SEIA, N.S. XV-XVI, 2010-2011. – A cura di F. P. Rizzo. – Macerata : Eum, 2013. – 110 p. : ill. – (Quaderni del Dipartimento di Scienze Archeologiche e Storiche dell’Antichità, ISSN : 1126.3393 ; XV-XVI). – ISBN : 978.88.6056.348.4.

L’intérêt pour la villa de Piazza Armerina et son territoire ne n’est jamais démenti depuis le dégagement complet de la demeure, malheureusement opéré de manière beaucoup trop rapide dans les années 50. Après les premiers travaux stratigraphiques d’Andrea Carandini pour tenter de préciser la datation dans les années 70, colloques et journées d’études se sont succédé, sur le plan local et international, ouvrant des discussions âpres sur la chronologie de la villa et de ses pavements. Les nouveaux sondages du Surintendant de Miro au début des années 80 avaient déjà bien entamé les certitudes des tenants d’une réalisation de la villa en une unique campagne de travaux. Les publications se sont multipliées depuis les années 2000, sans compter la parution d’un nouveau guide de visite, illustré de parlantes reconstitutions en images de synthèse[1]. Les deux journées d’étude organisées à épigra en 2010 autour de la villa et de son environnement dans le centre de la Sicile ont trouvé leur juste place dans la série des volumes de Seia. Elles bénéficient des avancées apportées par les nouvelles fouilles promues par l’université de la Sapienza de 2004 à 2010 – et qui se sont poursuivies – sous la direction de Patrizio Pensabene. Alors que paraissait l’année dernière chez Picard une nouvelle synthèse sur la villa du Casale, sous la plume de Brigitte Steger, le volume prend pour l’histoire de la villa un indéniable intérêt, en particulier pour les spécialistes d’architecture domestique.

Après un mot d’introduction de Maurizio Oddo, Francesco Paolo Rizzo, responsable de la publication, place les journées de 2010 dans la longue ligne des rencontres de l’Université de Macerata depuis 1964. Le volume de 352 pages, illustré en noir et blanc, propose pas moins de 15 communications. Nous nous pencherons tour à tour sur elles dans l’ordre du livre, mais en insistant plus particulièrement sur les avancées et hypothèses nouvelles proposées sur la villa tardive du Casale au centre des préoccupations de ces journées. Pour éviter les confusions sur les salles de la villa décrite, en cas de besoin, j’utiliserai la nomenclature du plan d’ensemble récent de P. Pensabene (fig. 2 p. 90, repris du plan de Gentili plus lisible, fig. 1, p. 152).

Ernesto de Miro, dans son introduction, rappelle les triples objectifs de l’équipe de Pensabene et de la Sapienza en reprenant à partir de 2004 le chantier de la célèbre résidence : l’étude de l’implantation antérieure à la villa tardive, les interventions de restauration et de reconstruction lors de la phase d’apogée, les étapes de l’implantation byzantine et médiévale. Il commence un bilan historiographique sur les avancées depuis ses propres travaux archéologiques qui ont fait progresser la chronologie et anticipaient les découvertes des nouvelles fouilles. Il revient opportunément sur ses résultats dans les années 80, après les sondages réalisés par Carandini (MEFRA 71) : les fouilles dans le dit recinto (12) et dans la cour d’entrée (10), en lien avec d’un côté les grands thermes et de l’autre la cour ovoïde du triconque. Il insiste sur un point‑clef, sur lequel on reviendra plus bas : l’individualisation d’une phase intermédiaire entre la villa rustica déjà entrevue et la villa du IVe siècle. Dans son bilan, il pose quelques-unes de ses actuelles convictions. Les propriétaires de la villa, présents dans les peintures de l’arc monumental d’entrée et au centre de la mosaïque de la Grande Chasse, appartiennent à l’aristocratie sénatoriale, partageant leur existence entre l’otium et la gestion de leur latifundium productiviste. Il souligne avec raison que l’identité du propriétaire, au-delà de l’exercice d’érudition prosopographique, recèle des clefs sociologiques et chronologiques pour comprendre la floraison d’une telle résidence. Il rappelle aussi que la chronologie constantinienne est possible mais qu’une chronologie plus basse, sous Constance II – vers les années 360 – peut être envisagée, en raison notamment des observations de Lugli en son temps, sur le mode de construction du triconque et de la cour ovale de la villa. Les fouilles de E. de Miro avaient mis en évidence des indices : au niveau de réaménagement de la petite cour (10) et dans la fondation du mur de jonction de l’abside nord du triconque et du grand péristyle[2]. En 1983, on considérait déjà que les travaux s’étaient étalés sur un demi-siècle au moins, de Constantin à la période de Constance II, mais sans oser aller relativement plus tard. Nous verrons plus loin que la chronologie a été encore affinée depuis, en abordant les conclusions de P. Pensabene.

Mais pour Miro, l’avancée essentielle des fouilles de Pensabene reste la découverte vers le sud, près du bâtiment quadrangulaire (12) – là où le premier, il avait pratiqué des sondages novateurs – d’une autre grande salle allongée symétrique, divisée en trois nefs par des piliers. Elle est identifiée à des magasins pour produits agricoles, déterminant la pars fructuaria de la villa, dans le secteur au sud. Dans la continuité de ces deux entrepôts a commencé à émerger un second établissement thermal – dit aujourd’hui thermes du Sud– que Miro dit consacré au personnel dépendant et aux colons (p. 24). Ces découvertes changent complètement la vision de la villa dont le caractère de résidence d’otium est contrebalancé par la présence d’une importante partie à caractère agricole.

