Tzochev (C.), Amphora Stamps from Thasos. – Princeton : American School of Classical Studies at Athens, 2016. – XX+244 p. : bibliogr., index, fig., tab. – (The Athenian Agora : Results of Excavations conducted by the American School of Classical Studies at Athens, ISSN : 1558.8610 ; 37). – ISBN : 978.0.87661.237.8.

Sur les 15 398 timbres que compte la collection de l’École américaine d’Athènes, seuls 723 sont thasiens, dont 4 sur le col : 654 timbres trouvés sur l’agora même, 67 sur la Pnyx, lors des fouilles de 1931-1937, et 2 sur le versant nord de l’acropole. C’est à ces exemplaires que le jeune savant bulgare Chavdar Tzochev consacre son volume, dont je dirai d’emblée qu’il représente une nouvelle pierre angulaire dans le traitement et l’exploitation des timbres amphoriques thasiens[1]. Après avoir dressé un bilan lucide des recherches, Tz. présente et justifie ses propres méthodes d’insertion chronologique, dont on retiendra – au-delà de l’étude des graveurs, déjà entamée, avec le succès que l’on connaît, par Yvon Garlan[2] et Michel Debidour[3], et du traitement critique des ensembles plus ou moins solidement datés (ateliers, dépôts, etc.) comportant des timbres thasiens, parfois en association avec des timbres d’autres centres de production – l’idée révolutionnaire qu’il faudrait renoncer à la séparation traditionnelle, introduite jadis par Virginia Grace[4] et largement développée depuis lors (Y. Garlan, M. Debidour, A. Avram[5], etc.), entre « timbres anciens » (binominaux) et « timbres récents » (à un seul nom, celui du magistrat)[6]. Tz. estime en effet qu’il n’y a jamais eu de « réforme administrative » ayant comme objet un tel changement de formulaire et donne surtout l’exemple du magistrat Kleitos (p. 16 et 80), lequel, après avoir été longtemps considéré comme appartenant aux timbres  « récents », doit être sûrement intercalé parmi les magistrats « anciens »[7]. Mais ce serait, selon Tz., aussi le cas d’Arétôn, de Déïalkos (attestés à Olynthe avant 348 a.C. ; voir infra) et de Tèléphanès (II ; avec la préposition épi), lesquels, à en juger d’après certains contextes, semblent précéder les magistrats du groupe Garlan G, peut-être même ceux du groupe F1. Cela étant, toute la chronologie des groupes F et G serait à revoir. Quant aux magistrats plus tardifs, Tz. parvient à reconnaître sept graveurs travaillant sous des magistrats que l’on pourrait par conséquent regrouper dans des paquets chronologiques cohérents. Ces graveurs (E = « engraver ») sont : E1 (avec Aischrôn I, Biôn I, Hèrophôn II, Apollodôros I, Kléostratos, Euagoras, Chairéas, Dèmalkès, Idnadès, Théopompos, probablement aussi Deinôpas III, puis Puthiôn VI, Aristophanès II, Pheidippos, Léômédôn, Lusandros, Phanoléôs I, Saturos I : ca. 273-256) ; E2 (avec Diagoras, Skumnos II, Aristoklès I, Kléophôn III [?], Biôn II, Hègésippos I, Hèrophôn IV, Aischrôn Dai( – ) et les magistrats appartenant au groupe « de la feuille de lierre », à savoir Nikanôr Hègè( – ), Nikodèmos Ti( – ), Numphôn Kléo( – ), Puthiôn Lu( – ), Simaliôn Athè( – ), Philônidès Si( – ) ; ca. 255-242) ; E3 (avec Numphis [accompagné du monogramme Α + Ρ] et Charès Te( – ) ; ca. 221‑220) ; E4 (avec Gorgos, Ératôn, Hèrophôn III, Phanokritos, Hèrophantos [sauf trois matrices issues d’une autre main], Kadmos [ca. la moitié de ses matrices] ; ca. 219-214) ; E5 (avec Boulèkritos Ai( – ), Euainétos, Puthiôn VIII, Thrasuklès, Labros II, Néomandros, Léôdamos, Apollodôros II, Aristophanès III, Simaliôn II ; ca. 207-198) ; E6 (avec Paistratos, Choiros, Nauplios II, Thersènôr ; ca. 192-189) ; E7 (avec Aristophanès Ka( – ), Aristagoras, Thasôn II, Euphrillos, Ktésiphôn Dè( – ), Lusagoras, Pamphaiès Ari( – ), Télésènôr, Antiphôn, Nausikudès, Chairippidès, Aristomèdès, puis Stilbôn Ni( – ), Aristoklès Tèlémachou, Hiéroitas ; ca. 188-175).

