Mund-Dopchie (M.), Ultima Thulé. Histoire d’un lieu et genèse d’un mythe. – Genève : Droz, 2009. – 494 p. : bibliogr., index, ill. – (Histoire des idées et critique littéraire ; 449). – ISBN : 2.600.01234.8.

Le livre de M. Mund-Dopchie, recense une bonne partie de ce qui s’est écrit sur Thulé depuis son invention par Pythéas jusqu’à l’époque contemporaine. Il a la forme d’un catalogue chronologique : Dossier antique (23‑84), Dossier médiéval (85-123), Dossier du « long seizième siècle » (135-299), Évolution du dossier du XVIIIe siècle à nos jours (299‑391), suivi d’un précieux appareil scientifique : liste chronologique des sources, bibliographie, cartes illustrent la discussion. Dans chacun des dossiers, l’A. tente de faire la part entre l’effort scientifique des contemporains et les représentations mytho‑poétiques et imaginaires, dans la ligne du travail de P. Vidal-Naquet
sur l’Atlantide.
La partie centrale du livre (85-293) est riche et intéressante : s’appuyant sur une bibliographie érudite, l’A. montre avec brio comment l’héritage géographique de l’Antiquité s’est confronté à l’expérience des découvreurs et à l’émergence des nations européennes qui, pour satisfaire l’orgueil national, situaient Thulé, qui en Islande, qui dans les Shetlands, qui en Scandinavie.
Le dossier antique qui précède présente une bibliographique à jour, mais manque de sélectivité et de rigueur. L’A. ne se dispense pas toujours d’hypothèses fantaisistes (p. 35 : «les toponymes Bergi, Berricen (Nerigon) [chez Pline] renvoient clairement à la Norvège et plus particulièrement au port de Bergen », port hanséatique à ma connaissance ; ou, p. 43 : « des rapprochements séduisants viennent même à l’esprit, invitant à faire dériver Cronios/ Cronius du nom celtique croinn, désignant la « mer gelée », ou encore du substantif hronn en vieux norvégien, qui désigne la baleine », (sans même une note bibliographique).
La dernière partie du livre me paraît illisible. à partir du XIXe siècle, lorsque Thulé n’est pas un problème de géographie ancienne à résoudre, ne survit plus que sa représentation poétique (au mieux) ou idéologique (au pire). Le plan chronologique et généalogique aurait dû être préservé dans cette partie, soulignant, par exemple, le rôle central qui semble revenir à Goethe. Or tout y est mélangé, élucubrations estoniennes ou germaniques, théosophiques, littérature de jeunesse et l’auteur décerne éloges et blâmes. Le cabinet de curiosités se transforme en bazar désordonné. C’est dommage, car la partie centrale mérite véritablement l’attention des philologues.

Patrick Counillon