Münzer (F.), Kleine Schriften. – Hrsg. von M. Haake und A.-A. Harders. – Stuttgart : Steiner, 2012. – XLVI+578 p. – (Alte Geschichte). – ISBN : 978.3.515.10127.1.

La parution, à l’automne 2012, des Kleine Schriften de F. Münzer a coïncidé avec le soixante-dixième anniversaire de la mort du savant allemand. F. Münzer est en effet décédé à l’âge de soixante-quatorze ans le 20 octobre 1942 au camp de Theresienstadt, où il avait été déporté le 31 juillet de la même année. Ces Kleine Schriften ont été réunis par deux enseignants chercheurs, l’un, M. Haake, de la Westfälischen Wilhems-Universität de Münster, où F. Münzer exerça lui-même comme Professeur de 1921 à 1935, l’autre, A.-C. Harders, de l’Université de Bielefeld. Les textes proprement dits sont précédés d’une Préface (p. VII-XI) et d’une Introduction (p. XIII- XLVI).

La Préface est due, comme il se doit, aux deux éditeurs des Kleine Schriften. Après avoir rappelé les grandes lignes de la vie et de la carrière de F. Münzer, M. Haake et A.-C. Harders soulignent dans un premier temps que ce spécialiste de la République romaine est essentiellement connu pour les cinq mille articles prosopographiques qu’il a rédigés pour la RE à partir de 1897 ainsi que pour sa monographie, Römische Adelsparteien und Adelsfamilien, parue en 1920 ; ses autres écrits en revanche ont bénéficié d’une notoriété moindre, bien que d’une valeur incontestable. Dans un second temps, ils exposent les objectifs du volume proposé – accomplir une devoir de pietas, mais aussi répondre à une demande émanant de la communauté scientifique –. Enfin, ils présentent son contenu, à savoir quarante-deux textes, regroupés en rubriques.