Le chapitre 4 est consacré à la nouvelle chronologie que propose Tz. Il commence par attirer l’attention sur quelques nouvelles associations entre magistrats et fabricants (p. 47) et sur les regravures indiquant une succession obligée (vingt cas déjà discutés par Y. Garlan et M. Debidour, auxquels il ajoute les successions TèlémachosAristotélès, KritiasThespôn et KratinosArchènax : p. 47-48). Il discute ensuite en détail (p. 53-65) les dépôts (ateliers et autres) et les repères historiques fixes susceptibles de fournir des indices pour la chronologie relative et – dans les cas les plus heureux – absolue des magistrats : atelier de Koukos[8] ; dépôt du jardin de l’École française à Thasos[9] ; Olynthe (dont la destruction en 348 fournit un terminus ante quem pour Arétôn et Déïalkos, communément considérés jusqu’ici comme appartenant au groupe « récent » et, par conséquent, plus tardifs) ; remplissage de la troisième phase de la Pnyx[10] ; le site thrace de Kabylè[11] ; puits de Valma, à Thasos[12] ; Porte de Zeus de Thasos[13] ; l’édifice Z du Céramique d’Athènes[14] ; deux puits (F 11 : 2 et F 12 : 3) remplis de débris de la tholos de l’agora d’Athènes[15] ; le palais de Démétrias[16] ; remplissage de la maison carrée à péristyle (Q 10 : 1) de l’agora d’Athènes[17] ; le fort ptolémaïque de Koroni (ca. 267‑262, avec ses quatre magistrats : Dèmalkès, Euagoras, Idnadès et Kléostratos)[18] ; le site thrace de Sborjanovo, abandonné vers 260[19], où sont attestés des magistrats du premier quart du IIIe s., de même que quelques magistrats associés au graveur E1 (cf. infra) ; puits E/600, au sud de l’acropole d’Érétrie[20] ; porte du Silène de Thasos[21] (avec une discussion critique) ; site de Rachi, Isthmia[22] ; dépôt de Villanova, sur l’île de Rhodes[23] ; remplissage sur le plancher de la cour péristyle (Q 8-9) de l’agora d’Athènes[24] ; remplissage de la « Middle Stoa » (H-K 12-14) de l’agora d’Athènes[25].

Après avoir discuté avec soin les distinctions des homonymes (ordre alphabétique, p. 65‑79), Tz. présente sa chronologie révisée des timbres thasiens. La période I (ca. 391‑365) correspondrait aux groupes Garlan A-D, jusqu’à l’installation du fabricant Aristagorès dans l’atelier de Kalonéro : Tz. n’ajoute ici quasiment rien au classement déjà proposé par Garlan. En revanche, les périodes II (ca. 364‑338) et III (ca. 337-325) sont entièrement réarrangées. « Period II, which corresponds to the career of the fabricant Ἀρισταγόρης, now also includes the eponyms of group I, for which the archaeological contexts suggest contemporaneity with his career. These are Κλεῖτος, Ἀρέτων, Δεΐαλκος, and Τηλεφάνης II, whose terms seem to have preceded the officials of groups G1-G2. However, their precise position remains questionable. The less problematic solution is to put them before the names of Garlan’s group F: this would satisfy the archaeological evidence, and at the same time maintain the integrity of the group. […] The remaining eponyms in the former group I are not necessarily so early. As seen in the chronological table, the archaeological evidence suggests that Ἀριστοφῶν I, Ἀρότης, and Παντιμίδης follow Ἀριστοκράτης and Νικίας, which, on the other hand, appear to fit better at the beginning and not – as before – at the end of Garlan’s group G2. Thus rearranged, the ten names of group G2 and the three later names of group I form Period III » (p. 81).

La période IV (ca. 324-304) correspondrait aux groupes II-IV de Debidour, avec pourtant quelques changements internes : c’est ainsi que, grâce à la regravure révélant la succession obligée Tèlémachos Aristotélès, le dernier des deux s’avère être plus tardif, à placer donc vers la fin de cette période. La période V (ca. 303‑293) réunirait les 11 magistrats de la Porte de Zeus (groupe V de Debidour, mais dans un ordre différent). La période VI (ca. 292‑274) correspondrait grosso modo aux groupes VI‑VII de Debidour, mais comprendrait aussi des parties des groupes VIII-IX distingués par le savant français.

