Paul MARIUS MARTIN, Cicéron et le regnum

Résumé. – Au moment où Cicéron commence sa carrière, la vieille opposition entre libertas et regnum est usée jusqu’à la corde par l’utilisation indistincte et massive qui en a été faite dans les décennies précédentes, notamment dans le cadre de l’affrontement entre populares et optimates.[1] Pourtant, les luttes intestines du dernier siècle de la République vont réactiver l’efficacité de cette arme rhétorique, à l’instigation de Cicéron, qui en fut au demeurant lui‑même victime. La réalité du pouvoir personnel de César va amener Cicéron à préciser et à nuancer sa position personnelle et philosophique à l’égard de la notion de regnum.

Abstract. – When Cicero enters the political field, the ancient opposition between libertas and regnum is completely obsolete because of the abusive and too frequent use that was made of it decennies ago, and in particular during the conflict between populares and optimates. Neverthetless, the internal strifes that will characterize the last century of the Republic are going to reactivate this rhetorical weapon, thanks to Cicero, who, in fact, fell himself a victim to this process. The reality of Caesar’s personal power will incite Cicero to give precisions concerning his definition of regnum.

 [1]1. La réalité de cette opposition a été récemment mise en doute, notamment à partir de l’ouvrage de M.A. Robb, Beyond Populares and Optimates. Political Language in the Late Republic, Stuttgart 2010. Il s’agirait, selon elle, d’un « mirage moderne ». Mais sa démarche est à la fois partielle et ambiguë, en ce sens qu’on ne sait pas si c’est la réalité de cette opposition qui serait mise en doute par tel ou tel auteur ancien, ou minimisée par M.A. Robb, ou bien seulement le vocabulaire désignant les deux partis opposés. Nous pensons pour notre part que les deux termes appartiennent en fait au vocabulaire optimate, que les populares ne se sont jamais désignés eux-mêmes par cette appellation dépréciative, plus proche de « populiste » que de « populaire ». Mais on ne saurait induire de là à l’inexistence de cette réalité politique. Cf. notre recension de cet ouvrage dans REL 88, 2010, p. 394-397.

 Paul MARIUS MARTIN, Université Paul-Valéry Montpellier ; paul.martin3@wanadoo.fr.

Cet article est né d’une réflexion en amont d’une communication à la Humboldt-Universität zu Berlin en Janvier 2013 dans le cadre du colloque international Sprache und Konflikt. Semantische Kämpfe in Rom zwischen Republik und Prinzipat, intitulée « L’évolution de la notion de regnum entre la République et le Principat » (à paraître). Nous avions mené notre enquête précisément des Ides de mars 44 à la rédaction des RGDA. Le présent article s’arrête aux Ides de mars.