L’introduction, quant à elle, est l’oeuvre d’un spécialiste de l’histoire politique et sociale de la République romaine, et plus particulièrement de la formation de la nobilitas, puisqu’il s’agit de K.-J. Hölkeskamp, familier s’il en est des questions traitées par son prédécesseur 1 . L’auteur de ce compte rendu a regretté que sur les seize pages que cette introduction comprend (hors bibliographie), seule un peu plus d’une demi-page soit consacrée aux articles qui font l’objet du volume (p. XIII-XIV) ; K-J. Hölkeskamp se justifie en disant que ces écrits n’ont joué qu’un rôle indirect ou secondaire dans la réception de l’Tmuvre de F. Münzer (p. XIV), tout en complétant heureusement les articles destinés à la RE (p. XVI-XVII). Les cinq pages suivantes portent sur les articles rédigés pour la RE (p. XIV-XIX) ; elles mettent bien en valeur l’importance de ces notices et l’usage qu’en en ont fait les savants du XX e et de ce début du XXI e siècle pour mener à bien leurs propres travaux, de T.R.S. Broughton et G. Niccolini à J. Rüpke, en passant par Cl. Nicolet, T.P. Wiseman, P.A. Brunt, M. Bonnefond-Coudry ou E. Badian pour ne citer qu’eux. Tout le reste de l’introduction a pour objet la réception de l’Tmuvre maîtresse de F. Münzer, Römische Adelsparteien und Adelsfamilien, considérée dès sa parution comme un ouvrage fondamental mais paradoxalement peu lue car jugée d’une lecture difficile. Chemin faisant, K-J. Hölkeskamp fait un état des lieux, en suivant un ordre chronologique, de la postérité de ce qu’on a appelé « la méthode et le modèle Gelzer/Münzer » ; sont ainsi passés en revue, avec beaucoup de pertinence, les travaux de ceux qui ont suivi cette méthode, à la lettre ou en prenant quelque distance (R. Syme et son élève, E. Badian, L. Ross, E.S. Gruen, H.H. Scullard, D.C. Earl…) ou, au contraire, l’ont réfutée et/ou déconstruite (G. de Sanctis, A. Momigliano…). Cette liste serait incomplète si on ne mentionnait une excellente analyse des rapports entre l’Tmuvre de M. Gelzer et celle de F. Münzer (p. XXIV-XXVI). L’introduction s’achève sur un nouveau paradoxe : « Münzers opus magnum von 1920 war zugleich eines der am wenigsten gelesen und am häufigsten zitierten Bücher über das Antike Rom im 20. Jahrhundert, und sein Modell der römischrepublikanischen Politik und seine Methode gehörten zu den am intensivsten diskutierten und am gründlichsten widerlegten modernen Deutungsangeboten in der (Alten) Geschichte. Aber womöglich gerade deswegen gilt auch für Friedrich Münzer, “that now unfashionable historian”, und sein Werk, seine “Grösse” und seine “Grenzen”, was man bezüglich Matthias Gelzer so formuliert hat : “Man wird immer wieder auf ihn zurückkommen und von ihm ausgehen” »(p. XXXVII-XXXVIII). La conclusion du développement dû à K-J. Hölkeskamp est elle-même suivie d’une abondante bibliographie (p. XXXVIII-XLVI). Cette bibliographie recense la quasi-totalité des travaux qui ont traité des mêmes domaines de la Rome républicaine que le savant allemand depuis 1920 ; ne serait-ce qu’à ce titre, son utilité pour tous ceux qui souhaitent avoir une vue d’ensemble de ces questions est incontestable Les quarante-deux textes réunis par les deux éditeurs des Kleine Schriften occupent les pages 3 à 577 du volume. Publiés entre 1895 pour le plus ancien (Künstlerinschriften aus Athen) et 1939 pour le plus récent (Le are di Aulo Postumio Albino), dans des revues diverses (essentiellement Hermes mais aussi RhM, Klio, MDAI, Philologus…), ils sont de longueur variable (d’une seule page à quarante-huit pages) et sont répartis en six rubriques par les éditeurs. Cinq d’entre elles correspondent aux champs de recherche de l’auteur. La première, intitulée « Prosopographie und Epigraphik » comprend quinze articles (p. 1-120), la seconde, qui a pour titre « Geschichte », cinq (p. 121- 228), la troisième, « Historiographie », onze (p. 229-437), la quatrième, centrée sur Pline l’Ancien, quatre (p. 439-510), la cinquième, « Philologica », cinq (p. 511-559). Une sixième rubrique, « Varia : Nachruf und Programmatisches » (p. 561-576), se résume à deux textes non scientifiques, retenus par M. Haake et A.-C. Harders car jugés révélateurs de la conception de l’histoire et de l’historien de F. Münzer : le premier consiste en deux discours ad memoriam, prononcés à quelques mois d’intervalle à l’Université de Münster, l’un en l’honneur d’O. Seeck, l’autre de O. Hirschfeld, décédés respectivement en 1921 et 1922 ; le second, qui sert en même temps en quelque sorte de conclusion au présent volume, est un article, paru en 1921, qui invite à réfléchir sur la place de l’histoire de l’Antiquité dans la formation universitaire des futurs enseignants d’histoire.

Ces contributions, qui peuvent paraître disparates en dépit de leur regroupement par les éditeurs du volume, présentent toutefois des points communs : elles illustrent la méthode de travail de F. Münzer mise en pratique dans ses autres écrits et témoignent de son acribie, tant sur le plan historique, historiographique que philologique. Cette acribie n’est pas étrangère au fait que, si certains de ces « petits écrits » sont aujourd’hui moins lus que d’autres, les travaux les plus récents n’hésitent pas à s’y référer, comme en témoignent les travaux de G. Forsythe, H. Beck-U. Walter, U. Walter (cités par K-J. Hölkeskamp dans l’introduction, p. XIV n. 7) et M. Chassignet (L’Annalistique romaine, Paris, CUF, 1996-2004, tome II, p. XXXIV n. 153, à propos de Fannius, tome III, p. LXI n. 351, à propos de Valérius Antias).

Au total, on ne saura que se féliciter de l’initiative de M. Haake et A.-C. Harders. Ils ont mis à la disposition des lecteurs modernes des contributions de valeur, qui ont sans doute été reléguées au second plan, non pas en raison de leur qualité scientifique moindre, mais à cause de l’ombre que leur ont portée la monographie de leur auteur et ses articles dans la RE.

Martine Chassignet