La période VII (ca. 273-256) serait plus ou moins celle du graveur E1, alors que la période VIII (ca. 255-242) correspondrait à la carrière du graveur E2. La période IX (ca. 241‑227) rassemblerait les magistrats postérieurs au graveur E2 et antérieurs à la clôture du dépôt de la Porte du Silène. La période X (ca. 226‑208) réunirait les 19 magistrats situés entre la fin du dépôt de la Porte du Silène et le moment où fut érigé le palais de Démétrias[26] (ce qui correspondrait plus ou moins aux périodes d’activité des graveurs E3 et E4). La période XI (ca. 207-198) serait celle des 10 magistrats travaillant avec le graveur E5. La période XII (ca. 197-172) correspondrait aux magistrats figurant sur les timbres des ateliers de Kounouphia et de Vamvouri Ammoudia, de même que dans le remplissage de la « Middle Stoa » (travaillant majoritairement avec les graveurs E6 et E7). Enfin, à la période XIII (après ca. 172) pourraient être imputés plus de 30 magistrats dont la position plus exacte demeure incertaine et qui sont présentés par Tz. dans un ordre alphabétique.

Tout cela est illustré dans le tableau 2, extrêmement détaillé et attaché comme dépliant après la p. 84. Pour quiconque serait intéressé au résultat final plutôt qu’aux arguments ayant justifié une telle distribution chronologique, ce tableau suffit largement.

En revanche, pour les spécialistes du timbrage amphorique thasien, il conviendra désormais de se rapporter de manière critique aux nombreux changements proposés par Tz. Il n’est, certes, pas question de revoir ici tous les raisonnements de l’auteur, à moins de ne vérifier patiemment toutes ses assertions et de refaire ses calculs. Qu’il me soit quand même permis de partager l’inquiétude de Tz. vis-à-vis du nombre peut-être exagéré de 253 magistrats retenus, grâce notamment aux nouvelles distinctions d’homonymes qu’il propose : « Using the present calculations, the beginning falls around 391, which is very close to the dates proposed by both Avram and Garlan. However, if all the officials in the list held a one-year term, then the Thasian amphora stamping should have continued to at least 139, which is much later than previously estimated. Allowing for years without amphora production[27], and possible unregistered names, this date might be pushed down further » (p. 84). Je n’arrive d’ailleurs pas à comprendre comment Tz. parvient à compter à partir de ca. 391 : vu le grand nombre de magistrats accumulé, ne serait-il pas plus pratique de commencer quelques années plus tôt (peut-être 395) ? D’autre part, il me semble que certaines distinctions d’homonymes ne sont pas encore justifiées en bonne et due forme[28] : pour réduire le nombre de magistrats, afin d’éviter d’abaisser le timbrage jusqu’à une date aussi tardive (et, à mon avis, peu probable), ne serait-il pas judicieux de revoir la dissémination des homonymes ? Enfin, une autre modalité de réduire le laps de temps sur lequel s’échelonne le timbrage serait peut-être de concéder une seule année (et non deux années consécutives) aux paires de magistrats avérés en succession immédiate grâce aux regravures. Des timbres d’Hèrophôn I, par exemple, sont regravés sur ceux de son prédécesseur, Timarchidas (début de la période IV ou groupe II de Debidour), un autre de Dèmophôn est regravé sur un timbre de Charès II : Timarchidas et Charès II n’auraient-ils pas été remplacés à titre exceptionnel (décès ?) pendant qu’ils exerçaient leurs charges[29] ? Et si oui, ne serait-il pas plus économique d’accorder, dans les deux cas, une seule année à ces paires de magistrats ? Il y aurait donc des possibilités de réduire non seulement le nombre des 253 magistrats mais aussi – et surtout – le nombre des années que se partagent les magistrats qui auront été finalement retenus.

D’autres points d’interrogation résultent du traitement de certains ensembles censés fournir des « clés » pour la chronologie de tel ou tel magistrat. Prenons par exemple le cas du site de Sborjanovo (très probablement, l’antique Hélis, centre du pouvoir gète mentionné par Diodore). D’une part, les fouilles archéologiques « have shown that around the mid-3rd century Helis was struck by a devastating earthquake, and abandoned » (p. 61), cette date approximative étant justifiée par « the latest coins, amphora stamps [souligné par moi], and imported pottery found in the destruction layers » (p. 61, n. 104), d’autre part, une date que Tz. préfère placer « in the late 260s » (p. 62) fournirait un terminus ante quem pour les magistrats attestés par les timbres trouvés sur place. Ce raisonnement n’est-il pas circulaire ?