L’entrée principale aurait donc été entourée très tôt d’aménagements de services.

Ces données, de nature économique et sociale, enrichissent la compréhension du site et rééquilibrent le profil de la villa dont le caractère de représentation et cérémoniel prévalait dans les études précédentes. L’arc solennel d’entrée, au fond de la perspective sert donc de limite entre deux espaces complémentaires mais bien distincts. Les bâtiments en cours d’étude seraient ceux liés à la gestion d’une vaste propriété terrienne, avec des services touchant à la production, la distribution et l’entretien journalier des employés et des esclaves. Les dernières fouilles semblent bien confirmer la proposition de Pensabene que la villa du Casale est configurée aussi comme une résidence administrative, ce qui expliquerait la présence de la grande aula à abside, nécessaire pour des audiences du dominus. Reliée à l’activité productrice, la villa se place ainsi au cœur d’un ample latifundium.

La villa tardive est fréquentée sans discontinuer, avec une prévalence agricole pendant la période byzantine sur la fonction résidentielle, dans le courant des VIe et VIIe siècles. Les nombreuses lampes de cette époque découvertes dans les strates au-dessus des pavements, en attestent, notamment dans le frigidarium des thermes, transformé peut-être en oratoire. Le lieu prend alors un caractère fortifié, avec une sorte d’enceinte. Après les siècles obscurs des VIIIe et IXe-Xe s., il faut attendre la fin du Xe siècle et la période arabo‑normande pour voir la vie reprendre sur le site sur deux siècles, pendant lesquels l’extension de l’implantation couvre la villa proprement dite mais aussi de vastes zones au Nord comme au Sud. L’abandon définitif est placé sous Guillaume II (1166-1189).

Patrizio Pensabene propose ensuite un bilan analytique précis de l’intervention de ses équipes de l’Université de la Sapienza, depuis la reprise des fouilles, entre 2004 à 2010 (p. 31‑99). Il redonne une utile présentation de sa vision du fonctionnement de la villa et de ses différents espaces : il estime par exemple la capacité de la grande basilique à 300 personnes et celle du triconque à 60 convives (ce qui ferait environ 7 à 8 sigmas à placer, de 7 à 9 places). Pensabene rappelle aussi l’organisation logique des trois terrasses de la villa – dont la structuration contraignante pour la réalisation de la villa avait déjà été soulignée par Noël Duval. Il montre le lien étroit avec l’adduction et l’évacuation des eaux des nombreuses fontaines et bassins du domaine. Il propose d’inverser l’attribution des appartements des maîtres au dominus et à la domina par rapport à celle de Carandini en 1982 – sans que dans aucune des deux solutions, ces dénominations ne reposent finalement sur des arguments décisifs. La présence de la scène homérique d’Ulysse face au Cyclope doit‑elle être reliée à la question de l’hospitalité ? C’est possible. Je reste toujours réservé sur le principe de chercher ici une hiérarchie systématique entre le décor et la fonction de pièces (motifs géométriques et figurés, types de représentations mythologiques / chasse et pêche etc). Mon expérience des sites du monde méditerranéen démontre une infinité de variantes thématiques. Tout au plus peut‑on considérer qu’ici certaines salles ont gagné en luxe, par des placages de marbre aux murs, postérieurs aux peintures : c’est loin d’être la majorité des cas et l’on ne voit pas de logique se dégager de ces embellissements ponctuels. Pour Pensabene, le rôle non seulement résidentiel mais aussi de représentation de cette villa est essentiel : salle d’audience et salle de banquet dominent incontestablement le plan. Il pense même, en s’appuyant sur les considérations de D. Scagliarini, que la villa pourrait être le siège d’un officium (p. 33), d’activité administrative en rapport avec le domaine, les vici et les communautés dépendantes. Mais encore faudrait-il préciser le type de public accueilli dans ces luxueux espaces. Comme j’ai pu le souligner ailleurs, je ne suis pas certain que les grandes basilicae à la campagne aient systématiquement joué exactement le même rôle politique que dans les centres urbains. La place des clients (locaux ?) par rapport à ceux qui suivent leurs patrons sur les domaines et viennent des cités n’est pas claire – les sources nous décrivent les seconds aux IVe et Ve siècles. Ces clients « accompagnateurs » des cortèges des élites étaient choisis. Mais qui des niveaux inférieurs de la société était autorisé à côtoyer l’intimité de la villa ? Le dominus règle‑t‑il véritablement les affaires matérielles et judiciaires (?) du domaine au cœur de la villa ? J’aimerais que des sources nous en informent davantage pour me prononcer. Or, dans les textes descriptifs de villas tardives que nous possédons, rien ne l’affirme expressément.

Pensabene poursuit avec un sujet qui lui est cher : celui des marbres employés, détaillant les catégories des près de 83 fûts de colonnes, mais aussi détermine la qualité des pierres (granit gris, brèche de Skyros, bigio venato d’Hippone, albâtre, quelques-unes de Proconnèse), insistant sur la qualité particulière des deux paires de colonnes monumentales qui flanquent l’entrée de la basilica et du triconque, en granit de Troade et Syénite. Les chapiteaux du péristyle, corinthiens, que l’on ne peut placer au-delà du IIIe siècle, sont en revanche de marbre d’importation orientale et de remploi. Le propriétaire a pu dans cette zone éloignée et centrale de la Sicile, s’offrir en raison de son rang social du marbre en abondance, pas forcément parmi les plus précieux, souvent de réutilisation et de tout type, sans doute prélevé dans des magasins de stockage. Cela soulignerait en revanche, pour les questions de transport notamment, ses accointances avec le pouvoir central, éventuellement le cursus publicus (?). Beaucoup de revêtements sont remployés, souvent dans un rôle très différent, comme l’illustre le chapiteau de lésène réutilisé pour une vasque dans les latrines (fig. 4, p. 91) ou l’emploi de certains morceaux de porphyre.

