Papageorgiadou-Bani (H.), The numismatic iconography of the roman colonies in Greece. Local spirit and the expression of imperial policy. – Research Centre for Greek and Roman Antiquity National Hellenic Research Foundation. – Paris : De Boccard, 2004. – 161 p. : bibliogr., index, ill. – (MELETHMATA ; 39). – ISBN : 960.7905.19.9.

Madame H. Papageorgiadou-Bani est une spécialiste de numismatique dont les publications concernent la Grèce au sein de l’empire de Rome. Elle a préparé, avec Madame Sh. Gjongecaj, une contribution sur « La circulation monétaire à Bouthrotos et sa région », qui doit paraître dans Bouthrotos I, publication de la Mission archéologique hellénique à Bouthrotos. Le livre réalisé par Madame H. Papageordiadou-Bani est une étude de l’iconographie des colonies romaines fondées en Grèce. Une recherche systématique du monnayage des colonies romaines en Achaïe et en Macédoine, en relation avec la politique impériale n’avait jamais encore été réalisée, alors que des érudits s’étaient intéressés depuis longtemps déjà à l’étude du monnayage des cités grecques à l’époque romaine et que, récemment, A. Burnett, M. Amandry, P. P. Ripollès avaient publié deux volumes sur les monnaies provinciales, Roman Provincial Coins, Londres, 1992 (de la mort de César à la mort de Vitellius) et 1999 (de Vespasien à Domitien). L’ouvrage de Madame Papageordiadou-Bani se présente en deux parties, l’une concerne l’iconographie numismatique des colonies ; l’autre, plus brève, étudie les monnayages coloniaux en relation avec la politique impériale et les particularités locales de ceux-ci. Deux appendices examinent ensuite, l’un la production et la distribution de ces monnaies (à l’exception de celles de Bouthrotos qui doivent être étudiées dans une publication prochaine) et l’autre les différents types des monnayages coloniaux par cités, classés selon les règnes des empereurs, mais sans indication du nom des magistrats monétaires.
Les fondations de colonies dans les deux provinces d’Achaïe et de Macédoine sont principalement liées à la réalisation des projets césariens. Les colonies d’Achaïe étaient destinées à protéger la voie de communication maritime qui rattache les deux parties de l’empire, l’Occident et l’Orient. La fondation de la colonie de Buthrotum, loin des colonies péloponnésiennes, commande une position importante sur la côte d’Epire en face de Corcyre. Celle de Dymé fit partie du programme de colonisation césarien dans une zone dans laquelle Pompée avait déjà installé des vaincus de la guerre contre les pirates, mais, après la décision d’Auguste de créer en 14 av. J.-C. une colonie à Patras, une de ses bases navales dans sa lutte contre Antoine, le territoire de Patras s’étendit progressivement aux dépens de celui de Dymé et la production des monnaies de Dymé s’arrêta à l’époque de Tibère, sous le règne duquel la colonie fut rattachée à Patras. Les colonies de Macédoine sont situées sur la Via Egnatia, le grand axe terrestre qui conduit aux provinces de l’Orient romain, à l’exception de Dium placée sur une route qui joint Thessalonique à la Grèce du Sud ; elles assurent des positions militaires qui peuvent offrir une défense en cas d’invasion venue du Nord aussi bien que servir de base opérationnelle pour des expéditions militaires. La colonie de Philippes est bien étudiée depuis les travaux de P. Collart, Philippes, ville de Macédoine, depuis ses origines jusqu’à la fin de l’époque romaine, Paris 1937. Fondée par un légat d’Antoine, elle fut ensuite refondée par Auguste. Son monnayage précoce est original, puisqu’il permet de connaître les principales étapes d’une création de colonie, avec le fondateur de la colonie traçant le sillon marquant les limites de celle-ci avec une charrue conduite par deux boeufs. Il évoque aussi le tirage au sort des lots de terres, avec un type monétaire très rare, faisant référence à la cérémonie de distribution des lots par le responsable de la fondation coloniale (cf. la photographie, page 35, qui montre un homme assis sur une chaise curule, écrivant sur un registre, avec, à ses pieds, une urne et des tessères symbolisant les lots de terre devant être tirés au sort entre les colons). Dans les colonies fondées pour les vétérans de l’armée romaine, l’iconographie coloniale précoce évoque aussi les emblèmes des légions avec des légendes mentionnant les corps démobilisés. Ainsi, à Philippes, une monnaie atteste qu’un groupe de colons était membre d’une cohorte prétorienne (cf. page 56).
D’autres symboles romains sont attestés ; le choix d’une représentation est lié à l’entourage des empereurs et l’auteur s’interroge sur ceux qui exercent la responsabilité ultime du choix des types numismatiques à Rome et dans les provinces et qui peuvent influencer la décision des magistrats locaux dont le nom est parfois mentionné sur les monnaies mais qui ne font pas l’objet de cette étude. Les monnaies et leurs symboles sont de remarquables instruments de communication qui transmettent aux sujets de Rome des informations sur les vertus impériales, sur les hauts faits de l’empereur et sur ses conquêtes, mais aussi, comme pour Auguste, sur la politique dynastique. Madame H. Papageordiadou-Bani propose aussi une intéressante réflexion sur ce qu’elle appelle les thèmes romains d’intérêt local. Dans la zone géographique étudiée, la bataille d’Actium est souvent exaltée, mais les visites des empereurs, particulièrement celles de Néron, trouvent aussi une résonance dans les frappes locales. Il faut noter enfin l’importance des représentations de constructions de monuments, particulièrement de temples, et même d’un port, comme celui de Patras.
L’héritage hellénistique est largement préservé dans le monnayage des colonies qui sont pourtant dépendantes de Rome. L’identité de la cité avec son histoire et les cultes particuliers de ses anciens habitants est prise en compte dans l’iconographie coloniale. L’auteur parle de « local spirit ». Dans la production numismatique évoquant les dieux locaux, les exemples des productions de Corinthe et de Patras sont les plus révélateurs, mais l’auteur insiste aussi, par exemple, sur le nombre des monnaies évoquant Asclepios à Buthrotum, où le dieu bénéficiait déjà d’un culte à l’époque hellénistique.
Les monnayages grecs coloniaux montrent cependant des différences significatives dans les provinces d’Achaïe et de Macédoine. En Achaïe, le centre administratif de la province est situé dans une colonie, Corinthe, et une autre colonie fut créée par Auguste, Patras. Ces villes se développèrent et leur monnayage fut très diversifié et se répandit largement. Une attention particulière est donc portée au monnayage de ces deux cités qui, plus que toutes les autres, ont contribué à l’établissement du contrôle impérial sur le Péloponnèse. En Macédoine, en revanche, la capitale de la province était une ville libre, Thessalonique. Elle frappa monnaie ainsi que le koinon macédonien ; les monnaies des colonies jouèrent un rôle moins important, avec une iconographie moins riche et une moins grande circulation monétaire.
L’analyse des images et des légendes accompagnant cette étude fournit une interprétation aussi complète que possible de ces monnayages coloniaux à la lumière de l’histoire de l’empire. L’intérêt de ce volume, à la riche bibliographie, est aussi de montrer la propension qu’avaient les cités à flatter les empereurs en choisissant les symboles de leurs monnaies. La grande diversité du répertoire iconographique des colonies montre enfin la liberté qu’avaient les magistrats de celles-ci de respecter les aspirations des communautés locales tout en tenant compte du choix des autorités romaines.

Élisabeth Deniaux