Pour conclure sur l’ensemble des questions chronologiques, il y a dans cet ouvrage quelques acquis indubitables, dont je retiendrais surtout la nécessité impérative de revoir la succession des magistrats des groupes Garlan F-G (périodes II‑III de Tz., avec l’insertion de quelques timbres pris jusqu’ici pour « récents » dans des séries plus anciennes) et le regroupement convaincant des sept « paquets » de magistrats de ca. 270-175 sur la foi de leur répartition selon les graveurs distingués.

Le ch. 5 propose une étude quantitative : « the Thasian wine trade and the Athenian Agora »[30]. Retenons d’abord quelques données statistiques mises à jour : ca. 30 000 timbres thasiens actuellement connus, dont ca. 12 300 trouvés en dehors de l’île, et quelques centaines d’amphores complètes (dont ca. 200 publiées). Comme il était d’ailleurs admis, le commerce de Thasos était orienté vers le nord, surtout vers la mer Noire : Athènes, avec ses ca. 1000 timbres, est donc une exception, ne fût-ce qu’à comparer ce chiffre aux quelque 190 exemplaires fournis par un centre méditerranéen de la taille d’Alexandrie. Mais seule l’agora d’Athènes se prête à une étude quantitative. Comme ses prédécesseurs, Tz. remarque le déclin du marché pontique après ca. 250-240, dû, semble‑t-il, à des difficultés locales. Mais « in the same period when the Black Sea markets dropped (ca. 255‑242), there is an increased presence of Thasian amphoras at the Athenian Agora. […] In terms of quantity, however, after ca. 240 the Thasian, and north Greek amphoras as a whole, became much rarer at the Agora. In the course of the 2nd century, the Thasian long-distance trade collapsed, and the wine and amphora industries on the island gradually declined to the point where they left no recognizable traces » (p. 97).

La dernière partie de l’ouvrage (ch. 6) est constituée par le catalogue, impeccable, avec de photos de très haute qualité, dues, à quelques exceptions près, à l’auteur même. Plusieurs annexes (aperçu des dépôts), concordances et index sont ajoutés à la fin de cet excellent ouvrage qui fera sûrement date.

Alexandru Avram, Le Mans Université

[1]. Ce compte rendu reprend, en la développant et en la pourvoyant notamment de plusieurs renvois bibliographiques, la notice que j’ai préparée à propos du présent ouvrage pour le Bulletin amphorique (à paraître dans REG sous la direction de N. Badoud ; dans ce qui suit, BA). Toutes les dates qui suivent seront à comprendre comme étant a.C.

[2]. Je me borne à citer son corpus de référence : Y. Garlan, Les timbres amphoriques de Thasos, I. Timbres protothasiens et thasiens anciens, Athènes 1999. Voir aussi, pour les graveurs, Id., Amphores et timbres amphoriques grecs. Entre érudition et idéologie, Paris 2000, p. 93-112.

[3]. M. Debidour, « Réflexions sur les timbres amphoriques thasiens » dans Thasiaca, Athènes‑Paris 1979, p. 269-314 ; Id., « En classant les timbres thasiens » dans J.-Y. Empereur et Y. Garlan éds, Recherches sur les amphores grecques, Athènes‑Paris 1986, p. 311-334 ; Id., Les timbres amphoriques thasiens de type récent. Méthodologie, chronologie et interprétation. Première partie : introduction générale, Synthèse d’une habilitation soutenue à l’Université Lumière Lyon 2 le 23 octobre 1999, Lyon 1999 ; Id., « Les timbres amphoriques grecs. Les cachets à imprimer et leurs variantes » dans F. Delrieux, F. Kayser éds, Des déserts d’Afrique au pays des Allobroges. Hommages offerts à François Bertrandy, Chambéry 2010, p. 83-105.

[4]. Déjà esquissée en 1946 (« Early Thasian Stamped Amphoras », AJA 50, 1946, p. 31-38, surtout p. 35), elle fut détaillée en 1956 (« Stamped Wine-Jar Fragments » dans Small Objects from the Pnyx : II, Princeton 1956, p. 113-189, surtout p. 122-123).