Pensabene s’attarde ensuite sur l’interprétation de certaines peintures de la villa, dont l’étude a été entièrement reprise. On a depuis longtemps souligné l’originalité de l’entrée monumentale, dont la ressemblance avec un arc de triomphe à trois baies est nuancée par la présence des bassins d’ornement sur les deux faces. Après réexamen, on a relevé de chaque côté de la porte, la partie inférieure de grands personnages, que Pensabene voit en costume militaire et munis d’une probable canne. Ils encadrent les longs panneaux rectangulaires où sont représentées des enseignes militaires déjà connues qui portent, dans des phalères, les « portraits » de quatre personnages (fig. 6 p. 92). Autrefois, avec Gentili et d’autres, ces derniers avaient été interprétés comme ceux des Tétrarques, dans les nombreuses tentatives de faire de la villa un site de retraite impérial. Selon Pensabene, les quatre médaillons doivent être associés à la présence des personnages campés avec leur canne, flanqués des insignes militaires. Ils font effectivement curieusement écho par leur position et leur costume au groupe de personnages placé à l’entrée de la grande basilica dans la mosaïque de la Grande Chasse. Pour Pensabene, ces images rappellent le rang élévé du propriétaire et son implication dans de hautes charges militaires. Elles correspondraient aussi au mouvement de réattribution de charges militaires aux sénateurs sous Constantin. Le style de ces peintures les place dans le goût des grandes compositions, trop rares malheureusement, du type des peintures du Latran de la Domus Faustae ou de la Chapelle aux Enseignes de Louxor en Égypte. Elles seraient, en tous les cas, réalisées dans un désir de célébrer les propriétaires de la demeure. Moins connue en revanche est la découverte de traces de la représentation de cavaliers, hauts d’environ 1,50 m, sur le mur d’enceinte, à l’angle de la porte : on en conserve les membres inférieurs d’une monture et un des pieds de son cavalier, le tout dans des encadrements rouges. Pensabene insiste sur la composante « militaire » de ce décor, dont on retrouve selon lui une autre manifestation sur les murs du grand péristyle. Dans des cadres successifs sont peintes des séries de soldats en pied, armés de deux javelots et munis de larges boucliers qui les cachent. Ces derniers sont décorés de façons différentes, semblables à ceux de certains personnages de la Grande Chasse, rappelant peut-être les différentes vexillations, en s’appuyant notamment sur les exemples de la Notitia Dignitatum. On doit préciser que ces personnages de soldats ont été peints dans une seconde phase du décor des murs. Le décor de la première phase, piqueté, est endommagé. Selon Gentili, le décor aurait pu reproduire le précédent et Pensabene reprend cette hypothèse. Ces hommes en armes accompagnaient de leur forte présence tout visiteur remontant le péristyle pour se rendre au corridor de la Grande Chasse précédant la grande basilique. En tous les cas, ce décor de séries d’hommes en armes serait contemporain de la restauration de la zone sud de la villa. Il renvoie autant aux « safaris » de capture d’animaux décrits dans la Grande Chasse qu’à l’importance du cursus honorum du propriétaire. Les deux personnages campés devant l’entrée de l’aula basilica seraient, pour Pensabene, les représentations simplifiées des deux propriétaires, peut-être le père et le fils, qui avaient non seulement endossé des charges militaires importantes, mais aussi celle de Préfet de la Ville, comme le souligne la représentation particulière du grand Cirque de Rome, déjà largement commentée.

Soulignant un autre point important sur la chronologie relative des phases de constructions, Pensabene explique que le niveau du sol de la grande cour externe (1), de la porte monumentale et celui de la cour intérieure polygonale (2) furent abaissés, alors que dans cette seconde phase, on ajoutait le xyste ovale (44) et le triconque qui le domine (47). On a de plus retrouvé sous le pavement du xyste et sous l’espace « charnière » entre le grand péristyle (30 et 46) et l’espace du triconque, ainsi qu’au nord du nymphée qui lui fait face (en 43), les vestiges d’une grande cour rectangulaire : ce point est essentiel dans les nouveaux développements sur la chronologie relative de construction des différentes parties de la villa. Cette cour remonterait à la période constantinienne (datation par des monnaies autrefois découvertes lors des fouilles par Miro). Ces structures furent arasées pour laisser la place au nouveau complexe du trichorum monumental. Ce sont ces vestiges qui avaient conduit E. de Miro à placer le triconque dans une seconde phase d’édification (réflexions publiées lors de la réunion de l’École de perfectionnement en archéologie classique de l’université de Catane, parues en 1988, p. 58‑73, not. p. 67).

