dont le premier volet a été La cultura preistorica di Iasos in Caria, réalisé par Paolo Emilio Pecorella en 1984 et consacré à la nécropole du début de l’âge du Bronze découverte au nord-est de la presqu’île d’Iasos, près de l’aqueduc romain (un troisième ouvrage écrit par Mario Benzi, Giampaolo Graziadio et Isabella Morabito, aujourd’hui en préparation, portera sur l’époque mycénienne, entre c. 1 500 et c. 1 100 a.C.). N. Momigliano présente et étudie pour sa part les bâtiments et les objets de l’âge du Bronze Moyen mis au jour entre 1967 et 1973 par Doro Levi et Clelia Laviosa, premiers responsables des fouilles, dans le secteur du cimetière géométrique aménagé sous l’agora romaine, au nord de la ville.

À cette fin, après un utile rappel historique des fouilles et des hypothèses qu’elles ont inspirées, N. Momigliano offre aux spécialistes deux catalogues archéologiques d’une très grande tenue, tant par leur précision que par leur facilité de consultation. Le premier, rédigé en collaboration avec Paolo Belli, présente, à l’aide de plans et d’illustrations photographiques, les structures monumentales (en particulier six bâtiments et deux murs) relevées dans une tranchée test creusée près du stylobate ouest de l’agora romaine. Le second catalogue, réalisé avec le concours de Carl J. Knappett, Jill Hilditch, Matt Power, Duncan Pirrie, Max Bichler et J. H Sterba, réunit 93 poteries, mais aussi (et surtout) près de 16 500 tessons découverts par la même occasion et parmi lesquels on reconnaît notamment des pesons de métiers à tisser et des fusaïoles.

De l’examen de tout ce matériel, en particulier de l’étude de sa provenance (plus ou moins assurée), N. Momigliano constate que, contrairement à l’idée formulée par D. Levi et Cl. Laviosa, Iasos ne fut pas un établissement minoen, pas plus une colonie qu’un simple emporion. Il semblerait plutôt que l’endroit fut un site important recevant des éléments pour beaucoup originaires d’Anatolie et de l’Égée orientale, mais qui réceptionna aussi des réalisations minoennes sans qu’il soit possible de dire si ces dernières sont venues de Crète ou de régions sous influence minoenne, ainsi Rhodes, Cos et Milet. Cette découverte indique que, au milieu de l’âge du Bronze, Iasos s’inscrivait dans un réseau de relations plus complexe qu’on ne le pensait jusqu’à présent et que la Crète n’y jouait pas le premier rôle. Comme l’écrit N. Momigliano, « s’il y a eu jamais une “thalassocratie minoenne”, dans le sens d’une série de colonies fortement “Minoanised” et grâce auxquelles les élites crétoises exerçaient un contrôle sur certaines routes commerciales maritimes, Iasos ne semble pas avoir été l’une d’entre elles, mais un site ne ressentant que les effets périphériques de ce processus » (p. 153). À la différence d’autres établissements de la région, tel Trianda à Rhodes, sa « minoanisation » serait davantage le fruit d’échanges à petite échelle avec le voisinage que la manifestation d’efforts délibérés de la part des Crétois pour la coloniser, à tout le moins la contrôler.

Fabrice Delrieux

Notes
  1. . J. Ma, Antiochos III et les cités de l’Asie Mineure occidentale, Paris 1999, p. 375-382, n. 26.
  2. 2. Bolletino di Numismatica 40-43, 2003-2004, p. 23-262.
  3. 3. V. Scheibelreiter-gail, Die Mosaiken Westkleinasiens, Vienne 2011, p. 286-288, Kat. 58.