[5]. Pour les considérations de Y. Garlan et de M. Debidour, voir notes 2-3. Ajouter, dans le même sens, A. Avram, Histria VIII. Les timbres amphoriques, 1. Thasos, Bucarest-Paris 1996 (= Corpus international des timbres amphoriques, fasc. I).

[6]. Plus récemment, Tz. vient de développer ses idées sur la nouvelle chronologie des timbres thasiens dans un article, « The Transition from ‘Early’ to ‘Late’ Thasian Ceramic Stamps Reconsidered », à paraître dans Stephanos archaeologicos ad 80 annum professoris Ludmili Getov, Sofia 2017, et dont il a eu l’obligeance de m’envoyer les épreuves.

[7]. Voir, dans le même sens, M. V. Ivaščenko, « Mesto magistrata Κλεῖτος v sisteme klejmenija keramikčeskoj tary ostrova Fasos [La place du magistrat Κλεῖτος dans le système de timbrage de l’emballage céramique de l’île de Thasos] », Izvestija Saratovskogo Universiteta [Bulletin de l’Université de Saratov], nouvelle série, Histoire, relations internationales 16, 2016, p. 39-43. Hormis les trouvailles de Kostadin Tchechma, alors encore incomplètement exploitées (voir maintenant P. Balabanov, Y. Garlan, A. Avram, Les timbres amphoriques grecs d’Héraclée Pontique et de quelques autres centres de production recueillis dans l’établissement de Kostadin Tchechma près de Debelt (Bulgarie) (première moitié du IVe siècle av. J.-C.), Constanţa, 2016), l’auteur met à profit deux dépôts de Chersonèse taurique. Le premier (V. I. Kac, Bosporskie issledovanija 18, 2007, p. 7-10) révèle la présence de Kleitos en association avec des magistrats thasiens comme Diarès, Labros, Leôni( – ), Althèm( – ), Batôn, Phanok( – ), « étoile », « étoile et pastille », qui sont tous « anciens ». Le deuxième (M. V. Ivaščenko, « Kompleks keramičeskikh klejm iz kolodca pod peč’ju N°9 gončarnykh masterskikh Khersonesa [Un complexe de timbres amphoriques d’un puits sous le four n°9 des ateliers de potiers de Chersonèse] », Izvestija Saratovskogo Universiteta [Bulletin de l’Université de Saratov], nouvelle série, Histoire, relations internationales 15, 2015, 1, p. 37‑42), scellé vers le début des années 350, comprend des timbres thasiens des magistrats Phanok( – ) (gr. Garlan F1 des magistrats « anciens ») et Kleitos en association notamment avec des timbres héracléotes des magistrats Aristoklès (gr. A), Hia(roklès ?), Lu( – ) [= Lu(kôn ?) I], Pa( – ) [= Pa(usanias ?) I] (gr. Ba), Aéthèr, Eugeitiôn, Her( – ) [= Hèr(aklédas ?) I] (gr. Bb), Molossos, Stuphôn (gr. Bc) et Skuthas I (gr. E) (appartenances aux groupes chronologiques d’après P. Balabanov, Y. Garlan, A. Avram, op. cit.). Dans ces circonstances, Ivaščenko arrive à forte raison à la conclusion que la date de Kleitos est manifestement antérieure à 350 a.C. – La date plus ancienne de Kleitos avait été déjà prônée par M. Debidour, « Kleitos, un magistrat thasien attesté sur les rives de la mer Noire » dans Y. Garlan éd., Production et commerce des amphores anciennes en mer Noire, Colloque international organisé à Istanbul, 25-28 mai 1994, Aix-en-Provence 1999, p. 81-89, dont la proposition a suscité pourtant quelques doutes (BA 2002, 125). Pour la présence de Kleitos à Kostadin Tchechma, voir Ch. Tzochev, « Notes on the Thasian Amphora Stamps Chronology », Archaeologia Bulgarica 13, 2009, 1, p. 56-59 (BA 2012, 87). Voir maintenant Y. Garlan, dans P. Balabanov, Y. Garlan, A. Avram, op. cit., p. 39 : « la découverte, à Kostadin Tchechma, de deux ex. de Kleitos impose de rattacher cet éponyme aux timbres anciens […], et non pas récents, de Thasos […] : d’autant plus qu’un d’entre eux a été trouvé dans la fosse 1 du site en compagnie des magistrats anciens Diarès, Timèsi- et Még(ôn) II, et un autre dans la fosse 20 avec les magistrats anciens Diarès, Hèrophôn et Stra-, c’est-à-dire dans le gr. E ou F, aux environs de 360 ».