Sur la question des propriétaires, après avoir repris les propositions déjà évoquées par Miro, Pensabene insiste sur l’hypothèse des Sabucii dont le gentilice est connu comme celui de grands propriétaires terriens siciliens, liés avec les Postumi, en nommant en particulier Sabucius Pinarius, clarissime, connu par un médaillon contorniate de 410 et parent des Valerii, en particulier de Valerius Pinarius, préfet urbain de 385-387, oncle de la fameuse Mélanie la Jeune, dont le luxe de la villa de Sicile est bien connu. Valerii et Ceionii étaient bien apparentés à la fin du IVe siècle. On pourrait rechercher dans les relations parentales des Postumii des possibles propriétaires de la villa. En tous les cas, il faut selon lui les rechercher parmi les personnages en vue ayant résidé à Rome et ayant tenu de hautes charges dans l’administration impériale.

Sur les traces de la villa antérieure, Pensabene rappelle que les vestiges de la villa rustica, attribuables aux IIe-IIIe siècles, ont été aperçus ou dégagés sous l’ensemble des structures de la villa tardive. Elle s’étageait de la même manière sur les différents niveaux de la pente naturelle (sur cette question, cf. aussi la communication de Paolo Barresi). Puis il reprend plus particulièrement le thème des rencontres, à savoir l’enracinement de la villa dans son territoire. Il rappelle que la massa Philosophiana, le domaine, possédait un pôle habité dans le lieu de Sofiana, près de Mazzarino. Ce centre ancien, né d’après les fouilles de 1988‑1990 par F. La Torre à l’époque augustéenne, avait une implantation orthogonale et fut entouré de murs. Il fut détruit dans les dernières décennies du IIIe siècle. À l’époque constantinienne, y fut rebâti un établissement de bains, l’ensemble portant le nom de Gela in Filosofiana (la Gela sive Filosofianis de l’Itinéraire Antonin). À l’époque tardive, Sofiana était donc la mansio d’une massa à laquelle appartenait aussi la villa du Casale, distante de 5 km à vol d’oiseau. Une voie secondaire devait relier la villa à la mansio située sur la route Catane-Agrigente. Le développement spectaculaire du domaine doit être relié à l’intérêt économique renouvelé pour les terres à céréales de Sicile, entre les IIIe et IVe siècles, alors que le blé d’Égypte était progressivement détourné pour alimenter les diocèses d’Orient et la nouvelle capitale Constantinople. En plus des découvertes maintenant anciennes de Tellaro et Patti Marina, les nouvelles villas apparues de Gerace (cf. infra) et Rasalgone, placées toutes les deux dans la même fourchette des IIIe-IVe siècles confortent cette tendance. Sur le territoire d’Enna, la villa de Piazza Armerina n’était pas unique. Comme D. Vera et G. Volpe ont pu le démontrer pour l’Italie méridionale, en particulier les Pouilles, les grandes propriétés terriennes n’étaient pas d’un seul tenant, mais pouvaient être constituées d’unités de production de petites ou de moyennes dimensions, pas nécessairement limitrophes compte tenu du saltus de chacune d’elles. J’insisterai comme Pensabene, sur un fait essentiel qui ressort : la résidence temporaire des propriétaires sur les domaines. Cette présence est liée à des saisons précises, pour le loisir, « philosophique » pour les plus intellectuels certes (cet otium qui explique sans doute l’origine du nom du domaine), pour l’entretien et le suivi des travaux de restauration ou d’embellissement. Mais aussi cette présence saisonnière est faite pour la gestion agricole du domaine, avec l’intention de rusticari, de « faire les campagnards » – selon la formule de Symmaque lui-même – pour profiter de la nature et de ses dons, avec le temps de la chasse et des récoltes.

Les nouvelles fouilles ont apporté plusieurs avancées considérables. D’une part, elles ont attesté de la présence d’un quartier de services au sud de la villa résidentielle. Déjà mis en avant par Miro et supposés par Wilson, qui ne voyait pas comment la villa aurait pu fonctionner sans, les fouilles ont révélé les deux grands bâtiments à trois nefs symétriques le long de l’esplanade d’entrée. Désormais à la fonction résidentielle doit s’ajouter un versant productif et administratif complexe. Connu par les descriptions des agronomes, comme Columelle, ce type de structure a été identifié aussi par des fouilles d’un édifice similaire à Tor Vergata dans le suburbium de Rome[3]. D’autre part, un édifice de petits thermes – maintenant complètement dégagé – était en train d’apparaître. D’autres structures ont été fouillées qui ont fonctionné pendant la période proto-byzantine des Ve et VIe siècles, comme en témoigne une brique perforée, du type fenestella, (30 cm sur 36 conservés, ép. 4 cm) : elle comportait un décor de plusieurs croix associées à l’alpha et l’oméga et à des inscriptions (fig . 14, p. 96). Avec les 46 lampes de la fin du Ve au VIIIe siècle découvertes dans le frigidarium des thermes, elle s’ajoute aux rares traces de christianisation du site.

En ce qui concerne les restructurations, restaurations et ajouts au cours du IVe siècle, Pensabene souligne un point capital. Les recherches stratigraphiques d’A. Carandini avait calé la datation de construction au milieu de la période constantinienne de la villa, dans les années 320-330. Or, les sondages que ses équipes ont menés à l’occasion des grands travaux de restauration de la villa et de ses structures de protection ont permis de confirmer ce point. Les recherches ont été étendues sur une bonne part du périmètre externe de l’édifice.

