Poesia delle stelle tra antichità e medioevo. – A cura di F. Guidetti. – Pise : Edizioni della Normale, 2016. – 412 p. : bibliogr., ill. h. t. – (Laboratorio di Scienze dell’Antichità : Seminari e Convegni, ISSN : 2039.3261 ; 46). – ISBN : 978.88.7642.584.4.

Cet ouvrage rassemble, comme le précise d’emblée l’éditeur, la plus grande partie des communications présentées lors d’un congrès international organisé à l’École Normale Supérieure de Pise les 30 et 31 octobre 2013, sur la même thématique que le titre de l’ouvrage. On est immédiatement – et légitimement – étonné de ne voir apparaître dans une manifestation internationale que des signataires italiens ! De même l’absence de résumés en langue étrangère n’aidera pas à la visibilité de l’ouvrage.

L’ensemble des treize textes concerne le monde gréco-romain, à l’exception des deux contributions qui ouvrent et ferment l’ouvrage. La première et la dernière élargissent en effet la réflexion vers le monde égyptien pour l’une, en amont, et pour l’autre, en aval, vers la signification philosophique et théologique de la création en milieu syriaque.

D. Salvoldi (« ‘Su di me allarga le tue ali come le Stelle Imperiture’ : gli astri nelle poesia egiziana antica ») centre son étude sur des extraits des Textes des Pyramides à propos du devenir du défunt après la mort dans la région céleste de Sirius / Orion, qu’il fait suivre d’extraits de poèmes ressortissant à la lyrique amoureuse : ces extraits ne sont pas de même nature et sont réunis un peu artificiellement par l’évocation d’astres ou d’entités célestes. Enfin, les cinq illustrations, en fin d’ouvrage, ne paraissent pas utilisées dans l’article. Nous entrons dans le monde grec avec F. Pontani (« ‘Vaghe stelle dell’Orsa’. Un nuovo frammento di lirica corale ») qui étudie une scholie de l’érudit A. Damilàs (XIV-XVe siècle) aux vers 272-275 du livre V de l’Odyssée, où il est fait étrangement allusion à la Sibylle en contexte astronomique et qui contient vraisemblablement une citation poétique dont la restitution textuelle et métrique ainsi que l’attribution restent assez incertaines. Ce sont encore des problèmes textuels qu’essaie de résoudre D. Amendola (« Lo σφαιρικὸς λόγος del Περὶ τῆς Νεστορίδος di Asclepiade di Mirlea (F 4 Pagani) : problemi testuali e interpretativi ») en étudiant le prologue du Περὶ τῆς Νεστορίδος d’Asclépiade de Mirléa et spécialement l’association de la coupe de Nestor à la forme sphérique du cosmos. M. Menchelli (« Gli inverni delle Pleiade : lessico astronomico nel λόγος οὐράνιος dell’Assioco e nell’Accademia ellenistica ») se propose d’étudier la partie plus proprement astronomique de l’Axiochos, la place du λόγος à l’intérieur du dialogue et du discours au sein de l’Académie hellénistique. Dans ce contexte, l’auteure juge utile de mettre le λόγος en parallèle, assez artificiellement à mes yeux, avec une épigramme transmise dans les manuscrits de Ptolémée, chez Sinésius et dans l’Anthologie Palatine, et qui met en relation la contemplation du ciel et l’âme humaine.

Passons à la tradition latine : après la précédente analyse très approfondie (p. 87-159) d’une chercheure confirmée, nous passons à la tradition latine avec l’étude d’un fragment des Aratea de Cicéron par S. Ottaviano (« ‘A Ioue Musarum primordia’. I frammenti degli Aratea di Cicerone »), à savoir l’aspect des deux Ourses qui se trouve dans le De natura deorum (2, 106-108 = fragm. VIII-X Soubiran), à la suite duquel ont été reconstruits trois fragments des Aratea correspondant aux v. 49-63 des Phénomènes, ce qui permet à l’auteure d’étudier la méthode de traduction de Cicéron et de discuter de l’histoire du texte en se référant aux manuscrits. Ce sont toujours des Aratea de Cicéron que traite une courte étude de D. Pellacani (« La descrizione dell’Ofiuco negli Aratea di Cicerone [frgg. 14-15 Soubiran] ») : cet éditeur des Aratea cicéroniens en italien montre l’effort de traduction de l’Arpinate pour restituer en latin, dans la peinture d’Ophiucus, debout sur le Scorpion, la dimension poétique, mais aussi la tendance à animer le cosmos, qui témoignerait de la tentative du traducteur de dépasser la statique du monde. À mes yeux, il s’agit plutôt de peindre une constellation telle qu’on peut la voir sur une sphère pleine (dont on trouve d’ailleurs deux exemples, à la fin de l’ouvrage). On passe ensuite aux Aratea de Germanicus avec A. Santoni (« Aspetti della mitologia celeste negli Aratea di Germanico : a proposito di Engonasi, Orse, Auriga ») qui s’intéresse à la mythologie du ciel, et ce à partir de l’étude de trois constellations : Engonasis (l’Agenouillé), les Ourses et le Cocher. Bien qu’associée à la figure d’Hercule par Ératosthène, la figure d’Engonasin reste, comme dans le modèle grec, anonyme avec un nom qui désigne sa position agenouillée. Les Ourses sont ensuite évoquées dans une perspective jugée plus astrologique (ce qui est d’ailleurs discutable, car ce n’est pas parce que l’astrologue Firmicus Maternus dit lui aussi que les Ourses font tourner le monde que c’est nécessairement astrologique), avec une certaine liberté par rapport à l’original grec. Quant à la dernière constellation, la peinture qu’en fait Germanicus est influencée par les représentations figurées dont on trouve quelques exemples à la fin du volume, ce qui corrobore ma précédente remarque sur l’importance des représentations célestes en lien avec le texte aratéen. Nous y reviendrons.