[8]. Y. Garlan, « Koukos : données nouvelles pour une nouvelle interprétation des timbres amphoriques thasiens » dans Thasiaca, BCH, Suppl. V, Athènes-Paris 1979, p. 213-268 (cf. Id., « En visitant et en revisitant les ateliers amphoriques de Thasos », BCH 128-129, 2004-2005, p. 269-329, pour 12 autres noms de magistrats figurant sur des timbres recueillis à la surface depuis la fin des fouilles).

[9]. Id., « Un remblai thasien du IVe siècle. B. Amphores et timbres amphoriques », BCH 109, 1985, p. 727-746 (cf., pour les céramiques non amphoriques, F. Blondé, ibid., p. 281-344, et pour les monnaies, O. Picard, ibid., p. 747-750).

[10]. Après une révision minutieuse de la documentation concernant ce complexe célèbre qui a fait couler tant d’encre (voir surtout la mise au point de S. I. Rotroff, J. McK. Camp II, « The Date of the Third Period of the Pnyx », Hesperia 65, 1996, p. 263-294; cf. M. L. Lawall, « Negotiating Chronologies: Aegean Amphora Research, Thasian Chronology, and Pnyx III » dans V. F. Stolba et L. Hannestad éds, Chronologies of the Black Sea Area in the Period c. 400-100 B.C., Aarhus 2005, p. 31-67), Tz. arrive à la conclusion (p. 56) que « all identified Thasian officials attested in the fill fit with Garlan’s chronological groups A to G2. The latest of the Thasian names should be Πυθίων I, an official put in the group G because of his association with the fabricants Ἀνφικράτης and Μεγακλείδης. The evidence from the Pnyx corroborates and adds to the data from Kabyle, a city in Thrace that has so far yielded seven of the ten eponyms of Garlan’s group G2, but none of the names attested in Pnyx III. If Kabyle was indeed founded by Philip II in 342/1, this would point to a date in the late 340s or early 330s for the latest stamps in the Pnyx fill, which is in harmony with the construction dates proposed by Rotroff, Camp, and Lawall ».

[11]. Tz. remarque à ce propos (p. 57) : « The earliest Thasian eponyms attested at Kabyle fall in Garlan’s group G2: all of them are contemporary with the fabricant Δημάλκης, and posterior to his predecessor, Ἀρισταγόρης. None of these eponyms are attested in the fill of Pnyx III, suggesting that imports to Kabyle started nearly at the same time, or soon after, the construction fill of the Assembly Place was made ».

[12]. F. Blondé, A. Mulle, D. Mulliez, « Le comblement d’un puits public à Thasos. Les abords nord-est de l’agora de Thasos », BCH 113, 1989, p. 467-471 (avec, pour les timbres amphoriques, Y. Garlan, ibid., p. 477‑480). Ce dépôt est, selon Tz. (p. 58) « important for the chronology of the Thasian stamps, because it suggests that six new-style officials antedate a group of old-style officials. Moreover, one of the new-style officials, Κλεῖτος, is now proven to be earlier, and independent evidence suggests the same for Δεΐαλκος and Ἀρέτων (see Olynthos). Thus, if we abandon the problematic hypothesis of an administrative change that necessitates the old-style/new-style distinction, the evidence tips the balance in favor of mixing the six new-style officials from the Valma Well (the former chronological group I) with the earlier names of the list ».

[13]. Y. Garlan, « Contribution à une étude stratigraphique de l’enceinte thasienne », BCH 90, 1966, p. 56-652.

[14]. U. Knigge, avec une contribution de K. Tancke, Kerameikos XVII: Der Bau Z, Munich 2005. Cf. S. I. Rotroff, « Four Centuries of Athenian Pottery » dans V. F. Stolba, L. Hannestad éds, Chronologies of the Black Sea Area in the Period c. 400-100 B.C., Aarhus 2005, p. 22 ; Ead., Industrial Religion: The Saucer Pyres of the Athenian Agora, Princeton 2014, p. 58-60. Ce dépôt peut être considéré comme fermé vers 307, ce qui fournit un terminus ante quem pour les deux timbres d’Hérakleitos.

[15]. S. I. Rotroff, « Spool Saltcellars in the Athenian Agora », Hesperia 53, 1984, p. 346, suivie par Tz., estime, pour des raisons historiques, que la clôture eut lieu vers 295/4, d’où un terminus ante quem pour les timbres de Deinôpas I, présent dans le premier dépôt, et d’Amphandros, du second dépôt.