Par ailleurs, la création du triconque et de son portique ovale est placée par Pensabene désormais dans la période théodosienne, tandis que des embellissements ont été effectués dans plusieurs zones à la même période : des salles des dits appartements du dominus ont été revêtues de marbre, sur la première couche de fresque, de même que les mosaïques pariétales de l’un des bassins du frigidarium. L’hypothèse de travaux dus au tremblement de terre de 365 est encore envisagée. Ce dernier aurait endommagé une partie de la villa et rendu nécessaire le contrefortement des absides, comme les renforts le démontrent. Les nouvelles élévations, comme celle du triconque, auraient d’ailleurs bénéficié par la suite d’une construction renforcée et de murs plus épais. Les structures de soutènement ont reçu un revêtement de peinture blanche, avec une bordure rouge horizontale qui indique cette phase d’intervention. La salle 15 – considérée habituellement comme une cuisine – ajoutée sur l’extérieur, est traitée de la même façon. Certains murs périphériques de la villa étaient même revêtus d’imitations de faux marbres et de motifs de jardins a graticcio.

Pendant la période proto-byzantine, la villa prend, comme on l’a vu plus haut, un caractère nettement fortifié, pour répondre à une période troublée, liée aux invasions des Wisigoths d’abord à la fin du IVe siècle, puis celle des Vandales dans le cours du Ve : on note le renforcement du mur extérieur du xystus (44), l’intégration des murs des aqueducs dans un système défensif, en laissant une seule arcade ouverte avec une porte installée à l’intérieur (fig. 15 p. 96). Cependant la villa maintient encore son caractère résidentiel : on répare les pavements et même on procède à quelques rares ajouts : près de l’escalier central menant à l’ambulacre de la Grande Chasse, est intégré un pavement de mosaïque nouveau : un canthare d’où s’échappent deux ‘tiges de millet’ et une inscription en mosaïque associée à des chiffres, peut-être une acclamation liée à un aurige, un certain Bonifacius (?). Les tapis des thermes sont régulièrement réparés et même rapiécés de nombreuses fois, indiquant un usage long. Pensabene rappelle pour cette fin de la période antique l’hypothèse de l’intervention dans l’histoire de la villa d’un important fonctionnaire, connu par la Vita de Saint Grégoire d’Agrigente, écrite par le prêtre Leontius, qui mentionne un exarque byzantin résidant à Filosofiana. Dans le cours du VIe siècle, le domaine est sans doute passé sous le contrôle de l’Eglise, et doit peut-être être identifié avec la massa Gelas signalée par Grégoire le Grand. De plus, les nombreuses découvertes de céramique ont permis de conclure que la nécropole au sommet du Mont Mangone qui domine la villa, comportait aussi une période byzantine (avec inscriptions en grec et en latin).

Pour étudier l’abandon de la villa, période négligée par les premières fouilles, Pensabene a fait étudier d’après la documentation ancienne et les rapports de fouilles la position des colonnes lors de leur effondrement et leur état plus ou moins enterré. Les colonnes du péristyle par exemple furent découvertes tombées quasiment directement sur les mosaïques, leur partie sommitale tournée vers l’intérieur du portique. Elles furent emportées par les récupérateurs surtout sur le côté occidental. En revanche, la plupart des bases attiques furent découvertes in situ, car les colonnes avaient été apparemment murées en partie et les bases étaient donc cachées. La découverte d’accumulation de marbres architectoniques loin de leur première localisation semble indiquer une activité de spoliation et de démolition volontaire, qu’il faut placer entre les VIIe et VIIIe siècles. Les colonnes du grand ambulacre ont été découvertes tombées sur une couche de remblai d’au moins un mètre d’épaisseur, qui ne contenait que des fragments de sigillée D, des fragments d’enduit peint et des morceaux de chancel de marbre. Le remblai formé sur le portique oriental du grand Péristyle indique cependant que l’écroulement de la colonnade de l’ambulacre est successif à celui du péristyle. Toutes ces observations permettent de se faire une idée de la manière dont le grand édifice s’est progressivement effondré sur lui‑même. Pour finir, Gentili avait noté que de petits empilements de plaques de marbre indiquaient des spoliations poursuivies à la période médiévale. Ce démontage fut heureusement très partiel et eut lieu bien après l’abandon de la grande résidence, alors qu’elle était déjà en partie enterrée : dans de très nombreux cas, les marbres ont été retrouvés dans leur position d’effondrement, ou sur une première couche d’abandon sur les mosaïques. La fin de l’article détaille ensuite les importantes avancées de la fouille sur l’occupation médiévale (liste par secteurs des découvertes p. 74-77), la typologie de l’habitat, son développement et les causes de son abandon qui correspond à un phénomène enregistré dans le reste de la Sicile à la fin du XIIe siècle.

En ligne directe avec la problématique du colloque, Domenico Vera reprend le dossier du contexte rural de la Sicile des IVe et Ve siècles. Rappelant selon l’expression de Rostovtzeff que les campagnes restent souvent « silencieuses et réservées » par rapport au monde urbain, l’A. dresse un bilan sur la propriété foncière et ses implications sociales.