Quant à la tradition indirecte des Phénomènes d’Aratus, elle est étudiée par un chercheur qui a beaucoup publié dans ce domaine : Cr. Castelletti (« Nel solco di Arato : lasciare il segno scrivendo con le stelle. Esempi da Apollonio, Virgilio, Valerio Flacco e Stazio ») part du principe que les constellations sont une sorte d’écriture céleste, ce dont l’auteur va d’abord donner quelques exemples d’acrostiches en boustrophédon ou de nature syllabique chez Virgile. De même Valérius Flaccus, dans le passage où les Argonautes, bloqués sur l’île de Lemnos, se laissent séduire (2, 357-377), aurait inséré sa propre sphragis d’une manière finement élaborée, ainsi que Stace dans sa Thébaïde (1, 370-389). L’auteur donne ensuite des exemples de technopaignia : dans le monde grec, Apollonius de Rhodes, dans les Argonautiques (3, 997-1004), évoque la Couronne boréale comme une couronne qui porte le nom d’Ariane et de fait, dans une illustration en fin de volume, il distribue les différentes lettres qui composent le nom d’Ariane sur chaque étoile de la constellation. F. Guidetti (« Manilio e la teologia del Pricipato. Per l’interpretazione di Astronomica I, 798-804 ») s’éloigne de la représentation des astres pour étudier le passage qui clôt le livre I des Astronomica et concerne la Voie lactée : c’est en philologue que l’auteur étudie l’histoire du texte latin et ses émendations, avant d’en faire un commentaire approfondi, d’où il ressort que le texte manilien est d’une extrême complexité sur les plans syntaxique, stylistique et, corrélativement, sémantique. On revient ensuite, avec E. Berti (« Avieno, Arato e i Catasterismi »), à la tradition aratéenne avec le troisième traducteur latin des Phénomènes, Aviénus : on nous propose une focalisation sur plusieurs passages – les Ourses et le Chariot (v. 99-123), l’Agenouillé (v. 169-193), les Pléiades (v. 568-604), la Lyre (v. 618-631) – pour montrer que les fables mythologiques structurent la composition et l’orientation poétique, et ce en lien avec les modèles. L. Ruggieri, quant à lui, (« Osservazioni sulla metrica del Περὶ Καταρχῶν di Massimo ») propose une étude métrique d’une telle technicité qu’elle dépasse mes compétences scientifiques.

S. I. M. Pratelli enfin (« ‘Il cielo e il firmamento sopra di noi’. Astronomia, fede e ragione nel siriaco Libro della causa di ogni causa ») nous fait voyager dans le temps et l’espace en nous faisant découvrir un traité au sujet théologique et philosophique écrit en syriaque autour du XIe siècle : l’auteur évoque l’histoire de ce texte ainsi que son contenu, avant de se focaliser sur le traité 5 où sont brièvement décrits la structure du ciel (c. 3-6) et les phénomènes célestes – en particulier les éclipses.

Bref, c’est essentiellement en philologues que les différents contributeurs à cet ouvrage traitent de la « poésie des étoiles entre Antiquité et Moyen Âge » ; les remarques les plus érudites concernent l’histoire de textes dans lesquels les références astrales apparaissent au détour d’une glose. S’agissant de la tradition aratéenne, le lecteur s’aperçoit vite d’analyses parallèles sur un même objet d’étude – par exemple les Ourses ou l’Engonasis-Hercule –, et il aurait été intéressant de mettre en perspective des traductions latines différentes (on a la chance d’en avoir trois – voire quatre si l’on compte l’Aratus Latinus d’époque tardive) d’un même passage grec. Les analyses, dans l’ensemble, n’apportent pas grand-chose de nouveau : on sait, par exemple, depuis fort longtemps (cf. Georg Thiele, Antike Himmelsbilder, Berlin, 1898) que la littérature aratéenne est indissociable d’une transmission figurée ; du reste, l’état fragmentaire des Aratea cicéroniens est lié à une transmission du texte étroitement associée à l’image, voire à une transmission où le texte épouse la forme de la figure stellaire, comme des calligrammes (cf. BM ms latin Harleianus 647).

Bref, le lecteur a plaisir à lire les contributions de ce volume, même si ce dernier ne saurait satisfaire toutes les attentes de lecteurs curieux d’astronomie antique.

Béatrice Bakhouche, Université Paul-Valéry Montpellier 3

Publié en ligne le 12 juillet 2018