[16]. Comme on le sait, la ville fut fondée en 294, ce qui n’est pas forcément édifiant pour la question en discussion. Tz. retient en revanche une date avant ca. 196 (Liv. 35, 31, 9) pour l’érection du palais, Anaktoron, ce qui indique un terminus pour la clôture du remplissage (V. Milojčić, D. Theocharis, Demetrias I, Bonn 1976, p. 89) ayant révélé des timbres de plusieurs magistrats thasiens dont la liste a été soigneusement revue par l’auteur.

[17]. Clôture vers 275 (S. I. Rotroff, The Athenian Agora XXIX. Hellenistic Pottery: Athenian and Imported Wheelmade Table Ware and Related Material, Princeton 1997, p. 496) ou, selon Tz. (p. 60-61), « not long before the beginning of the Chremonidian War (ca. 267) ». Le dernier magistrat attesté est Aischrôn I (cf. M. L. Lawall, « Amphoras in the 1990s: In Need of Archaeology », AJA 105, 2001, p. 534).

[18]. E. Vanderpool, J. R. McCredie, A. Steinberg, « Koroni: A Ptolemaic Camp on the East Coast of Attica », Hesperia 31, 1962, p. 26-61. Pour l’importance de ce repère pour la chronologie des timbres amphoriques thasiens du IIIe siècle, voir surtout la synthèse d’habilitation de M. Debidour (citée à la note 3), p. 257.

[19]. T. Stoyanov, Z. Mihaylova, K. Nikov, M. Nikolaeva, D. Stoyanova, The Thracian City of Sboryanovo, Sofia 2004.

[20]. S. G. Schmid, « A Group of Early Hellenistic Pottery from a Well in Eretria » dans S. Drougou et al., Εʹ Επιστημονική Συνάντηση για την ελληνιστική κεραμική: χρονολογικά προβλήματα, κλειστά σύνολα, εργαστήρια, Χανιά, 1997. Πρακτικά, Athènes 2000, p. 361-372. Il s’agit d’un remplissage destiné à cacher un trésor monétaire dans le contexte de la guerre de Chrémonidès (voir, pour les événements historiques, D. Knoepfler, « Les kryptoi du stratège Épicharès à Rhamnonte et le début de la guerre de Chrémonidès », BCH 117, 1993, p. 339) et duquel on a recueilli entre autres deux timbres d’Euagoras (magistrat présent aussi à Koroni) : ce qui confirme la contemporanéité des deux contextes.

[21]. Voir, en dernier lieu, Y. Grandjean, Le rempart de Thasos, Athènes 2011, p. 169-170.

[22]. Ce site fut détruit au cours de la seconde guerre de Macédoine, 200-196, peut-être en 198 (V. R. Anderson-Stojanović, « The University of Chicago Excavations in the Rachi Settlement at Isthmia, 1989 », Hesperia 65, 1996, p. 57-98 ; Id., « A Third-Century B.C. Deposit from the South Slope Cistern in the Rachi Settlement at Isthmia » dans Δʹ Επιστημονική Συνάντηση για την ελληνιστική κεραμική: χρονολογικά προβλήματα, κλειστά σύνολα, εργαστήρια, Μυτιλήνη, Μάρτιος 1994. Πρακτικά, Athènes 1997, p. 13-19), ce qui fournit un terminus ante quem pour Nauplios I.

[23]. A. Maiuri, « Una fabbrica di anfore rodie », ASAtene 4-5, 1924, p. 249-269. Ce dépôt fut redaté par G. Finkielsztejn, Chronologie détaillée et révisée des éponymes amphoriques rhodiens de 270 à 108 av. J.-C. environ. Premier bilan, Oxford 2001, p. 190 et 196, tableau 22.1 (période IIIb des timbres rhodiens), de ca. 189-182, la dernière de ces dates indiquant un terminus ante quem pour un timbre thasien de Chairippidès. Entre‑temps, N. Badoud, Le temps de Rhodes. Une chronologie de la cité fondée sur l’étude de ses inscriptions, Munich 2015, parvint à déplacer certains des prêtres rhodiens d’Halios dont les noms figurent sur les timbres de Villanova de quelques années plus tôt (p. 169, 177 et 256-257, tableau), mais cela ne semble avoir aucune incidence sur la position chronologique supposée du Thasien Chairippidès (avant 182).

