Rémy (B.), Desaye (H.), Dalaison (J.), Antonin Le Pieux vu par les textes antiques (138-161). – Paris : Errance, 2012. – 128 p. : bibliogr., index, ill., glossaire – (Bibliotheca ). – ISBN : 978.2.87772.487.6.

Ce bref ouvrage fait suite à celui que l’un de ses auteurs, Bernard Rémy, a déjà publié sur Antonin le Pieux (Antonin le Pieux. 138-161. Le siècle d’or de Rome, Paris, Fayard, 2005), et qu’il est, du reste, explicitement destiné à compléter. Celui-là était un exposé ; celui-ci est une récapitulation des sources de notre connaissance sur la biographie de l’empereur et les divers aspects de son règne. La formule « les textes antiques » contenue dans le titre doit être entendue dans son sens le plus large. Car les documents rassemblés, au nombre d’environ trois cents, sont de tous ordres : extraits d’Tmuvres littéraires ou de recueils juridiques, mais aussi « sources primaires » (p. 9), c’est-à-dire épigraphiques, papyrologiques, et même numismatiques. Leur présentation suit un ordre à la fois chronologique et thématique puisqu’elle s’organise, entre une introduction résumant les principales sources et les jugements portés sur Antonin le Pieux, et une conclusion constituée de quelques extraits d’historiens anciens, en huit chapitres (qui n’en portent pas le nom), eux-mêmes divisés en de multiples rubriques : Visions croisées entre tradition et réalité d’un richissime aristocrate d’origine nîmoise : Antonin avant son avènement ; Un début de règne chargé et mouvementé ; La fonction impériale et l’entourage institutionnel ; Antonin au pouvoir : un empereur efficace ; Antonin évergète ; Antonin et la religion ; Antonin intime : entre rigueur et simplicité ; La mort d’Antonin. L’ensemble est complété par plusieurs annexes (chronologie, arbres généalogiques, glossaire, biographies des auteurs antiques utilisés, sources antiques, bibliographie, index), qui occupent à elles seules près du tiers du volume. Le reste se distingue par deux caractéristiques : d’une part, tous les textes, quelle que soit leur origine, ne sont donnés qu’en traduction ; la grande majorité d’entre eux, d’autre part, sont accompagnés d’indications explicatives, brièvement insérées entre crochets ou plus longuement développées à leur suite.

Ce sont d’ailleurs ces ajouts qui soulèvent le plus de questions. La plupart ont sans doute leur justification, compte tenu, surtout, du public visé, qui, s’il n’est pas clairement déterminé, n’est vraisemblablement pas constitué de spécialistes, puisque se trouvent expliqués à son intention des termes tels que « colonie », « immunité » ou « plébéien ». D’autres, pourtant, se révèlent inutiles (p. 19 …), voire inappropriés, à la place qui est la leur (p. 20, p. 24 …), ou manquent de clarté (p. 31 n. 7 …). Ne sont pas rares les expressions peu heureuses (faire usage de modestie p. 37 …), parti-pris surprenants (une défense des combats de gladiateurs p. 64-65 …), définitions réductrices (celle des sophistes comme de « prétentieux et redoutables personnages qui se croyaient tout permis et s’autorisaient à traiter d’égal à égal avec leur souverain » p. 84 …) et indications erronées (le scandale des Bacchanales est à situer en 186 av. J.-C. et non en 166 comme il est indiqué p. 73 …). Les seuls documents auraient dans ce cas été suffisants. Mais eux-mêmes peuvent aussi susciter quelques réserves. Un philologue déplorera que la révision dont les traductions ont été l’objet ait laissé subsister quelques inexactitudes plus ou moins importantes (p. 37 : per biennium traduit par « deux fois » …), ne les ait pas ou mal corrigées (p. 38, scatebra, sans être exactement le « pullulement » de la traduction de référence, n’est pas non plus le « déluge » qui le remplace …), ou en ait introduit (p. 47, prouidentia rendu par « clairvoyance », p. 51, des verbes au parfait presque tous traduits par des formes de plus-que-parfait, p. 84 l’ablatif protecteis traduit par « dans les grandes surfaces » …). Il est juste, toutefois, de reconnaître que ces insuffisances demeurent limitées et n’entravent pas véritablement la compréhension. Certaines options, en revanche, ne manqueront pas de surprendre ou de dérouter un lecteur moins averti, confronté à une expression parfois étrange. Car, si les auteurs ont eu à coeur de mettre les textes à la portée de leur public, ils ont aussi, paradoxalement, très souvent renoncé à donner des équivalents, soit en francisant (discession p. 35, pollicitant p. 100 …), soit en conservant simplement dans un texte français des termes tels que dignitas (p. 34) – et cela quand il s’agit précisément de mots parmi les plus difficiles à comprendre, recouvrant des réalités éloignées du monde moderne. « Réalités » est bien le terme-clé dans un recueil de sources. Dès lors, la place réservée au discours En l’honneur de Rome d’Aelius Aristide, fréquemment cité, est sans doute excessive. Le texte peut-il être considéré, parce qu’il contiendrait « une foule de renseignements sur le monde romain du milieu du IIème siècle » (p. 105), comme un document sur l’action d’Antonin le Pieux et l’état de l’empire, quand il ne mentionne aucun nom, aucune institution, et décrit à l’évidence un monde idéal, avec si peu de précision que la date même de sa composition n’a pas été fixée avec certitude ?

Reconnaissons, toutefois, que c’est là le seul choix contestable dans un recueil qui se distingue par la variété et la pertinence des éléments rassemblés. Le souci apologétique animant les auteurs, qui, sans jamais citer aucun jugement même partiellement négatif, soulignent à plusieurs reprises les mérites d’Antonin le Pieux, toujours rangé parmi les bons empereurs ou opposé aux mauvais (p. 48, p. 51, p. 54, p. 70 …), et le bonheur de ses sujets reste assez discret pour ne pas empêcher que ce livre rende des services tant à ceux auxquels il s’adresse, étudiants, dont il facilitera l’étude, ou amateurs, dont il pourra combler la curiosité, qu’à des lecteurs plus éclairés, qui pourront éventuellement y trouver d’utiles références pour leurs recherches futures.

Nicole Méthy