Il rappelle d’abord à juste titre combien dans les plus de 3000 m2 de la villa les travaux agricoles et journaliers tiennent une place minime, illustrés tout au plus par des scènes de vendanges stéréotypées de putti occupés dans des pergolas de vignes. En opposition à la vision trop pessimiste d’une Sicile déprimée au Haut empire économiquement, il insiste sur la tendance contraire d’un renouveau dans les dernières décennies du IIIe siècle, comme on peut le voir par le nombre de villas découvertes autour de Piazza Armerina, vers Enna, Giarratana, Capo d’Orlando et Cefalù – sans compter la villa déjà importante, découverte sous la résidence tardive du Casale. Cet élan fut confirmé par les mesures administratives de la Tétrarchie et la nouvelle province instituée de Sicilia fut placée dans un vicariat associant les îles voisines et le centre et le sud de la péninsule italienne. Cette zone, ayant un lien spécial avec la capitale, constituait donc un territoire économique destiné à alimenter la Ville, au point qu’André Chastagnol en parlait comme une « annexe de Rome », tandis que l’appellation de regiones urbicariae et Sicilia diffusait exactement le même message. La repopulation des campagnes, l’augmentation du nombre de sites de fermes et de villages, l’existence de résidences de haut niveau correspond à une production de blé dominante, liée à l’exportation vers la capitale. Selon l’A., il n’est pas exclu que les importants profits commerciaux réalisés sur le marché-même de Rome n’aient pas profité aussi à des Siciliens. Cette croissance agricole de la Sicile est pleinement évidente dans les années 320-360. En témoigne l’embellie de Piazza Armerina ou des sites comme Tellaro et Patti Marina. On peut donc raisonnablement penser que des investissements importants dans la terre ont été entrepris en amont par les grandes familles nobiliaires romaines dès les premières décennies du IVe siècle. L’aristocratie de la Ville, même si elle disposait de propriétés dans l’ensemble de l’Empire, a concentré des investissements dans un triangle méditerranéen associant Sicile, le centre et le sud de l’Italie et enfin l’Afrique du Nord. Ce qui explique aussi l’intérêt de ces familles au gouvernement de l’île. L’A. insiste également sur la dimension de la propriété impériale sur l’île – riche au point qu’un rationalis de la res privata, spécialiste des questions financières, était nommé spécialement, sans doute aidé par un procurator, plus tourné vers la gestion – et sur sa progressive redistribution entre les catégories de possédants. Mais il a raison aussi de souligner le caractère latifondiaire et absentéiste de la propriété terrienne sicilienne – impériale comme sénatoriale, dont l’Église devait ensuite hériter. Elle exclut selon lui une gestion directe et demande donc la prise en compte de la participation des différentes composantes des notables siciliens, tous intéressés à récupérer des parts de revenus (p. 109). Cette remarque me semble essentielle dans la recherche si débattue du ou des propriétaires successifs de la villa de Piazza Armerina. Finalement, selon l’A., c’est le discours des hommes de la cité, selon la formule reprise de Rostovstzeff, qui a prévalu, moins celui des hommes des campagnes. Ce qui explique, selon lui, l’existence et le développement d’importantes familles aristocratiques provinciales. Pour lui, si l’on a cherché à associer le Casale à une famille aristocratique romaine, le critère est probable pour cette résidence de luxe, mais non désormais prévalent. L’appartenance à des élites locales est possible, comme on l’a supposé pour la villa bien étudiée de San Giovanni di Ruoti. Pour finir, l’A. souligne la discrétion des sources, y compris archéologiques, sur les paysans et les hommes qui faisaient fonctionner ces domaines, celui de Piazza Armerina compris. Pour cette dernière, les travaux recherchant la zone de services sont très récents. Selon les sources tardives, d’après Palladius par exemple, la villa ne dirige pas tant la production qu’elle en gère la rente naturelle. En dehors de quelques cas, la villa ne semble pas abriter ni diriger la main d’œuvre agricole, soit que les environs du domaine contiennent les installations productives, soit qu’elles soient dans des espaces périphériques (comme on le voit à la villa de Desenzano sur le lac de Garde), soit qu’elles soient complètement séparées de la résidence du dominus, comme à San Giovanni di Ruoti. Elles servent d’abord à accumuler un surplus destiné au commerce. Il semble qu’en Sicile, comme dans l’Italie centro-méridionale, on ait affaire à un modèle latifondiaire fractionné, c’est‑à‑dire de fundi agrégés, distincts mais compris pour des raisons cadastrales et fiscales sur un unique territoire civique. Ces fundi sont eux-mêmes divisés en lots inférieurs, leur revenu global se trouvant autour de 2 à 3 solidi annuels. En revanche, l’administration d’une massa est centralisée, faisant référence à un unique agrégat (portant le nom dérivé d’un gentilice et connecté aux principaux nœuds routiers). Le complexe de domaines possède comme centre physique une villapraetorium, avec production agricole, mais surtout possédant les structures pour accumuler la rente, et des bâtiments et services communs pour les colons. Pour terminer, l’A. mentionne l’un des rares exemples contemporains du Casale de description de domaine de l’époque – et nous le rejoignons aussi ici : celui de Sainte Mélanie qui est constitué d’une part d’une villa magnifique avec des thermes luxueux, de très nombreuses pièces et une sorte de parc de chasse ; de l’autre plus de 60 villulae, autant de fermes, cultivées par des familles nucléaires de 6 à 7 esclaves (Vita Mel. 18).