[24]. Avant ca. 180-170 (R. F. Townsend, The Athenian Agora XXVII. The East Side of the Agora: The Remains beneath the Stoa of Attalos, Princeton 1995, p. 155; cf. S. I. Rotroff, The Athenian Agora XXXIII. Hellenistic Pottery: The Plain Wares, Princeton 2006, p. 372), donc terminus ante quem pour les magistrats Euainétos, Aischrôn Da( – ) et Choiros.

[25]. Dont la clôture serait à placer non plus vers 183, comme le pensait V. Grace, « The Middle-Stoa Dated by Amphora Stamps », Hesperia 54, 1985, p. 1-54, mais, après la révision de la chronologie des timbres rhodiens (G. Finkielsztejn, op. cit., p. 177), vers 170, une date acceptée par S. I. Rotroff et les numismates, ce qui indiquerait pour les 64 timbres thasiens des magistrats Antiphôn, Aristoklès Tèlémachou, Aristomèdès, Aristophôn IV, Hèragoras, Nausikudès, Paistratos, Pamphaiès Ari( – ) et Télésènôr une fourchette de ca. 180-170.

[26]. « The year 196, when the palace of Demetrias was already built, is a terminus ante quem for the end of period X. Taking into account the time required for its construction, however, the latest materials thrown in the foundations should date to at least a decade before that » (p. 83).

[27]. Quels qu’en aient été les aléas de la production amphorique, je ne crois pas que ceux-ci aient entraîné des vacances de magistratures. Les soi-disant « symboles éponymiques » (phiale, pylos, goryte, monogramme ΓΑ, étoile, étoile et pastille, étoile et deux pastilles) suggèrent que, s’il n’y avait pas de personne physique prête à assumer la magistrature, on utilisait, tout comme pour les éponymies, les « magistratures divines » : voir A. Avram, « Une hypothèse sur les “symboles éponymiques” dans le timbrage amphorique thasien » dans A. Avram, V. Lungu, M. Neagu éds, ΦΙΛΙΑΣ ΧΑΡΙΝ. Mélanges à la mémoire de Niculae Conovici, Călăraşi 2008, p. 39-42 (BA 2012, 86). Les regravures, relativement nombreuses, pointent elles aussi vers des remplacements inattendus en cours d’année de certains magistrats qui, pour une raison ou une autre, ne parvinrent pas à achever leur charge. Il y avait donc, quoi qu’il en fût, un souci d’assurer la continuité de la magistrature. Voir, pour un cas peut-être similaire, mais exprimé d’une autre façon, à Sinope, Y. Garlan, avec la collaboration de H. Kara, Les timbres céramiques sinopéens sur amphores et sur tuiles trouvés à Sinope. Présentation et catalogue, Paris 2004 (= Corpus international des timbres amphoriques, 10), p. 89-90 ; et peut-être aussi à Héraclée du Pont, Id., « Une période d’“anarchie” dans le timbrage amphorique héracléote ? », Antičnyj mir i arkheologija [Monde antique et archéologie, Saratov] 17, 2015, p. 365-371.

[28]. Qu’il me soit par exemple permis d’exprimer des doutes sur les distinctions entre deux Antianax (p. 67), « at least three homonyms » Aristoklès (p. 67‑68 ; il vaudrait peut-être mieux s’en tenir à deux), deux Dèmophôn (p. 71-72), deux Thasôn (p. 73) ou deux Nauplios (p. 75). En revanche, la liste des 9 Puthiôn se voit maintenant réduite à 8, car Puthiôn II et IV ne font qu’un seul magistrat (Ch. Tzochev, Archaeologia Bulgarica 13, 2009, 1, p. 60‑61).

[29]. Comme on l’a d’ailleurs proposé, par exemple Y. Garlan, « Nouvelles remarques sur la chronologie des timbres amphoriques thasiens », JSav, 1993, p. 178 : « ce qui nous amène à supposer […] que Timarchidas et Charès n’ont pas achevé leur mandat et ont été remplacés en cours d’année par Hérophôn et Dèmophôn, sans que cela ait entraîné une modification d’emblème ».

[30]. Ces considérations sont développées par le même savant dans un article séparé, « Markets, Amphora Trade and Wine Industry. The Case of Thasos » dans E. M. Harris, D. M. Lewis, M. Woolmer éds, The Ancient Greek Economy. Markets, Households and City-States, Cambridge 2016, p. 230-253.