La communication suivante, de Giacomo Mangarano, se concentre sur les dossiers épigraphiques, reprenant pour commencer une hypothèse qu’il avait autrefois défendue autour de l’interprétation de la villa comme un praetorium, étroitement lié aux gouverneurs de la Sicile. En liaison avec le tremblement de terre attesté en 306/308, l’A. rappelle les noms qu’il avait avancés : deux correctores prov. Siciliae, Betitius Perpetuus Arzygius et Domitius Latronianus, connus pour leurs activités de constructions dans les cités après ce séisme et qu’il voit comme possibles responsables de la reconstruction monumentale de la villa du Casale. Il propose ensuite un bilan commenté des inscriptions découvertes dans la région mettant en scène de grands personnages de la période tardive. Il commente notamment l’intéressante inscription grecque de Flavius Felix Eumathios, de 434, concernant des thermes dit achilléens à Catane, restaurés avec l’aide d’un certain Flavios (?) —], architecte habile, tout en faisant faire des économies de bois de chauffage journalier, calculées, au bénéfice des curiales de la cité, responsables de cette prestation civique (p. 122‑123). Puis il rappelle une inscription elle aussi en grec, conservée au Palazzo Mattei de Rome, d’un certain Faustos, identifiable selon lui avec le préfet du prétoire Acilius Glabrius Faustus – dont il signale précédemment le rôle dans une novelle de Valentinien III du 8 juin 438. Faustus, préfet de la Ville pour la seconde fois, y magnifie sous la forme d’une épigramme, la restauration d’un bain ancien lieu de délices, effectuée par ses soins, indiquant au passage la présence de sa propre statue flanquée de deux effigies équestres des Dioscures (fig. 5-6 p. 128-129). Le texte démontre clairement la permanence de la culture grecque dans la haute aristocratie liée à la Sicile comme à Rome et l’utilisation décorative d’images de divinités païennes. Les éléments du dossier montrent une Sicile touchée à partir du IVe siècle par une alternance de moments de paix et de guerre, liées aux invasions, mais une province ne figurant pas parmi celles occidentales les plus déprimées : le système tributaire n’y semble pas plus lourd qu’au temps de la fin de la République et l’époque de Cicéron. La production de blé s’est maintenue à un haut niveau et répond désormais à la demande de plus en plus forte de Rome, compte tenu du détournement du blé d’Égypte vers l’Orient et Constantinople.

Pour sa part, Paolo Barresi, collaborateur de P. Pensabene dans les fouilles du Casale, propose une étude sur les modèles architecturaux de référence de la villa de Piazza Armerina. Il tire un bilan des principales théories et critiques proposées avant lui (Lugli, Carandini, Mansuelli ou Wilson pour ne citer qu’eux), s’arrêtant plus particulièrement sur la fonction des salles en fonction de leur situation, leur degré de luxe ou leur type de décor, apportant sa propre vision en renouvelant certains points de vue, discutant comme j’avais pu le faire l’attribution des appartements (en particulier aux enfants). Il souligne dans un bilan six points utiles: qu’on n’a plus besoin de chercher un modèle antérieur, en particulier dans les édifices impériaux ; que la villa appartient au type à péristyle, mais que ses dimensions la placent dans la catégorie supérieure, des sites comme Tellaro ou Patti Marina se définissant plutôt de taille moyenne ; que les types architectoniques (comme les couloirs à deux absides, la basilica ou le triconque) appartiennent à la sphère des villas de luxe tardo-antiques  ; que les modèles de référence des pièces d’apparat peuvent se trouver dans la dérivation des salles d’audience et de banquet développées dans les palais impériaux depuis le Ier siècle ; la villa se caractérise aussi par un refus de régularité géométrisante, préférant utiliser les terrasses sans chercher une uniformité particulière, privilégiant un système de pavillons ; enfin le caractère original de l’organisation de l’aula par rapport au péristyle qui ne se retrouve pas ailleurs – mais qui selon moi tient à des impératifs antérieurs, la terrasse du grand péristyle n’ayant pas été prévue à l’origine pour accueillir à son sommet une si grande salle de réception.

Son apport est surtout essentiel dans sa remise en cause de la chronologie avant le IVsiècle. Les murs entrevus de ce que l’on a appelé la villa rustica sont en pierre sèche, tandis que des structures sous-jacentes différentes car maçonnées au ciment, ont été découvertes dans plusieurs endroits de la villa. L’hypothèse d’une villa intermédiaire se dessine bien, entrevue par E. de Miro. Gentili avait pu démontrer la présence de thermes de même orientation dans un sondage entre le grand péristyle et les grands thermes. P. Barresi propose d’attribuer à une villa de phase intermédiaire non seulement la première structure thermale mais les murs découverts par Carandini sous le grand ambulacre, et deux pièces découvertes par E. de Miro entre le péristyle et le portique du xyste du triconque (p. 144-146). Par ailleurs, sous le laraire (9) dans l’axe du vestibule, avait été découverte une fondation semi-circulaire, attribuée à une abside-fontaine du type de celles définies en son temps par R. Rebuffat dans l’architecture domestique africaine. Or cette fondation est bien reliée à celle du grand péristyle. L’A. propose donc de voir dans ce péristyle orné d’une abside-fontaine la cour de la phase intermédiaire de la villa, sur laquelle fut rebâtie la villa que nous connaissons. On doit d’ailleurs se demander à quelle phase remonte l’ajout du laraire : début du IVe siècle ou plus tardive ? Pour la villa tardive, on aurait donc, à l’époque constantinienne, aménagé et creusé la terrasse plus à l’est pour pouvoir y placer l’ambulacre, la basilica de plus de 30 mètres et les deux appartements dits des maîtres, installés symétriquement. Lorsqu’on relie cette hypothèse avec le rajeunissement du quartier du triconque à la période théodosienne et les observations d’une 2e cour plus au sud, proposée par P. Pensabene (cf. supra), on mesure les progrès dans l’histoire chronologique de la villa, qui n’est plus perçue comme conçue d’un seul bloc, mais avec plusieurs étapes, comme a pu tenter de le synthétiser, avec la documentation publiée, le dernier livre de Brigitte Steger.

Avec sa bonne connaissance des dossiers de l’ensemble de la Méditerranée, Carla Sfameni dresse un bilan des dernières avancées sur les grandes villas tardives, leurs formes architecturales et leur devenir à la fin de l’Antiquité tardive, sans oublier les questions qu’elle pose sur le plan sociologique. Son article constitue une bonne mise au point des questions tournant autour des propriétaires et sur leurs modes de vie (utilisation des espaces de réception, audience, mode de banquet etc), utile pour les chercheurs comme pour les étudiants.

Carmela Bonnano propose ensuite un bilan sur les fouilles de 2007, à Gerace, reprises sur une villa découverte en 1994. Situé au centre de la Sicile, dans la province d’Enna, le site a livré le secteur d’habitation d’une villa, dont quelques pièces ont été dégagées. Le bâtiment est composé de séries de petites salles, dont une plus grande (6) munie d’une petite abside. Les pièces ouvraient sur deux corridors, dont l’un mosaïqué – il ne s’agit pas d’un plan à péristyle. L’étude présente le matériel découvert, dont des tuiles estampées, portant l’inscription PHILIPPIANI ou FILIPPIANI, associée à l’image d’un cheval de course dans un médaillon. Depuis des prospections géophysiques ont permis de mieux connaître l’importance du site qui comporte aussi un grand édifice allongé de stockage, des bâtiments agricoles et des fours. La datation des mosaïques, proposée ici fin IIe– début IIIe siècle a été considérablement déplacée depuis – comme le style pouvait l’indiquer – dans le dernier tiers du IVe siècle, vers 370[4]. La villa est d’ailleurs assez atypique par rapport à ce que l’on connaît dans la région.

Un court article d’Alessandro Pagliara présente la réponse de Saint Augustin à la diffusion de doctrines hérétiques en Sicile, à la suite d’une demande de l’un ses correspondants, Hilarius de Syracuse, au sujet du baptême et du statut des riches face au salut. Plusieurs articles thématiques tirent des bilans archéologiques sur des sites de la région de la province d’Enna. Daniela Patti propose une synthèse pointue, en forme de carte archéologique, sur le nord de la province, district montagneux, sur les communes actuelles de Nicosia et Sperlinga. Elle y recense les sites archéologiques, en particulier les nécropoles et les tombes rupestres et leur typologie. Lucia Arcifa traite ensuite de l’occupation du site de Citadella di Morgantina au haut Moyen Âge et Fernandino Maurici trace un bilan des sources historiques et archéologiques sur le port d’Enna à l’époque byzantine. Vittorio Giovanni Rizzone propose, quant à lui, un bilan sur la christianisation de la Sicile centrale, fondé sur l’épigraphie. Réunissant les rares inscriptions, il les traite en tenant compte des trois grandes routes traversant la région, voies de diffusion de la nouvelle religion. Il rappelle aussi la composante judaïque, déjà bien attestée dans les centres urbains, représentée par trois inscriptions, concentrées sur le site de Sofiana, indiquant une communauté structurée. Mais le site de Piazza Armerina n’a pas en revanche actuellement donné d’épigraphe chrétienne.

Le volume se conclut par la présentation de la villa tardive de Faragola dans les Pouilles, par G. Volpe qui propose pour chaque point de son étude un bilan bibliographique éclairant sur les avancées récentes, dans une perspective « d’archéologie globale », saluée plus haut par Carla Sfameni. Les résultats spectaculaires des fouilles de la villa de Faragola et de son stibadium-fontaine, tant pour la période tardive que pour l’évolution du site de la villa après son déclin, ont été largement publiés et diffusés depuis pour que je ne m’y arrête pas davantage.

On l’aura compris, ce volume de Seia propose donc une synthèse essentielle non seulement sur l’histoire de la Sicile centrale et de ses territoires, mais aussi sur les avancées nouvelles sur les villas de l’Antiquité tardive en Sicile, avec le site phare de Piazza Armerina, mais aussi celui de Gerace et pour le sud de l’Italie, la villa de Farogola. Le livre éclaire aussi la recherche sur la campagne du centre de l’île, non seulement sur le plan archéologique, mais aussi épigraphique et historique. Il montre aussi combien cette province d’Enna qui semble, à première vue, aujourd’hui distante et isolée du reste de l’Empire, est connectée avec lui, comme on le lit par exemple dans la circulation des motifs de mosaïque en parfaite harmonie avec le reste du monde romain. Le volume conservera aussi pour les spécialistes de l’architecture domestique tardive un bilan d’étape bibliographique pour la longue histoire de l’étude de la villa du Casale et des innombrables hypothèses qui l’entourent.

Éric Morvillez, Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse, CNRS – Anhima -UMR 8210

[1]. G. Cantamessa, I. Cremona, La villa romana del Casale di Piazza Armerina, guida all’interpretazione degli ornati musivi, mito e realtà tra gli ambienti della residenza tardoantica, Palerme 2013.

[2]. E. de Miro, La villa del Casale di Piazza Armerina. Atti della IV Riunione scientifica della Scuola di perfezionamento in archeologia classica dell’Università di Catania (Piazza Armerina, 28 settembre-1 ottobre 1983), Catania 1983, p. 139.

[3]. Fouilles de S. Musco, Bull.Com.Arch.Roma 89, 1984, p. 98-101.

[4]. Pour un bilan récent sur la villa, cf R. J. A. Wilson, Caddeddi on the Tellaro, A Late Roman Villa in Sicily and its Mosaics, Louvain-Paris-Bristol 2016, p. 15-21, fig. 1.22 à 1.29.